Peter Schmeichel, le géant danois

Si David De Gea a prouvé depuis bien longtemps que Manchester United ne s’était pas trompé en le recrutant, il n’est pourtant pas le premier gardien que les mancuniens portent dans leur cœur. Il est en réalité le descendant d’une lignée qui compte parmi ses rangs le grand Edwin Van Der Sar mais aussi avant lui, le géant Peter Schmeichel…

C’était le 26 mai 1999. Un soir de printemps au Camp Nou. La pelouse venait d’être arrosée, le public finissait de remplir les tribunes, les projecteurs brillaient dans le ciel catalan. L’arbitre mit son sifflet à la bouche pour lancer le match. 90 minutes de plaisir pendant lesquelles l’Europe regardait le Bayern Munich et Manchester United s’affronter pour monter sur son toit. 90 minutes seulement. Car, ce soir-là, le temps additionnel ne comptait plus pour du football. C’était un tremblement de terre. Un véritable retournement de la planète football. Menés 1-0 tout au long du match, les mancuniens ne lâchent rien et renversent la vapeur dans les arrêts de jeu pour s’octroyer la coupe aux grandes oreilles. Sheringham et Solskjaer sont les héros du soir. Mais sur la pelouse, un autre homme attire l’attention. On le repère à ses cheveux, d’un blond scandinave qui ne passe pas inaperçu.

Dans sa tunique verte de gardien, il lève le poing. Ce poing ferme qu’il a si souvent serré dans sa carrière. Ce poing qu’il ne serrera plus sous ces couleurs. Car ce soir-là, comme un tremblement de terre qui en entraîne un autre, c’est la dernière fois qu’on verra Peter Schmeichel porter le maillot de Manchester United, la dernière fois que le géant danois protègera les cages des Red Devils. Il s’en va après l’un des plus beaux matchs de l’histoire du club, à l’apogée d’une décennie d’ascension pour le Manchester de Ferguson. Un au revoir en consécration pour celui qui restera l’un des plus grands gardiens de l’histoire du club…

« The bargain of the century ». C’est avec ces mots que Sir Alex Ferguson a décrit l’arrivée de Peter Schmeichel à Manchester United. L’affaire du siècle. Un demi-million de livres pour s’attacher les services d’un portier danois encore inconnu. Un demi-million de livres qui a eu un impact énorme dans la renaissance d’un Manchester United en peine depuis trop d’années. Le club n’a plus remporté de championnat depuis 1967 et se morfond dans le ventre mou de la Premier League. Même cet entraîneur, un certain Alexander Chapman Ferguson, arrivé en 1986 n’arrive pas à redresser la barre. On pense à le virer. Mais sa victoire en FA Cup en 1990 lui donne raison. Fergie reste, porté par une ambition folle qu’il tente d’assouvir en construisant une équipe digne de ce nom : Hugues, Cantona, le jeune Ryan Giggs et aussi ce gardien qui écœure les attaquants : Peter Schmeichel. Arrivé en 1991, il s’impose petit à petit jusqu’à devenir le pilier d’une équipe qui remporte le championnat en 1993. La disette est terminée. Manchester United est de retour. Et Peter Schmeichel y est pour beaucoup. Sur 38 matchs, il réalise 22 clean sheets, un chiffre hallucinant qui traduit l’importance du portier danois dans les résultats de son équipe. Peter est désormais un géant et rien ne semble pouvoir l’arrêter… ou presque.

