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De Rabah Madjer à Radamel Falcao, en passant par Benny McCarthy et Domingos Paciencia, le FC Porto a créé une véritable romance avec les attaquants de pointe. Mais à la différence des histoires d’amour habituelles, celle-ci semble ne pas avoir de fin. Retour sur une alliance qui paraît inaltérable.

De grands moyens

Depuis 1982 et l’arrivée de Pinto da Costa à la présidence du club, celui-ci n’a cessé de se renouveler en attaque en accomplissant quelque chose d’assez incroyable : acheter un attaquant de pointe, le revendre deux à vingt fois plus cher, en trouver un autre l’année suivante, et ainsi de suite. C’est bien évidemment dû au fait que Pinto da Costa soit un ancien directeur du football, qui, de par ses réseaux et plus récemment son investissement dans la formation, a permis à Porto de toujours posséder des 9 compétents.

Les raisons de cette réussite sont diverses. Effectivement, Porto compte certains des meilleurs recruteurs. En réalité, on n’en sait que trop peu sur les méthodes et même les scouts qui composent les équipes de recrutement du FC Porto. Ce que l’on sait en revanche c’est que nombre d’entre eux sont implantés en Amérique du Sud, principal vivier des attaquants et notamment des pointes, à l’image des Falcao, des Jackson Martinez ou encore des Lisandro Lopez. Hormis l’Amérique du Sud, on constate que la cellule de recrutement travaille aussi au Portugal, comme le montre le recrutement de Tiquinho Soares en provenance de Guimarães en janvier dernier. Sur les marchés européens, cette fine équipe est également présente. Le transfert de Vincent Aboubakar en back up à Jackson Martinez en 2014 en est la preuve.

« Nous devons étudier en permanence le marché des jeunes joueurs à l’étranger. C’est ce qui nous permet de continuer à jouer dans la cour des grands en dépit d’un budget vingt fois inférieurs à celui des clubs les plus puissants. » Pinto da Costa, interview donnée à l’UEFA en 2011

Un autre facteur s’est aussi invité dans la recherche du meilleur 9 possible ces dernières années : la formation. Comme le laissait entrevoir l’interview de Carlos Lages, le département scouting du club est extrêmement structuré dès l’observation des U14. On imagine alors mal le degré de bureaucratisation des cellules professionnelles et par conséquent leur efficacité dans les résultats. Forcément, par un lien de cause à effet, de très bons joueurs sont dénichés dont des attaquants de pointe. Ces dix dernières années, on constate une large expansion du club dans le secteur de la formation. André Silva, par exemple, en est un pur produit. Après une saison et demi en équipe A, il s’est engagé au Milan AC pour environ 35 millions d’euros lors du mercato estival. A seulement 22 ans, il a inscrit 16 buts et a délivré 5 passes décisives en championnat la saison dernière. Ce chiffre est bon, évidemment, mais il est à relativiser car il a partagé le front de l’attaque avec Soares pendant les six derniers mois (il aurait ainsi inscrit plus de buts mais aurait fait probablement moins de passes décisives). Il a une variété de profil très intéressant, principal critère recherché par le FC Porto : il peut jouer en appui, on peut le chercher dans la profondeur et peut jouer reculé par rapport aux ailiers. L’archétype des 9 portistas.

Un renouvellement permanent

On peut dater au début des années 80 le début de la politique de renouveau offensif à Porto. Tous les ans, le club parvient donc à avoir un attaquant de pointe performant et souvent différent. On ne va pas réexpliquer le pourquoi du comment de cela ni faire une liste parfaitement exhaustive des attaquants portistas par saison. Une chose est sûre : très peu d’équipes ayant un 9 moyen parviennent à rester compétitives. Porto l’est depuis une trentaine d’années.

Prenons par exemple cette saison. Lors du départ d’André Silva, on s’est vite rendu compte que Soares seul en pointe risquerait d’être trop juste pour une saison complète. Aboubakar revient alors de prêt et Sergio Conceição (par ailleurs friand du 4-4-2) les aligne tous les deux devant (Marega sert aussi de back up assez utilisé). Mais combien de temps ce duo va-t-il tenir ? En réalité, la question n’effleure l’esprit de personne puisque Rui Pedro, attaquant de pointe de 19 ans au profil assez similaire à celui d’André Silva, attend sagement en prêt à Boavista avant d’être convoqué en équipe A. En l’espace d’un an et demi et de 5 petites lignes, la stratégie portista pour les neuf est exposée et paraît bluffante.

La caractéristique majeure de ces joueurs est la même : ce sont de parfaits inconnus à leur arrivée à Porto puis deviennent de véritables furioclasse après quelques années au club. Ces dix dernières années, par exemple, on compte Lisandro Lopez, Radamel Falcao, Jackson Martinez, Nabil Ghilas (lol), André Silva. Toute personne s’intéressant de près ou de loin au ballon rond et ne vivant pas dans une caverne connaît forcément ces noms. Pourquoi ? Car Porto a été un véritable tremplin pour ces cracks qui ont donc pu briller internationalement. Lisandro Lopez : attaquant peu prolifique au Racing Clúb en Argentine. Radamel Falcao : habitué de l’infirmerie à River Plate. Jackson Martinez : capitaine du Chiapas FC au Mexique. André Silva : jeune fêtard de Gondomar, en banlieue de Porto. Non ce n’est pas un épisode inédit de Tellement Vrai mais bien la description de ce qu’ils étaient avec d’arriver à Porto.

Mais alors, Porto lieu d’expression du potentiel ou simple développeur de carrières ? C’est une autre question qui s’écarte du sujet. Une chose est sûre, Porto et les attaquants pointe c’est comme le Twix gauche et le Twix droit : ça ne fait qu’un.

 

AFP PHOTO/ CARL DE SOUZA