[Décryptage Tactique] Que vaut réellement l’OL de Génésio ?

Alors que l’OL réalise un début de saison mitigé, avec seulement 4 victoires en 11 rencontres toutes compétitions confondues, une question se pose dans la communauté rhodanienne : Bruno Génésio est-il encore l’homme de la situation ? Décryptage.

Le dispositif tactique

 

Dans le football, l’importance de l’entraîneur est essentielle sur le plan sportif, surtout lorsque l’on voit l’évolution actuelle de notre sport. Il ne suffit plus de se mettre sur le bord du terrain, une touillette à la bouche, en attendant que l’arbitre siffle les 3 coups de sifflet. Le coach doit désormais avoir la capacité de proposer une conception précise du football et des idées qu’il veut mettre en place, pour que son projet sportif puisse aboutir, sans rester rigide.

En plus, le « chef de l’armée » doit être capable de trouver un système tactique adéquat pour mettre en relation la théorie de ses idées avec la pratique sur le terrain. Son rôle ne peut s’arrêter à juste choisir un système tactique et attendre que les choses se fassent d’elles-mêmes, ou que les joueurs prennent des initiatives. Prenons l’exemple de l’Olympique Lyonnais. Bruno Génésio est un entraîneur qui prétend, depuis son arrivée à la tête de l’équipe, avoir des idées de jeu avec le ballon. Mais d’un point de vue tactique, il n’arrive pas à trouver d’équilibre malgré la mise en place de 4 systèmes différents, depuis ses débuts à la tête de l’OL, à cause de plusieurs soucis (blessures, départs).

Cette saison, Bruno Genesio a fait un choix : ça sera le 4-2-3-1

Sur les côtés, l’OL a connu un renouveau avec les arrivées successives de Traoré, Tete et Mendy et le départ de Jallet, Rybus ou encore Valbuena. Avec ces nouveaux joueurs, l’animation se veut variée, et ne passe plus essentiellement par l’entrejeu, comme cela a été le cas la saison dernière par les apports de Tolisso et Lacazette, partis cet été. On retrouve des latéraux aux profils similaires, pouvant être comparés. Sans le ballon, ce sont des joueurs capables de mettre l’impact dans leurs duels par des qualités physiques ainsi qu’une forte envie de bien faire. De plus, l’intelligence de jeu dont ils sont dotés leur permet d’anticiper les courses et les passes qui se situent vers leurs zones. L’apport avec le ballon de ces deux joueurs est aussi très intéressant : grâce à leurs qualités techniques, ils ont une facilité à éliminer un adversaire direct se trouvant devant eux, en plus de faire les bons choix sur les passes.

Lyon est donc passé d’une paire Morel-Jallet/Rybus à une paire Mendy-Tete : c’est clairement le jour et la nuit, surtout pour l’entraîneur qui peut se frotter les mains.

Plus haut sur le terrain, on retrouve deux feux follets qui peuvent dynamiter les défenses sur des exploits personnels : Houssem Aouar et Bertrand Traoré. Alors que l’un est venu pour une place de titulaire indiscutable, mais également afin d’apporter à Lyon une qualité de percussion que l’équipe avait perdue, l’autre n’était pas prévu dans le 11 de départ.

Le talentueux Aouar est en train de faire son trou dans l’effectif rhodanien, éloignant même Memphis Depay vers le banc depuis quelques semaines.

« Houssem est capable de jouer à plusieurs endroits, même si ça reste un joueur d’axe. Je ne suis pas surpris par ses qualités, on les aperçoit tous les jours à l’entraînement. En revanche, je suis ravi de son implication. Les joueurs sont responsables de leurs titularisations. C’est le cas pour Houssem, car il travaille énormément. Le lancer me paraissait évident » Bruno Génésio

Capable de s’adapter à plusieurs endroits sur le terrain, la jeune pépite du centre de formation est alignée sur le côté gauche de l’attaque malgré sa préférence en tant que milieu axial. Il a des qualités techniques incroyables, et un sens de jeu développé, qu’il utilise à merveille à travers ce rôle d’ailier rentrant sur son pied droit. C’est un jeune à suivre dans les années à venir.