En janvier 1994, il se prend la tête avec Ferguson qui lui reproche de mal tirer ses six mètres. Manchester vient de concéder un nul contre le rival Liverpool alors que les Red Devils menaient 3-0. Schmeichel n’apprécie pas la critique. Et s’énerve. « Plus on se parlait et pire c’était » confie le gardien danois. Après cette dispute, Ferguson le convoque dans son bureau et lui annonce qu’il le vire de l’équipe. Le gardien reviendra quelques jours plus tard en s’excusant auprès de ses coéquipiers et de son entraîneur. Rien ne pouvait donc arrêter Schmeichel sauf Ferguson. Rien ne pouvait arrêter une légende sauf une légende. Une fois excusé, le géant danois retrouve sa place et continue de régaler. Il s’éclate tellement qu’il marque un but en Coupe de l’UEFA en 1995. Au total il passe 8 années à Manchester durant lesquelles il gagne cinq championnats, trois FA Cup, une League Cup (la première de l’histoire du club) et bien sûr une Ligue des Champions. Une carrière brillante pour celui qui a réussi à se faire un nom dans le club mancunien. Tout n’était pourtant pas gagné lors de son arrivée et c’est peut-être loin de Manchester, en Suède, qu’il a gagné une place de titulaire qu’il n’a ensuite plus lâchée…

L’histoire de Peter Schmeichel est légendaire tant il y a d’événements incroyables et de coïncidences incongrues qui ont fait de lui le joueur qu’il était. La naissance du géant danois intervient en 1992, un an après son arrivée à Manchester United, mais loin des terres anglaises, en Suède précisément où il va vivre un Euro euphorique. Pourtant, là aussi rien n’était joué d’avance. Car le Danemark n’est pas qualifié pour la compétition et c’est un malheureux événement qui va offrir à cette équipe la possibilité de jouer l’Euro. 1991 signe le début de la guerre civile yougoslave, un conflit terrible qui conduit le Conseil des Nations Unis à prendre une résolution qui instaure un embargo contre la Yougoslavie, l’empêchant notamment de participer à quelconques manifestations sportives. Deuxième du groupe de la Yougoslavie en phase de qualification, le Danemark est appelé pour remplacer l’équipe d’Europe de l’Est. La légende est en marche pour une équipe que l’Europe ne saura pas arrêter.

Cantona et Papin n’y pourront rien, le Danemark élimine la France dès les phases de poules et s’envole vers une demi-finale des plus compliquées, une demi-finale contre des Pays-Bas expérimentés, à l’effectif bien fourni. Rijkaard, Bullit, Bergkamp et surtout la légende Van Basten. Ils sont tous là pour affronter le Danemark de Schmeichel, tous là pour donner raison aux pronostics qui les donnent largement gagnants. La demi-finale est épique. Rijkaard égalise à 2-2 à la 86ème minute et envoie les Pays-Bas en prolongation. Deux périodes difficiles au terme desquelles les deux équipes ne se sont toujours pas départagés. Il faudra attendra la séance de tirs au but. Et c’est à ce moment-là que les dieux du football ont choisi d’intervenir, de choisir le camp de Peter Schmeichel, le camp de ce jeune gardien pour beaucoup inconnu et qui va entrer dans la lumière après cet arrêt sur le tir au but de Van Basten. Le Danemark bat les Pays-Bas au bout d’une séance haletante, au bout d’un match d’anthologie. Ils sont imbattables et en finale, l’Allemagne de Klinsmann et Sammer n’y changera rien. Pas qualifié au départ, le Danemark remporte finalement la compétition. Schmeichel est désormais le Géant Danois.

C’était un enfant polonais, devenu danois à l’âge de 7 ans. Un fils de musicien devenu lui aussi joueur de piano. Mais ses mains de pianiste se sont durcies et lui ont conféré un talent que personne ne regrette aujourd’hui. Le talent d’un très grand gardien dont l’histoire s’est écrite avec une somme d’exploits légendaires, un très grand gardien qui n’a vécu que pour l’apothéose comme en juin 1992 ou en mai 1999, un très grand gardien qu’il ne nous reste plus qu’à saluer pour ce qu’il a donné a Manchester United, au Danemark et au football.

Credit Photo : punditarena.com

Quand les gens sont d'accords avec moi, j'ai toujours le sentiment que je dois me tromper.