Dis Papa, c’est quoi « faire le pressing » ?

Dans le football actuel, on parle souvent des idées que les entraîneurs mettent en place avec le ballon. Mais il faut aussi mettre en avant les phases sans le ballon et surtout une en particulier : lorsqu’il est perdu. Comment fonctionne-t-on ? Certains préfèrent se replacer tout de suite et se réorganiser plus bas sur le terrain pour attendre l’adversaire. D’autre ont une ambition tout autre : la récupérer le plus vite possible.

C’est quoi le pressing ?

Avant toute chose, si on parle de football, c’est généralement lié à des actions avec le ballon. Mais pour cela, il faut penser à le récupérer. Le pressing est l’une des méthodes utilisées pour reprendre le cuir.

Définissons la notion de pressing. C’est une phase défensive qui s’effectue sans ballon pour gêner l’adversaire. Elle nécessite d’être organisé, en nombre et animé de façon à pouvoir se déplacer ensemble dans le bon tempo et la bonne direction. Dès que le premier joueur déclenche le pressing, le reste des joueurs concernés doivent réagir en un dixième de seconde.

Tout joueur de football s’exprime dans les meilleures conditions lorsqu’il dispose de temps et d’espace. Dans cette configuration, un joueur de classe internationale est largement capable de distiller le ballon où il le souhaite.

Sur cette séquence, on voit un Thomas Meunier capable de se projeter efficacement et avec facilité jusqu’à la surface adverse. Ça devient très vite fatal. Il est donc essentiel de ne pas laisser trop de liberté à ses adversaires lorsqu’une équipe se trouve dans la situation de défendre son but.

Deux solutions se présentent aux entraîneurs pour ne pas laisser les adversaires en totale liberté.

Premièrement, on peut défendre très bas. Lorsque son équipe est regroupée en étant mobile et compacte, cela permet de couvrir le couloir de jeu direct (espace devant les cages) en priorité. Mais le souci est que l’on donne la possibilité à l’adversaire d’orienter le jeu comme bon lui semble.

La seconde solution est le pressing. Ce principe de jeu est lié à une volonté de jeu offensif. Cela va permettre d’acculer son adversaire dans sa moitié de terrain et de l’empêcher de prendre le jeu à son compte. La prise de risque se situe dans le placement du bloc équipe : sa hauteur va laisser de grands espaces dans le dos de la défense ou entre les lignes.

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Le choix se fait selon les idées de jeu que les entraîneurs veulent mettre en place. Si on prend le jeu de l’Atlético Madrid par exemple, Diego Simeone choisit de faire jouer son équipe dans l’idée de contre attaquer son adversaire. Du coup, l’envie de placer son bloc-équipe bas n’est pas inopinée.

Au contraire, lorsqu’on se place au niveau d’une équipe qui veut avoir le contrôle du ballon, le pressing est la chose essentielle dans la construction de cette philosophie. Prenons par exemple Josep Guardiola. A la tête de 3 équipes depuis le début de sa carrière, il garde toujours l’idée de placer son groupe assez haut pour à la fois empêcher son adversaire de poser le ballon pour mettre son jeu en place et l’asphyxier.

Et depuis quelques années, le « gegenpressing » est revenu comme un effet de mode depuis la mise en place de cette philosophie par Klopp à Dortmund. C’est l’idée de presser pour contrer attaquer son adversaire. Peu importe l’idée de jeu, le but est de rendre la relance de l’adversaire la plus compliquée possible pour le faire reculer ou l’obliger à relancer des longs ballons.

Comment exécuter un bon pressing ?

Lorsque l’on observe une équipe en pleine phase de pressing, on pourrait s’imaginer que les joueurs effectuent des courses intensives vers le porteur de balle. On en vient alors à penser que pour presser, il faut d’abord que tous les joueurs courent vite et longtemps. Du coup, on en concluerait qu’un pressing efficace serait lorsque les joueurs courent vite et longtemps, pour aller rapidement sur le ballon. Mais vous vous doutez bien que physiologiquement parlant, c’est impossible que les joueurs effectuent des efforts de cette intensité durant 90 minutes. Il faut donc que l’entraîneur puisse mettre en place des déclencheurs pour que son équipe puisse harceler l’équipe adverse de la manière la plus efficace possible.

Les choix sont divers selon la philosophie de l’entraineur, mais 2 grandes idées sortent globalement du lot :

Enclencher lors de la perte de balle et quand l’adversaire n’est pas en place : la notion de « gegenpressing ».

