Pourquoi Anthony Martial est-il le meilleur joueur du monde ?

Désormais à l’ombre d’un Kylian Mbappé en Equipe de France ou d’un Marcus Rashford à Manchester United, Anthony Martial s’exprime dans une discrétion qui lui va bien, celle d’un joueur au visage impassible mais aux dribbles enivrants ; un joueur pour certains désintéressé, pour d’autres sous-estimé. Pourtant son talent est rare et émouvant, et la joie qu’il procure à tout un peuple mancunien mérite son hommage. Apologie d’Anthony Martial…

Son visage est celui d’un anonyme, caché derrière un masque, sourcils légèrement froncés et bouche fermée. Pourtant, derrière ces lèvres toujours closes se cache le sourire de celui qui a été touché par la grâce, celui qui a la chance de pouvoir faire ce que les autres ne peuvent pas. Anthony Martial ne s’exprime pas par la voix mais par le football. Il file sur le terrain comme la légère brise qui s’engouffre dans le théâtre des rêves un soir d’automne.

Et pendant ces soirées où la vie s’arrête pour laisser place au spectacle, c’est tout un peuple mancunien qui savoure les gestes de cet esthète du football moderne. Car depuis 2013 et le départ de Ferguson les Red Devils sont en manque de belles histoires. Il y en a eu tant qui ont marqué le passé du club mais depuis le dernier titre de champion des Red Devils, les légendes se sont peu à peu évanouies pour ne laisser qu’un souvenir, les traditions se sont perdues comme si elles n’avaient jamais existé et la culture de la gagne n’est devenue qu’un mirage dans les yeux des mancuniens.

L’adaptation à l’après Ferguson est longue, difficile et douloureuse pour ceux qui connaissent la gloire sans discontinuer depuis 1990 et le premier titre de l’entraîneur écossais. Mais ce 12 septembre 2015 était un jour différent. Un jour où les passions naissent, où les sourires nous gagnent sans que nous n’y puissions rien et où nos yeux brillent tant le moment est rare et intense.

Le gamin n’a que 19 ans, mais sans complexe, il vient de marquer un but en solitaire après avoir fait chavirer la défense de Liverpool. Plus aucun supporter ne pense aux 80 millions que les mancuniens ont déboursé pour se l’offrir. Il est déjà adopté. Comme George Best l’avait fait contre West Bromwich Albion plus d’une cinquantaine d’années plus tôt, Anthony Martial, la démarche fluide et le dribble facile, vient d’animer le cœur des mancuniens, de raviver la chaleur des foyers du Nord de l’Angleterre.

« Anthony Martial est bien meilleur que moi à son âge ». C’est par ces mots flatteurs que Thierry Henry a décrit l’opinion qu’il portait sur le talent du jeune français. Et le meilleur buteur de l’histoire de l’Equipe de France n’est pas le seul à être dithyrambique envers Anthony Martial. Car depuis le début de la saison, le joueur mancunien réussit ce qu’il n’avait su faire jusqu’alors : être décisif.

Anthony Martial est un artiste qui ne sait pas terminer son œuvre. Chacun de ses gestes, chacun de ses touchés de balle sont d’une douceur absolue mais il y a toujours un tibia ou un pied qui traîne pour empêcher l’exploit d’avoir lieu. Alors la consécration est remise à plus tard et les critiques peuvent continuer d’exister.

 

(Crédit photo: Tribuna.com)

 

Mais aujourd’hui, l’heure n’est plus aux reproches car l’attaquant mancunien a impressionné par sa forme depuis le début de la saison. Souvent remplaçant, il a joué le rôle de supersub et l’a parfaitement rempli tant ses buts ont compté dans les résultats mancuniens.

A tel point, qu’il a pu faire son retour en Equipe de France où là encore il a impressionné, notamment avec cette passe décisive pour Alexandre Lacazette contre l’Allemagne. Depuis, les langues se délient pour faire mousser le talent d’un joueur trop souvent décrié. Et Thierry Henry, Gary Neville ou encore Dimitar Berbatov ne diront pas le contraire. Tous ont admis le talent de Martial et savourent cette réussite retrouvée.

Une réussite qu’il doit peut-être à une vie privée plus rangée comme il l’a lui-même avoué. Car la saison précédente avait marqué un véritable coup de frein dans sa carrière tant ses prestations étaient moyennes et ses buts rares. Un ralentissement difficile à vivre pour celui qui a connu depuis le début une ascension fulgurante à l’allure d’un conte de fée.

