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Après la défaite 1-0 face à la Juventus, le Napoli est déjà attendu au tournant. Alors qu’on s’attendait à voir enfin les Azzurri vaincre l’ogre bianconero, ils sont encore passés à côté de leur évènement. Mercredi soir, Mertens et sa bande jouent leur qualification en huitièmes de finale de Ligue des Champions. Pendant que le Shakhtar Donetsk, second de la poule, affronte des Citizens déjà qualifiés, le Napoli se déplace lui du côté de Rotterdam face à un Feyenoord qui veut sauver son honneur. Une élimination serait un gros point noir pour un club qui espère vivre sa plus belle saison depuis 30 ans.

Les chroniques parthénopéennes vol 3

Après deux saisons lors desquelles le Napoli a émerveillé l’Italie par son football offensif, l’heure est venue de faire les comptes. Aujourd’hui, le club s’est imposé comme une des plus grosses locomotives du pays. Depuis l’arrivée de Maurizio Sarri, Naples ne cesse de surprendre au point d’être considéré à juste titre comme une des équipes développant un des footballs les plus agréables d’Europe.

Le Napoli est devenu une sorte d’épouvantail sur la scène nationale et européenne. Le jeu proposé que ce soit face à Benevento ou le Real Madrid attire l’œil et a mis d’accord tous les spécialistes football. Les joueurs partent mais le système reste. Lorsque le club voit la Juventus signer Higuain, il le remplace par Arkadiusz Milik. Quand l’ancien de l’Ajax se fait les croisés, le board n’a même pas besoin de le remplacer. Gabbiadini était présenté comme le remplaçant naturel et c’est Mertens qui s’imposera en tant qu’avant-centre. Une aubaine tombée du ciel qui mettra presque Maurizio Sarri mal à l’aise face au niveau du Belge à ce poste inconnu pour lui.

Dans un pays où le résultat a longtemps primé au détriment du jeu, Sarri fait preuve d’exception. Son arrivée à Naples a changé certains codes. Totalement différent de Benitez et Mazzarri dans son approche footballistique, il a permis aux Partenopei de regarder droit dans les yeux les plus grands d’Italie mais aussi d’Europe. Alors que la force du Napoli a toujours été sa grinta et la motivation notamment sous Mazzarri, Sarri a apporté autre chose. Des principes de jeu, de la confiance et surtout un rôle de paternel qui rend les joueurs meilleurs. Considéré comme un père par les joueurs, il a permis à certains de se découvrir des talents cachés et emmagasiner un maximum  d’expérience à ses côtés.

Cet effectif est plein de prouesses et est surtout dévoué à la cause du club et de sa ville. Que ce soit Insigne, Mertens, Koulibaly et plus récemment Pepe Reina, tous ont refusé de quitter Naples. Tous ces joueurs sont reconnaissants par rapport à ce que les tifosi et le club leur ont apporté. La chaleur des Napolitains n’a que très peu d’équivalents en Italie et en Europe. Gagner  à Naples vaut de nombreux trophées à Milan ou à Turin. L’atmosphère qui règne dans la ville depuis l’arrivée de Sarri a remotivé des joueurs comme Insigne ou Hamsik.

La réalité est que l’entraîneur italien a créé une vraie bulle autour du club mais aussi de la ville. A l’instar de Diego Simeone à l’Atlético, l’ancien coach d’Empoli a insufflé un vent nouveau et fait l’unanimité dans un contexte difficile. Quand on parle du Napoli, on parle de Maurizio Sarri en premier. Plus le temps passe, plus les tifosi espèrent voir leur entraîneur rester de nombreuses années au club. L’amour et le respect sont réciproques entre les deux boards.  Quand on fait autant l’unanimité à Naples et dans la ville, on aspire à y rester le plus longtemps possible même si l’intéressé ne semble pas du même avis.

Maintenant, pour que cette équipe commence à titiller le plus grand Napoli de l’histoire, il va falloir gagner des titres. Sarri le dit très bien,  » Si j’arrête maintenant, personne ne se souviendra de moi parce que je n’ai rien gagné. Ne me comparez pas à Sacchi, c’est une insulte pour lui ». Cette histoire de trophées commence à ronger les joueurs et le public.