Concernant les pépites, l’OL peut se frotter les mains car il n’y pas qu’Aouar dans l’effectif. Dans l’entrejeu, quelqu’un est en train de faire son trou depuis son arrivée : Tanguy NDombélé. Originaire de Longjumeau (91), cet international espoir français est arrivé en provenance d’Amiens pour pallier le départ de Tolisso et Gonalons au milieu de terrain. Personne ne pouvait se douter de son éclosion, sauf ceux qui ont eu la chance de le côtoyer :    

« Je l’ai eu sous mes ordres et c’est un petit phénomène. Je l’ai constamment bougé et il a fait de sacrés progrès » Teddy Bertin, coach des U19 d’Amiens.

Evoluant au poste de milieu relayeur, sa qualité technique lui offre la possibilité de jouer dans le rôle d’un « box to box », avec le volume de jeu adéquat pour ce rôle. En plus, sa puissance et sa conduite de balle lui permettent de casser les lignes assez facilement, et de se retrouver devant la surface pour distiller un très bon ballon ou une grosse frappe, comme il aime en mettre (cf la fameuse barre contre Paris).

Ayant une grande marge de progression, l’ancien joueur de Linas Montlhéry est promis à un avenir radieux par ses pairs et les amateurs de football. A suivre.

Devant, le président Aulas a réussi à combler le départ de Lacazette par une paire totalement complémentaire sur le terrain : Nabil Fékir et Mariano Diaz.

Alors qu’il avait l’habitude de jouer avec son ami d’enfance, l’international français est en train d’atteindre un nouveau statut depuis le début de saison. Ayant hérité du brassard de capitaine, Nabil Fékir est devenu la référence technique de l’équipe par son poste derrière l’attaquant. Cette liberté sur le terrain lui permet de prendre plus de risques sur ses choix et de jouer relâché, chose essentielle pour son épanouissement.

De plus, le profil du nouvel avant-centre de l’équipe l’aide énormément. Arrivé en provenance du Real Madrid, Mariano, est un joueur qui a été conseillé par Karim Benzema et Zinedine Zidane pour l’après Lacazette. Son profil est celui d’un d’attaquant à l’ancienne : une capacité à être un tueur dès qu’un ballon atterrit dans la surface de réparation. En plus de cela, sa puissance sur les jambes l’aide dans ses courses et dans son jeu dos au but, permettant à des joueurs comme Fékir ou Traoré de s’appuyer sur lui, et d’enchaîner par une frappe. C’est le profil idéal pour ceux qui l’entourent et les statistiques le démontrent : 7 buts en 11 matchs disputés. C’est ce qu’on peut appeler des débuts réussis.

Les phases sans le ballon

 

Pour qu’une équipe puisse être équilibrée et efficace avec le ballon, les mouvements des joueurs doivent être coordonnés, pour ne pas déséquilibrer un bloc pouvant être détruit dès la récupération du ballon par l’adversaire.

Et comme dit précédemment, il faut que les consignes soient en adéquation avec les idées de l’entraîneur et son projet de jeu.

On va décrypter ses phases sans le ballon en 2 parties :

         En transition offensive/défensive

         Face à une attaque placée

En transition offensive/défensive

Dans le football, les phases de transition sont essentielles et constituent la base de certaines philosophies pour les entraîneurs (Klopp, Schmidt). Elles contribuent à créer à la fois un déséquilibre conséquent et rapide, lorsque l’on possède le ballon, et un rééquilibrage d’un bloc équipe exposé par les initiatives des joueurs dépossédés du ballon.

Du côté lyonnais, c’est sûrement l’un de leurs points faibles depuis le début de saison.

Cette séquence illustre les difficultés que rencontre l’OL, qui s’expose à une contre-attaque adverse. En perdant le ballon suite à un dégagement de Lopes, les joueurs se retrouvent dans une zone assez haute du terrain, amenant une densité suffisante pour récupérer le cuir rapidement. Mais le souci se trouve dans l’animation que le bloc équipe produit dans ce laps de temps entre la possession et de la perte du ballon.

On retrouve un bloc équipe étiré sur plus de 40 mètres dans la largeur, et offrant des espaces entre les lignes importants, exploitables par l’adversaire. Les joueurs ne resserrent pas les lignes. De plus, le bloc n’est pas assez compact ni mobile pour empêcher l’adversaire de trouver une verticalité facilement, comme sur la vidéo.

