Bologne : l’intellectuelle du football

Dans le nord de l’Italie, il ne faut pas oublier Bologne. Plus vieille université d’Europe, la ville reste très célèbre dans l’histoire en général comme dans celle du football italien. Cinquième palmarès en termes de Scudetti, derrière les trois grands que sont la Juventus et les deux clubs de Milan, Bologne compte sept titres de champion dont deux remportés avant 1929, date de création de la Série A.

Une personne représente parfaitement Bologne au niveau du football comme au niveau culturel. Pier Paolo Pasolini, cinéaste très connu du XXe siècle, était un vrai passionné de football. Voilà pourquoi Bologne n’est pas une ville comme toutes les autres. Elle allie intellect et football par son tifoso le plus connu. Aujourd’hui, le club vit toujours en Série A avec une histoire très riche digne des plus grands tant par ses titres que par ses descentes aux enfers.

L’entre-deux guerres et la période fasciste : les premiers titres

Avant la création de la Série A, le championnat se divise en deux groupes A et B. Trente-deux clubs participent à la « Divisione Nazionale ». Les premiers des deux groupes s’affrontent ensuite lors d’une finale aller-retour. Lors de ces matchs, on prend en compte la victoire finale et non le nombre de buts marqués au total lors des deux matchs. Lors de la saison 1924-1925, le Bologna FC remporte son premier Scudetto très facilement face à un club de Rome disparu depuis 1927 : la Società Sportiva Alba Roma. Le score est sans appel : 4-0 à l’aller, 2-0 au retour. Cinq ans plus tard en 1928-1929, le club remporte son second titre de champion face au Torino, cette fois plus difficilement car un troisième match est joué, les deux équipes ayant gagné chacune un match. Ce titre est le dernier de l’avant Série A et en 1929-1930 le championnat italien tel que nous le connaissons aujourd’hui prend forme.

La saison suivante, les Rossoblù chutent à la septième place sur dix-huit, laissant le Scudetto à l’Inter, autrefois appelé l’AS Ambrosiana. De la saison 1930-1931 à la saison 1934-1935, le club ne quitte pas le Top 6, enchaînant les bonnes performances en championnat dont une place de dauphin en 1931-1932. Le Scudetto revient en Emilie Romagne lors de la saison 1935-1936 où les Rossoblù terminent devant l’AS Roma et le Torino sur le podium. L’équipe est entrainée par un Autrichien réputé pour sa forte rigueur tactique : Hermann Felsner, en poste depuis le début des années 1920. Les joueurs non plus ne déçoivent pas. Trois grands noms sont à retenir. Il y a d’abord le milieu défensif italo-uruguayen Raffaele Sansone. Ensuite vient un autre milieu italien : Amedeo Biavati. Enfin à la pointe de l’attaque, le meilleur buteur du club à ce jour, Angelo Schiavio, avec plus de 200 réalisations. Le Bologna FC conserve son titre la saison suivante. Il laisse filer le titre en 1937-1938 à l’Ambrosiana. Saison suivante, encore un nouveau Scudetto dans l’armoire à trophée. Un coup à Milan, un coup à Bologne où il reviendra une dernière fois en 1940-1941, avant que la guerre ne complique les choses.

Années 1960-1970 : « l’université » de Bologne, derniers éclats

Après la guerre, les Rossoblù maintiennent le cap en Série A sans gagner aucun titre. En moyenne à la cinquième place, il y a tout de même quelques frayeurs avec parfois une descente au quinzième rang. Au début des années 1960, le club reprend son rang en haut du classement avec une quatrième place à l’issue de la saison 1961-1962. Il faut à partir de là souligner l’emploi du terme université. Bologne attire ses premiers joueurs étrangers, qui combinent bien avec les Italiens.

Côté local, ils sont là depuis quelques temps. Comment ne pas commencer par le plus emblématique, le joueur le plus capé de l’histoire du club : Giacomo Bulgarelli au milieu de terrain. Il est accompagné de Paride Tumburus, qui peut également jouer en défense centrale, et de Romano Fogli. Au poste de Libero, Francesco Janich, arrivé après trois saisons à la Lazio. Sur la ligne défensive, Carlo Furlanis et le capitaine Mirko Pavinato. Enfin, sur le front de l’attaque, Marino Perani et Ezio Pascutti sont là pour inquiéter les défenses adevrses. Sans oublier le gardien William Negri.

Pour les étrangers, deux recrues viennent s’ajouter au secteur offensif. Un avant-centre venu du Danemark : Harald Nielsen et un milieu offensif allemand : Helmut Haller. Tous deux viennent tenter leur première expérience à l’étranger et quittent donc leur pays natal. Le succès est immédiat. Cette équipe est taillée pour remporter quelque chose. Lors de la saison 1962-1963, Harald Nielsen est le Capocannoniere ex aequo avec l’attaquant argentin de l’AS Roma Pedro Manfredini avec dix-neuf réalisations. Bologne termine à la quatrième place, derrière les trois grands d’Italie : la Juve et les deux clubs de Milan.

1963-1964, la saison de la consécration. Et quelle saison. Encore une fois, Nielsen termine Capocannoniere avec vingt et un buts marqués sur la saison. A la fin du championnat, le 31 mai 1964, la tension est à son comble. Les Rossoblù sont à égalité de points avec l’Inter. Et en cas d’égalité, que ce soit pour le titre et la relégation, un match d’appui doit être joué pour départager le vainqueur. Une semaine plus tard, le 7 juin 1964 au Stadio Olimpico de Rome, c’est le match final. Fogli ouvre la marque sur un coup franc combiné avec Bulgarelli à la demi-heure de jeu. Quelques minutes plus tard, Nielsen, encore lui, enfonce le clou sur une passe merveilleuse de Fogli. Le score ne bougera plus. Bologne remporte son septième et dernier Scudetto jusqu’à présent.

