[Coupe du Monde] Panama : enfin dans le grand bain

Le rêve panaméen est là, devant les yeux de tout un peuple : le Panama va enfin participer à une Coupe du Monde après en être passé si proche en 2013 pour l’édition de 2014. Malgré d’importantes défaillances sur le plan qualitatif, la grinta et l’amour avec lesquels cette sélection va jouer la classera sans doute parmi l’une des incontournables.

Un pays finalement plus latin qu’américain

C’est dans la soirée du 10 octobre dernier que le miracle s’est produit. Après une contre-attaque éclair, Román Torres, défenseur central et éternel capitaine du Panama, envoie une énorme reprise du droit au fond des filets costariciens. Voilà le Panama parti en Russie. Quelle joie ce soir-là dans ce petit pays d’Amérique centrale d’à peine plus de 3 millions d’habitants. Car comme de nombreux États caribéens, le Panama partage une véritable fièvre populaire pour le ballon rond. Cette passion latine est dans toutes les têtes comme peuvent en attester les multiples images qui ont parcouru le web suite à cette qualification historique. Le président du pays, Juan Carlos Varela, a même décrété que ce jour serait désormais férié, c’est dire tout l’aspect historique qu’a eu cet événement au Panama.

En plus d’être une qualification, c’est aussi l’élimination d’un grand ennemi historique : les États-Unis d’Amérique. Au beau milieu du Panama existe en effet un canal, le Canal de Panama. Celui-ci a été construit à la fin du 19ème siècle par les EUA afin d’établir une jonction entre l’Océan Atlantique et l’Océan Pacifique. Ayant une mainmise importante sur toute la partie Nord de l’Amérique, les États-Unis utilisent donc le Panama à cet effet ; de l’impérialisme autrement dit. Mais à la fin du 20ème siècle, il se murmure que gouvernement de Manuel Noriega, alors dirigeant panaméen, souhaite nationaliser ce canal. Acte légitime puisque l’infrastructure est localisée sur le territoire panaméen. En effet, le canal appartient encore au pays de l’Oncle Sam. Du 20 décembre 1989 au 31 janvier 1990, les EUA décident alors d’envahir le Panama en utilisant l’argument du trafic illicite. Argument bien évidemment fallacieux car envahir un État risque effectivement de diminuer le trafic sur du court terme mais sur du plus long terme, celui-ci reviendra au galop, c’est une loi universelle. Cette invasion cause la mort d’environ 5 000 Panaméens : un événement qui marquera à jamais la population. Là est un des enjeux de la qualification du Panama.

Une nation secouée par les Panama Papers

En 2016 et plus récemment l’année dernière a également éclaté l’une des plus importantes affaires d’évasion fiscale de tous les temps avec le fameux scandale des Panama Papers. En plus de personnalités importantes comme la Reine Elisabeth II ou encore les illustres familles Balkany et Le Pen qu’on ne présente même plus, des dirigeants ou anciens joueurs de football figurent également sur la longue liste des fraudeurs fiscaux. Quatre de dirigeants de la FIFA : Eugenio Figueredo, ancien président de la CONMEBOL, et les négociants en droits télévisuels Hugo et Mariano Jinkis ; tel père, tel fils. Ils utilisaient une holding pour recevoir des pots-de-vin de la part des patrons des chaînes de télévision. C’est également le cas de notre Frenchie Jérome Valcke, ancien secrétaire général de la FIFA, qui a utilisé des entreprises-écran pour l’achat d’un yacht. Restons en France avec Michel Platini qui est propriétaire de la société Balmer, une entreprise étrange qui dispose de comptes en Suisse entre autres, inutile de s’étendre là-dessus.

Concernant les joueurs, la filière argentine a largement profité des réductions fiscales panaméennes. On compte ainsi Heinze, Zamorano, Ulloa et bien sûr le pro de la fraude fiscale, Lionel Messi (ou du moins son papa poule Jorge). L’impact est de taille pour l’État panaméen car cette affaire marquera à jamais une génération, non seulement en raison de l’aspect frauduleux de ces actes mais aussi car elle n’est pas l’affaire des quelques hommes d’affaires milliardaires. C’est effectivement le football qui est touché en son sein et ce sur le sol du Panama. L’image renvoyée par le Panama est devenue dès lors très négative. Il suffit de demander à une personne lambda ce qu’elle pense de ce pays ou plus simplement le mot qui lui vient en tête quand on lui dit « Panama ».

Une sélection qui vogue entre nostalgie et jeunisme

L’équipe du Panama a fait un choix : utiliser les joueurs les plus expérimentés comme piliers de la sélection. Tels les Expendables, des éléments comme Román Torres (encore lui) ou Luis Tejada sont les fers de lance de l’effectif. Parmi les 10 joueurs les plus capés de l’Histoire du Panama, 9 composent la sélection actuelle. Des vieux de la vieille, en somme. Du point de vue de la nostalgie, le Panama a aussi été marqué par un événement qui poussera les joueurs à se transcender : l’assassinat d’Amílcar Henríquez le 15 avril de l’année dernière. Cadre de la sélection avec plus de 80 sélections, il est le dixième joueur le plus capé de la sélection et était titulaire avec le Panama. Ce meurtre, encore mystérieux, a fendu tout le pays et a poussé ce groupe à aller au bout, à ce qualifier pour la mémoire de leur coéquipier. C’est en cela que le Panama est une sélection avec du cœur, elle a souffert pour arriver où elle est aujourd’hui.

Le Panama c’est aussi des crackitos jeunes et frais à l’instar de Édgar Joel Bárcenas qui a pour habitude de régaler comme en février dernier en inscrivant un triplé, qui restera dans les annales, face à San Luis en D2 mexicaine (c’est trompeur !) en février dernier. Il se distingue par sa science du placement et sa finition toujours très propre. On peut également citer le défenseur central Fidel Escobar (nom incroyable, soit dit en passant) qui joue moins titulaire mais est au rendez-vous quand il l’est. Il est l’une des stars montantes de cette sélection. Voilà une petite compil pour voir ce qu’il vaut.

Alors oui, le Panama risque de voir son parcours écourté car la marche est trop haute. Mais qu’elle fait du bien au football cette équipe panaméenne, en raison de la passion et de l’envie qu’elle transmet à tout un peuple et à fortiori à tous les amoureux du football.

 

Photo : Rodrigo Arangua / AFP

4-4-2 losange et presunto comme exutoires.

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