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L’Italie est à 90 minutes d’un exploit retentissant, celui de ne pas aller en Russie. 60 ans après, la Squadra risque de rater une Coupe du Monde. Après la défaite 1-0 face à la Suède, le doute s’est installé. Mais une seule personne reste sensiblement très sereine. Loin de la tempête médiatique dont il est victime, Giampiero Ventura fait preuve d’une confiance de tous les instant. Pas du tout soucieux, l’ancien entraîneur du Torino n’imagine pas son équipe ne pas se qualifier à Milan durant le barrage retour. Une situation qui à l’inverse se révèle extrêmement inquiétante pour le pays.

Ventura, le mauvais casting

 

Beaucoup se demandent comment l’Italie en est arrivée à batailler de la sorte après un Euro 2016 convaincant.  Giampiero Ventura est le coupable idéal. L’actuel sélectionneur est pointé du doigt pour ses résultats, ses compositions mais surtout son manque de jeu. Alors que son projet de jeu semblait être alléchant avec le fameux 4-2-4 qui l’a rendu célèbre à Bari puis au Torino, la greffe n’a jamais pris. Plusieurs points présageaient néanmoins ce flop évident. L’absence d’ailiers de niveau international en est un. Bernardeschi, Insigne, Bonaventura, aucun n’a eu le niveau escompté durant ces phases de qualifications. N’en déplaise à ses plus grands détracteurs, Candreva aura été le plus méritant, sauvant plusieurs fois l’Italie de la catastrophe. Il est obstiné, borné, têtu, mais surtout un des rares joueurs offensifs à faire preuve de caractère. L’ailier nerazzurro a su se montrer le plus dangereux la où les joueurs les plus talentueux n’ont jamais répondu présent.

Comme sur les ailes, les attaquants n’ont pas été à la hauteur, Ventura n’a jamais trouvé la solution. Le duo Immobile – Belotti n’a jamais fonctionné et c’était prévisible. Les deux profils se ressemblent trop pour espérer les faire cohabiter. Ils ont tendance à se déplacer de la même manière, les appels sont identiques…  Le match contre la Suède en est la caricature parfaite. C’est comme mettre Christian Vieri et Marco Delvecchio ensemble, ça ne peut pas fonctionner sur le long terme. Avec un Eder autour de Belotti, la Squadra aurait certainement pu apporter de la variété dans son jeu.

Si Immobile est bien placé derrière Belotti, on peut voir qu’il reste attiré par le côté gauche, son circuit préférentiel 

Mais le problème majeur n’est pas là. La question du jeu a hanté la sélection durant les éliminatoires. Le fantôme d’Antonio Conte flotte au dessus de cette équipe. Les comparaisons sont nombreuses entre les deux formations. Mais la différence majeure entre la sélection de l’ancien bianconero et celle de Ventura, c’est qu’il existait alors un plan de jeu clair et cohérent. Voir jouer l’Italie de Conte était aussi agréable qu’une prestation de Lino Ventura dans les Tontons flingueurs. Cette Italie que nous voyons aujourd’hui ressemble à un navet insipide dans lequel joue Kev Adams. Marco Verratti est à l’image de cette équipe, perdu, en manque d’imagination et surtout de caractère. Le jaune pris par le Parisien reflète ce manque de sérénité.

La grinta a disparu, laissant transparaitre un gros manque de confiance. Le match face à la Suède a laissé éclater au grand jour tout les maux de cette équipe. On ne parlera pas l’attitude détestable des défenseurs italiens qui n’ont pas arrêté de pourrir l’arbitre pour faire exclure Marcus Berg. A tel point qu’ils en ont oublié de défendre correctement sur le but suédois. L’Italie doit maintenant faire ses comptes, à 24 heures d’un des matchs les plus importants de son histoire.

A qui la faute ?

 

Evidemment, il est plus simple de pointer du doigt le sélectionneur. Ventura est dépassé par l’exigence du métier de sélectionneur. Ses déclarations avant et après le match face à la Suède l’ont prouvé. A Stockholm, l’ancien du Toro ne s’attendait pas à ce que cette adversité soit « aussi dure autant physiquement que dans l’intensité« , la preuve s’il en fallait que le match n’a pas été pris par le bon bout. Il aurait juste fallu que lui et son staff observent la Suède face à la France pour se rendre compte que c’est une équipe qui met énormément d’intensité lors des gros matchs.

