Qu’est ce que le syndrome Will Grigg ?

Ils le savent bien. Ils sont au courant. Bien sûr, les fans de Wigan ne s’attendent pas à soulever le trophée de la FA Cup à la fin de la saison. Mais allez leur dire, que cette victoire acquise héroïquement face au grand Manchester City n’a pas la saveur d’un titre. Allez leur dire, alors qu’ils fêtent cette qualification aussi belle qu’inespérée dans les pubs, les rues, les appartements de la ville, et même sur la pelouse du DW Stadium. Et surtout, allez leur dire, alors même que quelques instants auparavant, ils explosaient grâce à un but de l’inénarrable Will Grigg. Celui-là même que l’Europe entière avait désigné, bien malgré lui, comme le héros de l’Euro 2016.

On l’avait peut-être un peu oublié, et l’air de la chanson, sa chanson, commençait tout juste à sortir de nos esprits, après y avoir fait des ravages à l’aube d’un été qui allait nous révéler l’Islande, la furia galloise et le miracle lusitanien. De retour dans l’anonymat de la deuxième division anglaise, l’attaquant nord-irlandais a recommencé doucement à enchanter les fans locaux, loin des projecteurs d’une grande compétition internationale. Mais ce lundi, à environ dix minutes de la fin des hostilités, le « syndrome Will Grigg » a refait une apparition remarquée au royaume de Sa Majesté. La vedette file dans le dos de la défense des Citizens, ajuste Claudio Bravo et envoie Wigan en quarts de finale de la compétition. La liesse. Et sa chanson, Will Grigg’s on fire, donc.

De quoi réveiller des souvenirs pas si lointains chez les amateurs de football, et en particulier chez ceux qui ont pu vivre de l’intérieur l’épopée que fut l’Euro 2016. Se rappeler de ces hordes d’Irlandais, abreuvés d’amour et de bière, déferlant sur le pays pour répandre leur sens de la fête, entre autres. Se rappeler qu’on ne voulait pas que ça s’arrête, et se dire que c’était peut-être bien la première fois qu’on désirait qu’une chanson restât dans notre tête pour toujours.

Cette impression, ces souvenirs, c’est ça le syndrome Will Grigg. Des moments fugaces dont on se souviendra toujours, et qui ressurgisse par moment, au gré d’une télévision allumée, d’une chanson à la radio, d’une vidéo sur les réseaux sociaux. Et l’attaquant de poche nord-irlandais n’est pas le seul à incarner ces souvenirs figés qu’on aime voir réapparaître. La voix de Gilardi durant la Coupe du Monde 2006 peut vous donner une envie irrépressible de hurler « VAS-Y MON PETIT » au premier adolescent que vous croiserez dans la rue en sortant de chez vous. Un Brésil-Argentine vous fera vous demander « Decime que se siente ? ». En parlant du Brésil, difficile de faire autrement que d’agiter son bras de manière lancinante en chantant en hommage à « Chape ».

Will Grigg, c’est l’exemple parfait, l’illustration optimale de ce qu’on peut aimer dans le foot. Un délire qui prend une ampleur inattendue, qui emporte tout sur son passage sans aucune explication rationnelle, et surtout, qui fédère. On ne voulait surtout pas que ça s’arrête au moment où ça s’est produit, et plus on s’en éloigne, plus notre cerveau fait son travail de sappe, visant à rendre les bribes qu’il nous en reste chaque jour un peu plus belles.

Will Grigg and Football are on fire.

Photo : PAUL FAITH / AFP

Diezista en freelance entre Madrid et Bordeaux. Souvent au stade, toujours dans l'info.