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Tout a déjà été dit et redit sur Kylian Mbappe après son année 2017 exceptionnelle. À 19 ans à peine il donne l’impression d’être déjà au sommet de son art, mais le plus flippant dans tout ça c’est évidemment qu’il ne l’est pas. Le prodige parisien, porte étendard de la ville de Bondy, n’est pas encore un produit fini et a encore pas mal de choses à améliorer pour devenir de ce qu’il doit être, c’est-à-dire un joueur qui marquera l’histoire du football.

«J’suis même pas à 30%, pour tout vous dire j’suis pas à fond»

Très récemment dans un documentaire de la chaine l’Equipe sur l’attaquant français (Kylian Mbappe, hors normes), Luis Campos, qui l’a côtoyé à l’ASM déclarait ceci : «  Il n’est qu’à 60% de son vrai potentiel et à 60% il est déjà un des meilleurs joueurs du monde alors imagine quand il sera à 100%… ça va être incroyable. »

Mais alors que doit-il encore améliorer ? Sommes-nous en train de voir grandir dans notre championnat le futur monstre du football mondial ?

Sur le côté pour devenir encore plus complet

L’année 2017 de « Kyky » fut un compte de fées. Au poste d’attaquant, il formait avec Falcao un duo exceptionnel qui a porté l’AS Monaco en deuxième partie de saison. Le rôle de Mbappe était très différent de ce qu’il fait à l’heure actuelle au PSG. Dans un rôle de vrai attaquant de pointe, il laissait Radamel Falcao revenir toucher le ballon, jouer avec ses coéquipiers par des déviations et organiser le jeu en faisant le lien entre le milieu et l’attaque.

« Depuis mes débuts, gagner j’ai l’habitude, ma putain d’attitude j’arrête pas de prendre de l’altitude » (Photo DPA/Bernd Thissen)

 

Mbappe était lui très présent dans la surface dans un rôle de vrai finisseur, sans oublier bien sûr ses grandes percées balle au pied en partant souvent du côté gauche et ses combinaisons avec le Colombien. Il a brillé par l’efficacité clinique qu’il a eue devant les buts et par son sang froid notamment dans les gros matchs de Ligue des champions (Buteur à l’Etihad, au Westfalenstadion ou encore au Juventus Stadium). Son taux de conversion Ligue 1 + Ligue des champions était de 30% l’an dernier. En comparaison, celui d’Edinson Cavani dans ces deux mêmes compétitions entre 2016 et 2018 (depuis qu’il joue essentiellement dans l’axe) est de 25%.

Au PSG, il ne peut endosser le rôle d’attaquant de pointe du fait de la présence d’El Matador Edinson Cavani à ce poste. Avant son arrivée dans le club de la capitale, de nombreuses questions se posaient sur sa capacité à évoluer dans le couloir droit, poste auquel il n’avait que très peu joué  depuis le début de sa carrière professionnelle. Mais il avait tenu à rassurer tout son monde lors de sa signature en expliquant qu’il avait évolué aux trois postes de devant durant sa formation. Sommes-nous des mécréants d’avoir douté de sa capacité d’adaptation à ce poste ? Oui.

Malgré le fait qu’il ne soit sans doute pas dans les meilleures conditions pour exprimer son talent, il brille encore par son génie  sur le flanc droit de l’attaque. Ses qualités de percussion, sa vitesse, ses dribbles et sa relative maturité lui permettent d’apprivoiser un poste qui ne semblait pas être fait pour lui à la base.

Mais bien sûr, nous savons tous qu’il est capable de mieux faire et d’être encore plus impressionnant.  Certaines « lacunes » dans son jeu pourraient être effacées et lui permettre d’être plus performant à ce poste. Nous pouvons parler de son jeu dans les petits espaces qui pourrait être amélioré. Il est parfois en difficulté lorsque l’équipe adverse réduit les espaces et l’oblige à forcer son jeu, ses dribbles pour trouver la solution.

Le fait de jouer à droite et d’être droitier le limite aussi quelques fois dans ses actions. Commençant ses actions et ses dribbles côté droit, c’est plus compliqué pour lui de trouver des solutions et il s’enferme de temps à autres, ne parvenant pas à faire la différence (très rarement). Mais sa vitesse et ses qualités de débordement lui permettent souvent de faire la différence sur son adversaire direct et de trouver des centres ou des passes pouvant êtres décisives pour ses coéquipiers (12 passes décisives TTC).