En plus, le comportement de Marcelo est représentatif des difficultés que Lyon rencontre lors de ces phases. Avant même le départ de la passe pour Deaux, l’ancien joueur du Besiktas se positionne en recul frein, et ne couvre pas l’espace devant lui. Au lieu de cela, il subit la course et prend de ce fait un temps de retard dans ses choix, en manquant également d’initiative. Étant la « référence » de la ligne défensive, son choix se répercute sur ses coéquipiers à ce poste, qui reculent à leur tour.

Sur le match face à Angers, les doutes que connaît Lyon ressurgissent, comme le montre cette image. Aligné en 4-4-2, le bloc équipe subit une transition offensive/défensive suite à la perte du ballon de Bertrand Traoré le long de la touche. Orienté vers son propre but, on peut remarquer qu’il est assez mobile, mais le souci réside dans la compacité pas suffisamment présente.

Les joueurs d’Angers exploitent un espace conséquent entre la ligne défensive et celle du milieu de terrain par la présence de trois joueurs pouvant à la fois déséquilibrer l’OL facilement et éliminer 6 joueurs en une passe.

En général, le bloc équipe se retrouve dans des situations où la largeur est maîtrisée de manière correcte, avec le travail des joueurs excentrés, et la présence des deux lignes de joueurs. Mais la profondeur n’est pas assez contrôlée, ce qui amène un bloc bien en place à être mis en difficulté par la moindre passe verticale.

Sur cette vidéo, on voit que le bloc lyonnais est transpercé en 2 passes pour finir sur un but en un contre un avec Lopes. Alors que les joueurs offensifs essaient d’effectuer un gengenpressing sur le porteur de balle, Kongolo se retrouve dans une liberté incroyable pour effectuer une passe qui casse une ligne complète. Ensuite, Baldé Keita arrive à se retourner, alors que Diakhaby doit le serrer de plus près pour être face au jeu et trouver un Rony Lopes seul sans couverture.

Pour l’exigence supposée que l’on attribue à Lyon, c’est inadmissible d’avoir un point faible aussi important dans le jeu, qui peut le rendre très perméable et beaucoup moins solide qu’il ne faudrait.

Face à une attaque placée

Quand le bloc passe d’une phase avec ballon à une phase sans ballon, on pourrait comprendre le comportement de méfiance sur l’offensive adversaire. Mais lorsqu’une équipe arrive à remettre son bloc-équipe en place, les certitudes sont présentes et les intentions doivent être automatiquement différentes.

Pas du côté de l’OL malheureusement.

Face à Angers, le comportement des joueurs rouges est flagrant et révélateur des difficultés très inquiétantes dans l’élaboration de l’animation défensive. Alors que Lyon est réduit à 10 après l’exclusion grotesque de Marcelo, l’équipe de Bruno Génésio subit les foudres des joueurs angevins, qui veulent profiter de leur supériorité numérique pour revenir au score.

Pour le coup, l’entraîneur français fait face à un « examen » sur son équipe face à des attaques placées : comment ses joueurs vont-ils s’organiser pour bloquer les offensives d’Angers ?

Sur cette action, on voit un bloc équipe mobile sur la largeur, qui n’organise aucun pressing,  préférant rester en place pour couvrir le couloir de jeu direct. Mais comme pour les transitions offensives/défensives, on observe un souci incroyable entre les lignes : Crivelli crée un décalage par un mouvement simple, passe devant Diakhaby pour jouer dos au but lyonnais, et permet à Toko Ekambi de se retrouver en pleine vitesse face aux cages de Lopes. Tout ce processus, simple dans le football, a été rendu possible par la nonchalance des joueurs de Génésio, mais également par un espace énorme entre les défenseurs et la ligne du milieu de terrain.

Pour un club avec des attentes aussi élevées, ces difficultés sont fatales au niveau européen, mais également au niveau national.

Malgré cette difficulté, il faut néanmoins saluer la capacité du bloc à enfermer ses adversaires lorsqu’il veut passer par les ailes, et non par le couloir de jeu direct.

Le match face au PSG fut la référence pour le début de saison lyonnais, malgré la défaite et les deux buts concédés dans le dernier quart d’heure. Alors que tout le monde prévoyait une victoire écrasante des Parisiens, pour le premier gros choc de la saison, les Lyonnais ont su rivaliser grâce à un bloc compact qui anticipait très souvent les trajectoires de balles parisiennes (11 interceptions durant le match). En plus, la pass-map parle en la faveur de Lyon, en montrant l’absence dans l’axe derrière l’attaquant, malgré les multiples tentatives de Cavani à décrocher pour créer un point de fixation.

