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Je tenais aujourd’hui à ce que ma plume vous narre ce que mes yeux d’enfant ont eu l’honneur d’observer, le légendaire Real Madrid du début des années 2000. Celui des Galactiques. 

Que serait une belle histoire sans d’immenses ambiguïtés ? Le Real Madrid, à l’aune des années 90, cultive ce refus du manichéisme. S’il a remporté par deux fois la Ligue des Champions, en 1998 et en 2000, le club échoue trop régulièrement à soulever la Liga et n’est lauréat que par trois fois en dix ans, en 1990, 1995 et 1997.

Le jeu des chaises musicales bat son fort quant à la présidence du club madrilène et Ramón Mendoza, réélu en 1995 pour un troisième mandat (face à un certain M. Pérez) est contraint à la démission 9 mois plus tard . Les difficultés financières croissantes que connaît le club (hérésie absolue lorsque comparaison est faite avec le club actuel, parmi les plus riches au monde) auront raison de lui.

Lorenzo Sanz lui succède alors. Sorte de Zamparini du pauvre, il voit défiler – tout autant qu’il s’en charge lui même – un bilan de 7 entraîneurs digne de la sélection algérienne au cours de son mandat de 5 ans. Ces entraîneurs, loin d’être des tocards (Jorge Valdano, Vicente Del Bosque, Fabio Capello, Jupp Heynckes ou Guus Hiddink, casting de rêve pour plus d’un club) ont subi le courroux de Sanz qui, surtout, a dû assumer son incapacité chronique à résoudre les difficultés pécuniaires que le club doit alors affronter. C’est ce bilan là qui entraîne sa défaite aux élections de l’an 2000 face à l’artisan de l’ère la plus folle du Real Madrid contemporain, Florentino Pérez.

 

Vicente del Bosque, Florentino Perez et Femando Ruiz Hierro (Crédit photo: AFP PHOTO / TOSHIFUMI KITAMURA)

 

Florentino est vexé. Il veut restaurer la grandeur du club. Terminer 4eme derrière le Barça, l’Athletic Bilbao et la Real Sociedad en 1998 puis 5eme en 1999 derrière le Deportivo la Coruña, Barcelone, Valence et le Real Saragosse  est absolument indigne du blason merengue. Il décide alors d’appliquer une politique pleine de paradoxes, de controverses et de démesure qui pourtant, même avec le recul, ne peut laisser indifférent.

C’est à la fois du néo-keynesiannisme et une inscription pleine et entière dans la logique du marché que met en place le président madrilène. Il applique une politique contra-cyclique et décide, afin de restaurer la vigueur financière du club, d’investir massivement pour lancer un cercle vertueux. Cette stratégie, sur le plan financier, ne manque évidemment pas de payer puisque le club, après quelques tergiversations et tâtonnements, reprend considérablement du poil de la bête capitaliste et décroche notamment des contrats de publicité absolument hallucinants pour l’époque.

Evidemment, ce n’est en rien ce qui nous intéresse ici. Parce qu’il n’est pas simplement chef d’entreprise mais dirigeant d’un – et pas des moindres – club sportif, Florentino décide de s’atteler au recrutement des plus grands joueurs de la planète. Il débute par un coup d’éclat absolument hallucinant en allant récupérer l’immense Luis Figo, probablement dans le top 3 des meilleurs joueurs portugais de l’histoire, au rival du FC Barcelone.

L’ailier droit, absolument brillantissime, signe pour la somme record de 65 millions d’euros (qui correspondraient aujourd’hui, avec l’inflation et la hausse considérable des revenus, au triple). Récoltant une tête de cochon sur la pelouse du Camp Nou le 21 octobre 2000, il délivre 19 passes décisives pour sa première saison, inscrit la bagatelle de 7 buts et remporte immédiatement le championnat.

À l’été 2001, l’effectif madrilène est déjà extrêmement solide et Florentino connaît un succès immédiat. Aux côtés du légendaire Roberto Carlos se trouve son penchant à droite Míchel Salgado, bien accompagné par le milieu défensif Claude Makélélé et le duo offensif redoutable d’élégance Raúl et Guti.

Florentino Perez veut pourtant bien plus. Il recrute celui qui est considéré alors, après sa Coupe du Monde 98 et son Euro 2000 remportés avec vigueur, comme étant le meilleur milieu offensif du monde. Place au maestro, place au sublime Zinedine Zidane, pour 75 millions d’euros.

Pourtant, le Real ne domine plus sur les terres espagnoles. Il termine même la saison à la 3eme place, derrière notamment le grand Valence de Roberto Ayala et Pablo Aimar. C’est aussi un échec trop rapide en Copa del Rey, pourtant chère au coeur des supporters.

 

 

C’est pourtant cette saison paradoxale qui voit l’une des plus belles campagnes de Ligue des Champions de l’histoire du club, conclue par une reprise de volée en lucarne de son mauvais pied (si tant est qu’il en ai un) du grand chauve marseillais.

Cette politique se poursuit. Les recrues sont toutes plus immenses les unes que les autres. Je ne peux vous parler sans une larme à l’oeil de celui qui m’a, tout simplement, fait aimer le football, j’ai nommé Il Fenomeno, le plus grand avant centre de tous les temps, Ronaldo Luis Nazario di Lima dit Ronaldo. Tous les problèmes de thyroïde, de prostituées transsexuelles et de ruptures des ligaments du monde n’auront jamais entamé le crédit infini dont ce maître dispose à mes yeux.

À ses côtés se trouveront bientôt les anglais David Beckham, aux coups-francs légendaires tout autant que l’humilité et la gentillesse, mais aussi le fraîchement nommé ballon d’or Michael Owen qui, hélas, ne supportera pas l’ascension.

Le Real Madrid d’alors est fou. On parle enfin des Galactiques. Le onze titulaire de 2004 est tout simplement hallucinant, on y retrouve Iker Casillas, Michel Salgado, Roberto Carlos, Ivan Helguera, Esteban Cambiasso, David Beckham, Luis Figo, Zinedine Zidane, Ronaldo et Raúl. La qualité individuelle des joueurs est si extrême qu’elle produit une explosion absolue des revenus du club qui remontent en flèche. Tout le monde se couche alors devant l’immense Maison Blanche.

 

À jamais. ( Crédit photo: AFP PHOTO / PIERRE-PHILIPPE MARCOU)

 

Et pourtant. Pourtant, l’histoire est tragique, Raymond Aron le rappelait hier à propos des boat-people. Ce Real Madrid là a connu une période de vache maigre hallucinante. 2 titres de champion seulement, en 2001 et 2003. Une 4eme place en 2004, malgré le 11 cité plus haut. Aucune Copa del Rey. L’immense Ronaldo n’aura pas connu la seconde et dernière Ligue des Champions avant 12 ans remportée par le club en 2002, quelques temps seulement avant son arrivée.

Sportivement, l’échec est cuisant. Luis Figo s’en va paisiblement à l’Inter, Ronaldo se fait devancer par l’immense, aussi, Ruud Van Nistelrooy puis s’en va au Milan. Beckham finit par quitter le club pour les LA Galaxy et Zinedine Zidane par prendre sa retraite sur un coup de tête. Florentino Pérez, désavoué, devra quitter le club une première fois en 2006.

 

L’histoire est tragique mais mes yeux d’enfants n’en sauront jamais rien.

Pour toutes ces étoiles dans les yeux, pour m’avoir rapproché du plus beau sport du monde et du plus profondément de mon coeur, merci.

 

Credit photo: OSCAR PIPKIN / AFP