Si une équipe domine la possession et attaque face à un adversaire qui a son bloc équipe bas, elle va se retrouver devant la surface adverse. Cela a des répercussions positives pour l’équipe qui attaque car, généralement, l’équipe qui défend récupère le ballon devant sa propre surface de réparation. C’est une zone critique car une perte de balle peut être clairement fatale.

Décortiquons la séquence. Le Borussia Monchenglabach est en train de passer 30 minutes de torture au Westfalenstadion. La possession du ballon est à l’avantage des Jaune et noir (80-20). L’équipe répète régulièrement des efforts énormes pour récupérer le ballon, comme sur le but où elle enchaîne 2 séquences d’une 1 minute sans le ballon juste avant. Certains joueurs se trouvent à bout de souffle et ne sont pas organisés pour sa transition défensive-offensive (on voit 4 joueurs dans un espace de 3 m² dès la récupération du ballon).

Tous ces éléments sont bénéfiques pour Dortmund qui va mettre en place le pressing dès la perte du ballon. Au lieu de leur laisser le temps de s’organiser en reculant et en se remettant en place, les joueurs sont allés presser les Blanc et noir dès la récupération.

L’équipe de Bosz se trouve déjà très près du porteur et des solutions proches, et leurs efforts a été très courts (2-3 secondes). Et comme on a pu le voir, la ligne de passe a été coupée par Mahmoud Dahoud et ça s’est terminé par un but.

Si on prend maintenant ce type de situation de manière générale, l’entraîneur doit mettre en place des consignes plus fines pour appliquer ce pressing immédiat :

  • Le bloc équipe de l’adversaire est compact = le pressing va permettre de les étouffer et les joueurs auront donc du mal à ressortir le ballon.
  • Un temps lors de la phase de pressing. Cela dépend de l’ambition du coach et des capacités qui lui sont offertes. Généralement, le bloc adverse s’est reconstruit et courir après l’adversaire devient inefficace et usant pour les organismes.

« En cas de perte de balle, je donne cinq secondes à mes joueurs pour la récupérer afin d’effectuer un pressing le plus haut possible » Peter Bosz

Démarrer le pressing sur un choix précis de l’adversaire

Pour mettre en place un pressing, il faut être organisé et ça se conditionne. Les joueurs doivent être capables d’effectuer une course intensive avec sans aucun doute un changement d’appui sur un décision adverse : l’adversaire est le facteur principal de ce changement (passe, joueur isolé).

Prenons un exemple de manière générale. Ici, l’équipe bleue est dans une phase d’attaque placée : ils doivent ressortir le ballon et gagner du terrain.

Le pressing va s’effectuer en plusieurs phases. Il y a une phase pré-requis pour que ce soit réalisé dans les meilleurs conditions possibles. L’attaquant doit anticiper la passe vers le latéral pour se positionner entre les deux défenseurs centraux adverses. Cela empêchera l’adversaire d’orienter le jeu vers le côté opposé.

Lors de la transmission entre les deux joueurs adverses, le pressing est réellement mis en place : sur le temps de la passe, le milieu excentré sort sur le futur porteur de balle et l’attaquant de pointe sort sur l’ancien porteur.

De plus, un milieu axial rouge sort sur ce dernier pour lui mettre la pression si le latéral décide de revenir en arrière. De ce fait, l’équipe ne peut pas mettre en place son jeu : elle est obligée de dégager la balle vers l’avant. La zone est beaucoup trop risquée pour prendre des initiatives dangereuses (à part quand on joue avec un coach qui aime le danger). Bien sûr, la notion de tempo et synchronisation est très importante car il faut avoir un bloc qui soit le plus coordonné possible.

Le pressing est une ambition risquée dans les choix de l’entraîneur. Elle implique un comportement commun au bloc équipe et donc une compréhension du jeu pour chaque joueur. Des coachs ont gagné une notoriété grâce à ce principe de jeu (Schmidt ou Klopp). C’est l’un des principes les plus complexes mais aussi le plus fatal lorsqu’il est parfaitement exécuté. Pour les amateurs de football, une chose est sûre : le spectacle sera au rendez-vous avec une aussi grande prise de risque. Et comme on entend souvent sur les bords des terrains, de district jusqu’en Ligue 1 :

« La meilleure défense, c’est l’attaque »

 

Photo credits : EFE/Filip Singer

Le football est une véritable partie d'échec.