Ce n’est pas juste une conversation stérile parisienne, c’est aussi le travail de l’équipe lyonnaise qui a créé ce cas de figure par les joueurs excentrés, ayant apporté un énorme travail de repli défensif.

Alors que la Ligue 1 se solidifie avec le temps, et qu’elle se compose progressivement d’entraîneurs de renom tels que Ranieri ou Favre, les équipes rencontrent des adversaires qui progressent constamment. Des intentions de jeu sont mises en place, peu importe les moyens à disposition, et cela permet de voir des matchs ouverts avec des prises de risques, faisant oublier l’époque des « bus » parqués devant la surface de réparation pour récupérer un point. Si on regarde les résultats des 3 dernières journées, on remarque des cadors en difficulté (Paris 2-1 Dijon à la dernière minute), ou même obligés de perdre des points (Montpellier 0-0 Monaco, Strasbourg 3-3 Marseille) : plus aucun match n’est facile. Ils doivent tous être joués à 100%.

Lyon est encore trop friable sur le plan défensif, avec des difficultés importantes sur des phases qui peuvent changer le cours d’un match en un rien de temps. En plus de ces points tactiques, les intentions des joueurs sont inquiétantes, car personne ne prend l’initiative de faire avancer un bloc capable de s’aligner et de surveiller la profondeur, avec la qualité individuelle de chacun.

Malgré tout, ce qui rend cette équipe encore plus critiquable n’est pas que l’aspect défensif, mais également son apport avec le ballon.

Les phases avec le ballon

 

Avec le niveau actuel du football, la réflexion intellectuelle et les méthodes pour faire évoluer son équipe sont différentes : c’est la beauté de ce sport. On peut prendre plaisir à admirer une équipe qui aime garder le ballon, comme une équipe qui se base sur les attaques rapides et les transitions. Mais le plus important reste les intentions, et ce qu’on veut retranscrire à son équipe.  

Alignant des joueurs excentrés de grande qualité, Bruno Genesio veut baser son animation sur la force de ces derniers, et les utiliser le plus possible. Mais l’animation ne les aide pas.

Sur la séquence, des phases sont marquantes par le manque d’ambition et de création chez les joueurs. On voit un Lucas Tousart incapable de se projeter vers l’avant pour créer une solution dans la profondeur et apporter un surnombre dans la surface. De plus, le couloir Tete-Traoré fait face à un bloc bien placé compensant le plus possible d’espaces, tout en étant mobile et compact : après le décalage créé par le mouvement de Gomez, les joueurs bleu et noir ont réussi à rééquilibrer une zone étant initialement un 1-1, pour la faire passer en  3-2.

Sans l’apport d’un joueur ayant la possibilité de se projeter, les anciens étaient dans l’obligation de créer un exploit individuel.

Et quand on voit la fin de l’action, on remarque que le décalage pour déséquilibrer le bloc de l’Atalanta se fait via la projection de NDombele dans l’espace libre : ce sont des milieux capables de réaliser ce type de déplacement.

Ajoutons à cela que Fekir et Mariano sont obligés de coulisser à chaque changement de côté sans l’aide d’un milieu axial, amenant comme sur l’action une conservation en U qui finit par un centre.

Les qualités des joueurs de côté sont tout de même exploitées, comme on peut le voir sur la pass-map du match face à Atalanta. On observe de plus un Fekir placé beaucoup plus haut sur le terrain, pour créer le décalage de la dernière passe pour Mariano, qui peut se retrouver isolé sans cela. Au milieu, une chose se confirme via la carte : les deux espoirs français se retrouvent alignés sur le terrain, créant une relation axiale entre eux et les attaquants quasiment inexistante. En plus de cela, le schéma montre bien la conservation en U avec les relations entre les joueurs et Marcelo qui a été obligé d’allonger le jeu plus de 5 fois vers Mariano : une autre preuve des difficultés lyonnaises.