Ventura et ses 68 ans n’étaient pas faits pour prendre la suite d’Antonio Conte. Les premiers responsables sont avant tout les personnes qui l’ont intronisé au poste de sélectionneur. Car dans le fond, il n’a jamais gagné le moindre trophée et n’a entrainé aucune équipe ambitieuse durant sa longue carrière. La fédération voulait insister sur le côté « formateur » de Ventura. Que ce soit à Bari ou au Torino, il a permis à des joueurs comme Ranocchia, Bonucci, Ogbonna, Darmian, Immobile ou Cerci d’être mis en valeur sous ses ordres. L’idée était de valoriser le plus possible les jeunes joueurs italiens via la sélection. Le souci est que le fait de diriger une sélection n’a rien à voir avec le fait de s’occuper d’un club. Le temps est très restreint. Beaucoup ont du mal à hausser leur niveau quand ils portent le maillot de la Squadra. Ventura n’a pas réussi à sublimer ses joueurs. Aujourd’hui le mal est profond et certains joueurs semblent exapérés par la situation actuelle, Insigne le premier.

Mais une autre donne est à prendre en compte. L’Euro 2016 a longtemps été pris en exemple par les tifosi ou médias. Sauf que cette équipe a été portée par Antonio Conte. Tout le mérite lui revient. Quand tu arrives à faire 1/4 d’une compétition avec Parolo, Pellè ou Eder titulaire et en éliminant l’Espagne, c’est que tu as un crack sur ton banc. Et ça, les grandes instances du foot italien l’ont oublié. La Squadra a un gros trou générationnel. Malgré les bons résultats pour les Euro Espoirs (finale en 2013, demi en 2017, à chaque fois perdues face à l’Espagne), la sélection souffre d’un vivier de moins en moins prolifique. Les jeunes espoirs espagnols de 2013 ont confirmé en sélection pendant que ceux de l’Italie ont du mal à se faire une place. Isco et Morata vont mettre la Squadra à genoux avec la Roja pendant que Verratti et Immobile vont être abominables.

La différence est celle-ci, le manque de successeurs aux vétérans italiens. Des joueurs qui prennent enfin leurs responsabilités et qui soulagent enfin des anciens qui ont déjà énormément fait pour le football italien. Que ce soit Verratti, Immobile, Insigne, on attend tous qu’ils élèvent leur niveau pour enfin porter la sélection. La Coupe du Monde 2018 va être la fin d’une époque pour la sélection. Buffon, Barzagli et sûrement De Rossi vont tirer leur révérence. Les derniers sénateurs de la Coupe du Monde 2006 vont laisser leur place à des joueurs plus jeunes, plus frais. Si Donnarumma et Perin vont se tirer la bourre pour le poste de numéro 1, les successeurs du bianconero et du romanista ne sont pas encore trouvés. Rugani semble être l’héritier légitime pour remplacer l’ancien défenseur de Wolfsbourg. Le Juventino a toutes les qualités requises pour le remplacer dans la durée mais pour le capitaine romain, l’affaire est plus compliquée. Comme avec Andrea Pirlo, aucun joueur ne joue comme De Rossi. Il existe malgré tout un joueur qui peut très bien assurer à la place du célèbre numéro 16. Jorginho a toute les qualités pour reprendre le flambeau. Le regista du Napoli a énormément de similitudes avec DDR. Mais là où il pourrait être d’autant plus intéressant, c’est dans sa relation avec Verratti. Avec un joueur comme Jorginho à ses côtés, le  Parisien pourra se sentir plus en confiance. Mais pour espérer voir le hibou et le néo-italien ensemble, il faudra déjà un plan de jeu. Le contrat Ventura a été prolongé jusqu’en 2020 mais une non-qualification pourrait lui coûter très cher.

En attendant de fantasmer sur une quelconque doublette Jorginho-Verratti avec Carlo Ancelotti en coach, l’Italie doit se qualifer et le salut passera évidemment par Antonio Candreva, n’en déplaise aux gothiques du football.

 

Photo credits : JONATHAN NACKSTRAND / AFP