Cette position sur le terrain est quelque peu « frustrante ». La complicité entre Neymar et Mbappe saute aux yeux : lors du premier match des deux ensemble à Metz cette « relation com’ relation Nike » a laissé apparaitre les prémices d’une entente exceptionnelle. Mais les deux joueurs étant plus éloignés sur le terrain désormais, cette relation n’est visible que par moments lorsque les permutations ont lieu.  Mbappe réussit quand même à trouver des automatismes avec Cavani et combine quelques fois avec l’attaquant. Jouer avec les autres, Kyky sait le faire et ce poste lui permet de s’améliorer dans ce domaine.

Autre point, le travail défensif. Le PSG se retrouve dans une configuration similaire au FC Barcelone de Luis Enrique avec la « MSN ».  Dans un 4-3-3 les ailiers doivent effectuer un minimum de travail défensif pour aider l’équipe à trouver le juste équilibre. Or ce travail défensif est peu présent chez les ailiers parisiens, ce qui peut être problématique dans certains matchs. Le Français le fait par intermittences mais il est difficile de lui demander de fournir de nombreux efforts dans l’autre partie du terrain et de garder cette fraîcheur et cette folie offensivement. C’est un point qui devra être amélioré collectivement par le PSG.

Pour finir, ce poste d’ailier droit n’est assurément pas le poste où KML est le plus à l’aise mais force est de constater qu’il s’y fait peu à peu et qu’il y est très performant. Ce poste lui permet d’apprendre à varier son jeu et peut le rendre plus complet à l’avenir. Un avenir qui s’écrit sans doute dans l’axe.

Programmé pour finir en pointe ?

Le poste où Mbappe deviendra légende est dans l’axe, c’est le poste de numéro 9. Par bribes, nous pouvons retrouver dans son jeu du R9. C’est frappant lors de certaines chevauchées fantastiques ou sur certains face à face dans sa capacité à éliminer le gardien. Mais ne vous méprenez pas, il n’est pas question ici de le comparer au grand Ronaldo mais juste d’évoquer certaines similitudes. On lui souhaite évidemment une carrière aussi énorme que lui mais sans les blessures aux genoux. Pour endosser ce rôle de numéro 9, sans doute au PSG en succession de Cavani, il devra évoluer dans certains domaines.

Le premier est le jeu de tête. Le sien est pour l’instant assez neutre et peu développé. Mentalement il devra aussi s’endurcir et prendre la mesure d’un poste à forte pression dans une grande équipe européenne. La finition qui avait fait sa force l’an dernier et qui avait surpris pas mal de monde pour un joueur de cet âge là semble plus aléatoire cette année. Cette saison son taux de conversion en Ligue 1 et Ligue des champions est de 18%. Pour comparer, celui d’Edinson Cavani était aussi de 18% entre 2013 et 2016, période à laquelle il jouait également sur le côté.

Petit prince. (Crédit photo; REUTERS)

 

On l’a notamment vu dans des matchs comme à Dijon où il avait évolué seul en pointe pour la première fois. Ou encore à Monaco où il avait été rattrapé par l’émotion et la pression d’un retour à Louis II. Il devra aussi être plus solide pour jouer seul en pointe face à des défenseurs centraux souvent très costauds qui l’obligeront à jouer dos au but et à user de son corps pour garder les ballons.  Tant de petits points qui seront sans doute améliorés dans le futur et qui lui permettront de devenir le monstre tant attendu.

Mbappe est en apprentissage, nous sommes soulagés de voir qu’il lui reste encore quelques axes de progression à 19 ans. Nous ne sommes sans doute qu’au début de l’avènement d’un joueur exceptionnel. Il ne nous reste plus qu’à savourer et qu’à prendre du plaisir en le regardant jouer.

Allianz Arena, Etihad Stadium, Westfalenstadion, Juventus Stadium, Stade de France, Parc des Princes, il ne manque plus que Santiago Bernabeu à ajouter à la liste des grands stades européens dans lesquels il a marqué. Rendez-vous le 14 février 2018.

 

Crédit photo: Pierre Charlier / DPPI