Attardons-nous maintenant sur le match face à Angers. Sur l’image, on voit une équipe inexistante dans le coeur du jeu, par le manque de mouvement et une occupation du terrain déséquilibrée. Fekir sera obligé de décrocher au niveau de ses milieux axiaux pour trouver une solution et être capable de créer le décalage par une passe. Et du coup, Lyon est positionné dans une configuration particulière et marquante, avec un 3-3-1 où Fekir-N’Dombélé et Tousart sont alignés, Depay est totalement seul dans le coeur du jeu, et les joueurs excentrés collent la ligne pour étirer le bloc adverse. Le souci  dans cela est que la relation entre le milieu et l’attaque devient compliquée, et que les solutions sont quasiment inexistantes si les joueurs arrivent à trouver un des 3 offensifs sur la séquence.

Cela appuie l’idée de “l’exploit individuel” : dès la prise de balle, le dédoublement de passes ou les solutions sont remplacés par une percussion et des dribbles permettant d’effacer une ligne.

Et pour le coup, Nabil Fékir prend un malin plaisir dans ce registre en créant généralement tous les derniers décalages : 35 dribbles réussis depuis le début de saison, 3e meilleur ratio européen derrière Neymar et Messi.

Attardons-nous également sur la relance lyonnaise. C’est un aspect essentiel dans la progression d’une équipe avec le ballon. Si les joueurs sont positionnés de façon adéquate pour accélérer le jeu et permettre d’attaquer le but adverse, la relance peut être facile vers l’avant, et ne nécessitera pas des passes latérales ne faisant pas avancer le bloc équipe. Sur l’image, on voit Lyon positionné en 2-4 avec des latéraux sur la même ligne que les milieux axiaux qui ne bougent pas. Du coup, on a une situation dans laquelle Fékir est le seul que l’on peut trouver dans l’axe du terrain, et les joueurs excentrés sont isolés sur leur ligne de touche : la progression en U est tranquillement en train de se mettre en place.

Pourtant, lorsque l’équipe met du mouvement et  que les déplacement sont coordonnés avec les prises d’initiatives, Lyon est capable de jouer autrement qu’en forme de U:

Cette équipe dispose de talents sur chaque ligne et peut être un rouleau compresseur, si l’animation suit derrière. Mais si les intentions ne changent pas et que Bruno Genesio souhaite garder cette idée d’exploit individuel, la réussite disparaîtra. Avec un potentiel pareil, ce serait un énorme gâchis.

La protection Genesio

 

C’est un sujet délicat depuis de nombreux mois, et les choses rendent l’atmosphère détestable autour du club, malgré des résultats parfois positifs. Depuis le début de l’année 2017, les supporters lyonnais trouvent leur équipe mauvaise, régulièrement réduite à des différences individuelles. Et le premier responsable selon eux est Bruno Genesio.

Ayant le second pire ratio de points depuis le 21e siècle, l’ancien adjoint d’Hubert Fournier est constamment dans la tourmente, et ne respire pas une seconde avec la pression que les supporters lui imposent. D’un point de vue sportif, l’entraîneur français a connu des débuts prometteurs avec des intentions de jeu dignes d’une grande équipe  de classe espagnole voire européenne, durant sa « mission commando » en 2015-2016. Mais les médias ont transformé un homme discret et travailleur en une autre personne.

Quand l’OL propose un spectacle médiocre face à l’équipe la plus faible de sa poule en Europa League, les médias parlent simplement d’une prestation moyenne, et d’un Lyon sans idée. Et lorsque le spectacle est d’un même niveau mais que la  victoire est au rendez-vous, comme face à Guingamp, on parle d’une « victoire difficile ». Le jugement est bien différent pour un homme qui reste à un niveau constant sur les dernières prestations, et un autre homme au nord de la France, qui essuie de lourdes critiques au moindre faux pas.

On ne peut pas remettre toutes les mauvaises passes sur le dos d’un seul homme, néanmoins l’entraîneur est en grande partie responsable. Il est en charge de tout l’apport sportif de l’équipe, que ce soit les séances d’entraînements ou les compositions de match, entre autres, et parfois il fait les mauvais choix.

Mais depuis son intronisation à la tête de l’OL, personne ne soulève ses difficultés à lui. Tous les médias ne sont, heureusement, pas unanimes, mais quand on entend Daniel Riolo critiquer les choix ou les intentions de Genesio, Jean Michel Aulas sort soudainement de sa boîte pour dégainer un tweet bien senti.