L’incipit de la carrière de l’attaquant mancunien s’écrit en voyage, en ascension formidable et en rêves. Enfant de Massy dans l’Essonne, Anthony Martial fait ses premières classes au CO Ulis où déjà il impressionne et sort du lot.

Les exploits de l’essonnien ne laissent pas insensible ceux qui l’observent et notamment les recruteurs de l’Olympique Lyonnais qui lui proposent d’intégrer leur centre de formation en 2009. C’est plus qu’une occasion en or, c’est un challenge qui attend Anthony Martial, celui de briller au niveau supérieur, d’impressionner ceux qui pourront le lancer dans le grand bain.

Et le jeune attaquant ne déçoit pas. Rapidement, il survole les matchs, ses dribbles en déconcertent plus d’un et ses buts laissent pantois. Il n’y a plus de doute, Martial est né pour faire partie des meilleurs, c’est un diamant que le club rhodanien a entre ses mains, un diamant à polir pour qu’il puisse suivre le chemin de ses aînés à l’instar de Karim Benzema par exemple. Alors très vite, pendant que le prodige connait ses premières sélections avec les catégories jeunes de l’Equipe de France, l’Olympique Lyonnais décide de le surclasser en équipe réserve où il rejoint d’autres jeunes au fort potentiel, Alassane Pléa et surtout Nabil Fékir.

Et comme l’équipe réserve ne lui suffit pas, quelques mois plus tard, le 6 décembre 2012, Anthony Martial connaît sa première apparition dans un match professionnel, un match de Ligue Europa où il ne joue que dix minutes, un match qui sera le lancement d’une carrière qui ne va cesser de prendre de la puissance.

Car Anthony Martial voit grand et vite. Il ne jouera au total que quatre matchs pour l’Olympique Lyonnais. Le club décide de le vendre pour cinq millions à Monaco en 2013.

L’offre était trop belle pour un joueur de cet âge et les Lyonnais ont craqué. S’ils avaient su… L’attaquant file donc sur le rocher où il rejoint l’équipe de Leonardo Jardim, un entraîneur qui apprécie travailler avec les jeunes et qui mènera la vie dure à Anthony Martial comme lors de ce match contre le FC Nantes où il fait rentrer l’ancien Lyonnais avant de le faire sortir 26 minutes plus tard.

 

(Crédit photo: Sky Sports)

 

Une manière de « blesser Martial dans sa fierté » comme il l’avait confié au mensuel SO FOOT. L’opération est sans doute réussie car après deux ans de bons et loyaux services, Anthony Martial s’en va pour le Nord de l’Angleterre à la toute fin du mercato. Les chiffres sont fous, la surprise est totale et les interrogations abondent. Jusqu’à son premier match contre Liverpool…

Si ceux qui ont lu jusque là n’ont toujours pas compris pourquoi Anthony Martial était le meilleur joueur du monde, c’est peut-être parce que son talent relève de l’ineffable, parce qu’il est impossible d’expliquer avec des mots ce qu’il a de plus qu’un autre.

Pour le comprendre, il faut regarder jouer Anthony Martial car son talent ne se dit pas, il se sent. Le talent d’Anthony Martial c’est ce frisson que vous ressentez quand il part en dribble entre trois joueurs et que dans un espace qu’un œil humain peine à percevoir, il réussit à s’engouffrer pour sortir vainqueur de ce combat déséquilibré. Le talent d’Anthony Martial c’est ce poing que vous levez quand à cinq minutes de la fin d’un match capital, le gamin prend le ballon et marque un but décisif qui vous rend tellement heureux que vous en oubliez tout le reste.

Le talent d’Anthony Martial c’est enfin ce sourire qui s’inscrit sur votre visage quand un stade de 75 000 personnes s’unit et acclame un jeune de dix-neuf ans qui comprend à peine la joie qu’il procure à toutes ces personnes qui se sont levées de leur siège. Il ne faut pas essayer de voir en Anthony Martial un talent continu, mais un talent qui s’exprime par des fulgurances, par des exploits qui viennent vous réveiller au moment où vous vous y attendez le moins.

Et même si après tout cela, les sceptiques frappent encore à la porte pour critiquer cet artiste du football, les fans pourront chanter :

« Tony Martial came from France

The English press said he had no chance

50 million down the drain

Tony Martial scores again”

 

CREDITS PHOTO : AFP PHOTO / Oli SCARFF

Quand les gens sont d'accords avec moi, j'ai toujours le sentiment que je dois me tromper.