[Coupe du Monde] Australie : le football, un sport secondaire ?

Ah l’Australie !

Ses immenses plages, ses déserts, sa barrière de corail et autres paysages oniriques…

Ses kangourous, ses requins, ses scorpions et autres créatures antipathiques…

Ses surfeurs, ses rugbymen, ses joueurs de cricket et autres sportifs emblématiques…

Et parmi tous les éléments de cette liste touristico-symbolique, un éternel oublié : le football. Le sport le plus populaire du monde, qui fait son trou dans l’une des patries les plus sportives du monde. Une discipline d’origine européenne, considérée comme marginale dans cette partie du globe, qui s’impose néanmoins petit à petit comme une composante de la culture australienne.

Un championnat en plein développement

Inauguré en 1977, le championnat d’Australie de Football, alors appelé National soccer league, végète pendant de nombreuses années, sous des formes différentes, à des saisons différentes, mais toujours avec le même manque de moyens et d’engouement. Dans l’ombre du rugby, du cricket et du football australien ou footy (sport hybride qui se joue avec un ballon ovale et qui oppose deux équipes de 18 joueurs), le « soccer » peine à attirer les foules.

Le championnat australien tel que nous le connaissons aujourd’hui, appelé A-League, naît en 2005. Il ne prévoit ni montées ni descentes, et compte actuellement dix clubs, dont le Wellington Phoenix, basé en Nouvelle-Zélande. Il est géré par la Fédération d’Australie de football, qui reprend en main l’organisation du football professionnel avec dynamisme et ambition. La devise «old soccer, new football» porte rapidement ses fruits, et le championnat prend de l’ampleur. Les équipes se professionnalisent grâce aux sponsors, aux équipementiers et aux droits tv, et des joueurs étrangers de renom (Del Piero, Gallas, David Villa) commencent à affluer, permettant à ce championnat physique et agressif de se techniciser petit à petit. La A-League accueille aussi d’anciens joueurs de Ligue 1 comme Fahid ben Khalfallah et plus récemment Eric Bauthéac (tous deux au Brisbane Roar), séduits par le cadre de vie attrayant de ce championnat en plein développement.

En Australie il y a de belles équipes, avec dans chaque équipe toujours deux-trois bons joueurs, comme aux Etats-Unis. Les stades sont exceptionnels, les pelouses sont magnifiques.

Eric Bauthéac, Europe 1.

Moins dynamique que d’autres championnats émergents, la A-League se fait petit à petit une place au soleil. Elle compte de plus en plus d’adeptes, attire de plus en plus de joueurs, et participe, avec les performances de l’équipe nationale, au rayonnement du football en Océanie.

Le foot n’est pas le sport numéro un ici. Il y a le footy, le rugby, le cricket… Mais le foot a aussi trouvé sa place. Personnellement, j’ai la chance d’être dans le plus grand club du pays, on joue devant 25 000 personnes en moyenne. On a même deux stades, un de 30 000 places et un de 50 000 quand on joue le derby de Melbourne. Et ils sont toujours pleins. 

Fahid ben Khalfallah, France football.

Une équipe nationale avec laquelle il faut compter

L’équipe d’Australie est créée en 1922, soit quelques années seulement après les grandes nations européennes et sudaméricaines. Pendant la majeure partie du XXème siècle, cependant, elle reste une sélection discrète, étouffée par les autres sports pratiqués au pays des kangourous et bridée par une popularité qui ne décolle pas.

La fin des années 90 marque une véritable renaissance. La victoire en Coupe d’Océanie en 1996, la seconde dans cette compétition, n’est que la partie émergée de l’iceberg pour une sélection qui commence à devenir une équipe avec laquelle il faut compter. Dans cette compétition qu’elle domine de la tête et des épaules, l’Australie sera ensuite finaliste en 1998, vainqueur en 2000, finaliste en 2002 et vainqueur en 2004.

La sélection prend alors encore une autre dimension. La meilleure équipe d’Océanie rejoint la Confédération asiatique de football en 2006, et commence à faire son trou dans les grandes compétitions. Systématiquement qualifiée pour la Coupe du Monde depuis 2006, elle devient une valeur sûre du football de la zone Asie. Elle remporte la dernière Coupe d’Asie des nations en 2015 après avoir été finaliste en 2011.

A l’image du championnat, la sélection australienne vit depuis une quinzaine d’années ses plus belles heures. Au total, l’équipe d’Australie de football c’est quatre Coupes d’Océanie et une Coupe d’Asie remportées. Dans quelques semaines, elle tentera de tenir son rang face à la France pour sa quatrième participation consécutive à la Coupe du Monde (sa cinquième en tout).

Les kangourous en perte de vitesse

Cette participation à la Coupe du Monde, l’Australie est allée la chercher. Car malgré l’affirmation de l’équipe nationale que l’on vient d’évoquer, il semblerait que les Socceroos aient un coup de mou.

Arrivés derniers de leur poule à la Coupe du Monde 2014, ils ont cette fois-ci failli louper l’avion pour la Russie, arrachant finalement leur qualification in extremis en barrage intercontinental face au Honduras (0-0 à l’aller, 3-1 au match retour) après avoir éliminé la Syrie au tour précédent. Les cadres (Tim Cahill et Mile Jedinak pour ne pas les citer) sont vieillissants bien que toujours précieux, et l’équipe manque autant de repères que d’inspiration. Pour couronner le tout, Ange Postecoglou, le sélectionneur de longue date de l’équipe d’Australie, a démissionné de son poste une semaine après la qualification des siens pour la coupe du Monde. Fin janvier, c’est l’ancien sélectionneur des Pays-Bas et de l’Arabie Saoudite Bert van Marwijk  qui a été nommé pour lui succéder et relever le niveau de l’équipe nationale en vue de la compétition qui attend les Socceroos.

Une compétition qui, on le rappelle, verra l’Australie affronter la France (le 16 juin à midi), le Pérou et le Danemark en phases de groupe. Face à un favori et deux autres ex-barragistes, Tim Cahill et les siens sauront-ils créer la surprise ? L’avenir nous le dira.

Pour compléter cet article, retrouvez notre présentation de l’Australie dans le 10 ème numéro de Road To Russia  :

Photo credits : WILLIAM WEST / AFP