Des réponses médiocres, des arguments illogiques pour défendre son entraîneur : le président français enchaîne les déconvenues pour répondre aux détracteurs qui ne donnent qu’un avis objectif et concret, sur un entraîneur qui a trop été protégé.

Monsieur Aulas, si vous me lisez, sachez que j’en suis fier, que vous êtes une référence à votre poste, et dans ce que vous avez accompli et continuez d’accomplir pour le football français. Mais s’il vous plaît : ressaisissez-vous.

Une protection de cette sorte rend Bruno Genesio encore plus vulnérable aux yeux des supporters, et ne le protège pas : il prend encore plus de confiance en se disant qu’il ne sera jamais viré. Et ça se ressent lors de ses conférences de presse.

Florilège.

https://twitter.com/InsideGones/status/918065824371564544

https://twitter.com/InsideGones/status/918061672195133440

https://twitter.com/MaxMonthioux/status/913519704383393792

En plus d’une place sur le banc très contestée, l’entraîneur français n’y va pas de main morte dans sa communication, rendant l’atmosphère plus électrique par ce genre de déclaration. Ce sont les paroles d’un homme en pleine confiance grâce à un président très protecteur à son encontre. Il peut continuer à parler sans langue de bois et à faire son travail, sans aucune remise en question de sa part. Comme dans tout environnement, on nous apprend dès le plus jeune âge à être honnête envers autrui pour qu’il puisse progresser, et qu’il n’entre pas dans une fausse bonne dynamique : c’est exactement ce qu’il ne se passe pas avec Génésio.

Les résultats sont peut-être corrects pour la direction, mais le contenu est clairement critiquable, et les choix sportifs parfois incompréhensibles (des joueurs comme Mammana ou Darder ont été éjectés de l’effectif, sans véritable raison, alors que sur le terrain les deux hispaniques apportaient un plus à l’équipe).

Avec un effectif de cette qualité, l’Olympique Lyonnais n’a pas le droit à l’erreur, et doit être exigent avec lui-même, en produisant des intentions cohérentes dans le jeu. Mais depuis plusieurs mois, ce n’est plus le cas : seuls les exploits individuels des joueurs permettent de maintenir à flot un Lyon balbutiant. En tout cas, une chose est sûre : Bruno Genesio a intérêt à faire attention, si ça continue le fil va bientôt craquer…

 

Photo credits : Romain Biard / Isports / DPPI

Le football est une véritable partie d'échec.

One Comment

  1. Thomas TRICHET Reply

    Très belle analyse tactique, ça fait plaisir de lire du vrai foot !
    Il y a une chose qui me tracasse également, c’est que lors des phases offensives (notamment lors des contre-attaques, ça s’est vu hier), l’OL part avec un bloc très bas. C’est sans doute dû à ce que vous évoquez sur les phases défensives : vu que les lyonnais défendent en reculant, ils sont obligés de se rapprocher de leur but pour aspirer l’adversaire et récupérer le ballon.
    Or, l’équipe a encore du mal à sortir le ballon et quand ils y arrivent, on remarque que l’attaque est complètement coupée du jeu. En gros on a deux milieux defensifs qui jouent très bas (hier Tousart et Aouar), presque au niveau de la défense et quand Aouar n’arrive pas à ressortir le ballon, si Traoré et Fékir ne sont pas là pour relayer voire porter la balle jusqu’au milieu de terrain, l’OL est incapable de remonter. On le voit très bien avec l’entrée de NDombele qui, part ses contrôles orientés notamment, arrive à se débarrasser de deux/trois joueurs et à remonter la balle jusqu’au camp adverse.
    Ce qui me gêne dans tout ça c’est que l’OL est par conséquent contraint parfois de dégager la balle n’importe où, ou de tenter d’atteindre à tout prix par de longs ballons ses attaquants qui se retrouvent complètement esseulés dans la moitié de terrain opposée. Ceci ne permet donc pas à Lyon de profiter de situation dont il pourrait tirer parti, au vu de la qualité des joueurs.
    Au final, il n’y a aucun relai en phase offensive entre le milieu et l’attaque.
    Aouar, Ndombele, Traoré, Fékir arrivent à compenser par leur talent, mais c’est beaucoup plus compliqué et surtout éreintant.

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