Les yeux plus gros que le monde?

« Le Napoli peut pas commencer un championnat en pensant à gagner le scudetto. »

Cette phrase de Maurizio Sarri est le reflet du complexe d’infériorité qui touche le Napoli. Malgré la régularité de l’équipe depuis sa remontée en Serie A, il est tabou de parler de titre. Que ce soit Mazzarri, Benitez ou Sarri, aucun n’a osé parlé de titre ouvertement. Mais l’équipe de ce dernier est la plus armée pour le faire et pourtant, ce n’est toujours pas le cas. Le Napoli espère avancer encore caché mais toute l’Italie à compris son petit jeu.

Il fallait bien que ça arrive mais le petit manège de Maurizio Sarri commence à irriter les spécialistes ainsi que les autres rivaux. Notamment Luciano Spalletti. L’entraîneur de l’Inter n’hésite pas à attaquer le technicien du Napoli. Depuis la confrontation entre Nerazzuri et Azzurri, le torchon brûle gentiment entre les deux. Maurizio Sarri taquinait l’ancien de la Roma sur son approche « défensive » après l’affrontement entre les deux équipes.

Très proches, les deux n’hésitent pas à s’attaquer par médias interposés. L’attitude petit bras de Sarri dérange énormément. Il est compliqué de ne pas donner raison à Spalletti concernant l’approche de l’entraîneur du Napoli. S’il y a une équipe qui est armée pour faire tomber la Juventus, c’est bien la sienne.

Aujourd’hui le Napoli est second à un point de l’Inter leader. La défaite face à la Juventus a permis à cette dernière de revenir à un point derrière eux. Ce match était considéré comme un des plus grands tests pour la team à Sarri. On s’attendait enfin à voir le Napoli sortir un grand match face à sa bête noire, qui plus est diminuée. Les coéquipiers de Lorenzo Insigne sont encore passés à coté de l’évènement et ont même vu leur ex, Gonzalo Higuain, marquer une énième fois face à eux. Que ce soit l’Argentin qui crucifie le Napoli n’a rien d’anodin. Le Mister napolitain a très bien résumé la situation.

« La Juventus a perdu 90 millions mais a gagné 3 points, c’est ça la différence, Higuain est un phénomène. »

Elle est peut être la, la différence entre le Napoli, la Juventus et les autres gros. Une équipe peut se permettre d’investir sur un joueur qui gagnera ce genre de match seul et l’autre ne peut pas compter sur ses forces actuelles. Le premier visé est Insigne. On attend toujours plus du célèbre numéro 24 napolitain notamment dans ce genre de match.

Sur le banc face à la Suède, on espérait qu’il allait enfin pouvoir répondre aux attentes contre la Juventus. Il est passé à coté de son match et a été très nerveux. Quand Icardi fait gagner un derby à son équipe ou qu’Higuain met à mal toute une défense seul mais que ton meilleur joueur chie dans la colle, il est difficile de ne pas donner raison à Sarri sur la question.

Le match face au Shakhtar a permis de voir plus clair. On a plus ou moins délaissé la Ligue des Champions pour se concentrer totalement sur la Serie A. Autant sur le terrain qu’en tribune, le contenu est vide. 15 000 personnes sont présentes au San Paolo et le Napoli s’en sort seulement grâce à la magie de Lorenzo Insigne.  Alors que l’équipe est toujours en course pour se qualifier, une telle affluence et une partition de cet acabit sont étranges. Mais c’est la preuve que cette ville ne vit que pour un titre en Serie A, quitte à galvauder une qualification en huitièmes de finale.

La situation ne semble déplaire ni aux tifosi, ni aux joueurs et encore moins à Maurizio Sarri. Même s’il admet que son équipe « est pleine d’espoir tant qu’une porte sera entre-ouverte, c’est qu’elle reste ouverte « , il est difficile d’imaginer Naples faire un grand parcours en Europe. Avec le peu de turn-over opéré, on se demande comment va être l’effectif d’ici Février-Mars. En attendant, il y a un match à jouer et à gagner pour continuer à espérer.

 

Crédit photo : Matteo Ciambelli / NurPhoto