Bien que leur dernier titre de champion soit remporté, les Rossoblù n’ont pas fini de briller. Deux saisons plus tard, en 1965-1966, ils terminent dauphin du championnat derrière leur meilleur ennemi l’Inter. Il faut attendre la saison 1969-1970 pour voir un nouveau trophée s’ajouter à la vitrine du club. Un nouveau joueur de vingt et un ans arrive de Bergame : Giuseppe Savoldi, qui fera le bonheur des tifosi pendant sept ans et qui reviendra au club après une pige de quatre saisons au Napoli. En 1970, Bologne remporte sa première coupe d’Italie. La finale se déroule comme une phase de poule. Les Rossoblù terminent premiers devant le Torino, Cagliari tout juste champion d’Italie et Varèse. La deuxième Coppa Italia est remportée à l’issue de la saison 1973-1974, cette fois ci avec une finale en un match. Savoldi au sommet de sa forme égalise à la dernière minute contre Palerme. La séance de tirs au but est remportée 5-4. On retrouve l’emblématique Bulgarelli, Savoldi ou encore un certain Roberto Vieri, père de Cristian « Bobo ».

Après 1980, c’est la descente aux enfers. Une relégation en 1982, des allers retours en Série C, puis des remontées. Ce qui n’empêche pas quelques coups d’éclats. A la fin de la saison 1995-1996, le club atteint les demi-finales de la coupe de l’UEFA alors qu’il est en Série B. Bologne valide tout de même sa montée pour la saison suivante. L’équipe est de qualité avec des joueurs comme Roberto Baggio, qui passe la saison 1997-1998, deux gardiens emblématiques : Gianluca Pagliuca et Francesco Antonioli, ainsi que d’autres joueurs venus de l’étranger. Un dernier titre remporté : l’édition 1998 de la coupe Intertoto, ce qui clot pour le moment l’armoire à trophées.

Aujourd’hui encore, c’est l’ascenseur. Une redescente en Série B en 2004-2005, une remontée en Série A en 2007-2008. Récemment redescendus en 2013-2014, les Rossoblù ont retrouvé l’élite depuis 2015. Roberto Donadoni aux commandes, l’équipe pointe vers le bas de classement en enchaînant une quatorzième et une quinzième place au classement. Actuellement, Bologne pointe à la neuvième place, juste derrière le Milan AC et la Fiorentina. A suivre, donc.

Pour boucler la boucle, il faut finir par une touche artistique. Ci-dessous, quelques extraits d’un article de Pasolini publié au journal « Il Giorno » le 3 janvier 1971, où le tifoso le plus emblématique de Bologne compare le football à de la poésie :

« Dans le football il y a des moments exclusivement poétiques : il s’agit des moments qui mènent au but. Chaque but est toujours une invention, il est toujours une perturbation du code : il a toujours quelque chose d’inéluctable, de fulgurant, de stupéfiant, d’irréversible. C’est précisément ce qui se passe aussi avec la parole poétique. Le meilleur buteur d’un championnat est toujours le meilleur poète de l’année. En ce moment, c’est Savoldi. Le football qui est le plus expressif au moment du but est le plus poétique. Le dribble est par lui-même tout aussi poétique (comme l’est aussi l’action de but même si ce n’est pas toujours le cas). D’ailleurs, tous les joueurs rêvent de rentrer sur le terrain, de dribbler tout le monde et de marquer (et ils partagent ce rêve avec tous les spectateurs). Si, dans les limites permises, on peut imaginer quelque chose de sublime dans le football, c’est bien cette action-là. »

« Quels sont les meilleurs dribbleurs du monde et les meilleurs buteurs ? Ce sont les Brésiliens. Et leur football est donc un football de poésie : d’ailleurs, tout est basé chez lui sur le drible et le but. Le “catenaccio” (cadenas) et le jeu en triangle est un football de prose : en effet, il est basé sur la syntaxe, c’est-à-dire sur le jeu collectif et organisé : autrement dit, sur l’exécution raisonnée du code. Son seul moment de poésie c’est la contre-attaque ; avec le but en prime (qui comme nous l’avons vu, ne peut être que poétique). En définitive, le moment poétique du football paraît être (comme toujours) le moment individualiste (dribble et but ou même passe inspirée). Le football en prose est celui qui dépend d’un système (le football européen). »

« Dans le langage du football, on peut donc faire maintenant de telles distinctions : le football possède aussi des sous-codes à partir du moment où, en étant purement instrumental, il devient expressif. Il peut y avoir un football comme langage fondamentalement prosaïque et un football comme langage fondamentalement poétique. Je prendrai quelques exemples – en anticipant les conclusions – pour bien me faire comprendre : Bulgarelli joue un football qui appartient à la prose : c’est un “prosateur réaliste”. Riva joue un football qui appartient à la poésie : c’est un “poète réaliste”. Corso joue un football qui appartient à la poésie, mais il n’est pas un “poète réaliste” : il est un peu du genre poète maudit, extravagant. Rivera joue un football qui appartient à la prose mais sa prose est poétique, comme celle d’Elzevir. Quant à Mazzola, voilà un autre “elzevirien”, qui pourrait écrire dans le Corriere della Sera mais il est plus poète que Rivera : de temps en temps il interrompt sa prose et invente tout à coup deux vers fulgurants. »

 

Photo credits : AFP PHOTO / GIUSEPPE CACACE

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