Danny Welbeck, le rêve envolé

Il était venu pour écrire une légende, celle d’un petit garçon du sud de Manchester, fan des Red Devils qui connaîtra un jour le succès sur la pelouse d’Old Trafford avec le maillot de United sur les épaules, mais il n’a laissé derrière lui que le parfum de l’inachevé et de la fragilité, comme si la nature avait décidé de manière pernicieuse et moqueuse de ne pas doter le gamin d’un talent et d’une force à la hauteur de son histoire, à la hauteur d’un rêve envolé, le rêve de Danny Welbeck.

Les années passent et aveuglément, nous ne les comptons pas parce que nous sommes trop attirés par le présent et la nouveauté. Pourtant, cela fait déjà quatre ans que Danny Welbeck a signé à Arsenal, quatre ans qu’il enchaîne les blessures et qu’il occupe, comme bien souvent à Manchester, le banc de touche. Si nous pouvions arrêter le temps pour essayer de faire un bilan et un résumé de la carrière de Danny Welbeck, alors nous ne pourrions faire autrement que de vivre dans le souvenir. Comme le faisait Jim Carrey dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, nous devrions parcourir notre mémoire pour nous rappeler qu’un temps, nous avons vu éclore un gamin dont la coupe de cheveux et l’enthousiasme marquaient les esprits. Puis en nous réveillant, nous serions frappés par la soudaineté du temps passé et par l’âge de ce gamin dont la carrière est plus proche de la fin que du début. Dans quelques semaines, Danny Welbeck aura 28 ans et il ne fera que dépasser les 200 apparitions en Premier League. Un chiffre bien loin de celui de Ryan Giggs à côté de qui il posait lors d’un entraînement des jeunes de Manchester United.

 

Danny Welbeck, c’est l’histoire d’un espoir, l’espoir de parents ghanéens venus s’installer dans le Nord de l’Angleterre et qui voient dans leur enfant un prodige des pelouses vertes. Déjà, à six ans, Manchester United le repère mais c’est à l’âge de huit ans que le jeune attaquant du club de Fletcher Moss, au Sud de Manchester, se révèle complètement et intègre l’académie des jeunes de Manchester United. Rapidement, il s’impose dans les catégories juniors à tel point que le club décide de le surclasser comme on le fait habituellement avec les plus doués. A l’âge de 15 ans, il intègre l’équipe des moins de 18 ans, la dernière étape avant l’équipe première. Et si au départ, il remplit le rôle de supersub que l’on fait rentrer en fin de match pour dynamiser le jeu, ce n’est pas une situation dans laquelle il restera longtemps puisque dès la saison suivante il joue près de trente matchs au cours desquels il marquera en tout neuf buts. Il signera son premier contrat pro une année plus tard, à 17 ans.

Quand on fait le bilan comptable de la carrière de Danny Welbeck, on se rend vite compte que quelque chose ne va pas : peu de matchs, assez peu de buts, beaucoup de blessures et pourtant tant de promesses. Un bilan qu’on aurait finalement pu prévoir dès sa première apparition sous les couleurs de Manchester United tant elle semble être une métaphore de sa carrière. Nous sommes en janvier 2008. Sami Al Jaber organise son jubilé et pour l’occasion, l’équipe de Al-Hilal rencontre les Red Devils. A la 65ème minute, le brésilien Anderson, un autre rêve envolé, cède sa place au prodige anglais. A la 89ème minute, alors que Manchester United perd 3-2, Danny Welbeck obtient un pénalty qui peut permettre à son équipe de revenir. C’est lui qui se charge de le tirer. Mais comme une image de toute sa carrière, la promesse de l’exploit a été écrasée par l’incapacité à s’y tenir. Danny Welbeck manque son pénalty. Les conséquences sont faibles, ce n’est qu’un match amical mais c’est de manière rétrospective le signe d’un échec latent.

Depuis qu’il est arrivé à Arsenal, Danny Welbeck a passé 20 mois à l’infirmerie. 20 mois. C’est plus de 40% du temps. En janvier 2017, alors qu’il revenait d’une blessure de neuf mois, Arsène Wenger dira « Danny Welbeck peut encore avoir une grande carrière ». Près de deux ans plus tard, le résultat n’est pas là mais cette phrase pose tout de même une importante question : Danny Welbeck avait-il vraiment les cartes en main pour faire une grande carrière ? Quand on y regarde de plus près, on peut émettre l’hypothèse que l’attaquant anglais a en réalité profité d’une conjoncture, celle d’une équipe de Manchester surpuissante, au moins au niveau national. Les matchs qui ont couvé les promesses de Danny Welbeck sont des matchs dans lesquels il était entouré par les plus grands, entraîné par le meilleur et dans une équipe en confiance. Il est plus facile d’être le remplaçant de Van Persie dans une équipe qui gagne le championnat plusieurs journées avant la fin que de Giroud dans une équipe qui se bat pour la qualification en coupe d’Europe.

Restent et resteront toujours ces gestes, cette puissance et ces quelques buts. Danny Welbeck fait partie de ses joueurs qui ne resteront sûrement pas dans l’histoire mais dont certains se souviendront avec un souvenir heureux parce qu’il faisait partie de l’histoire d’un club dont il rêvait enfant et qu’il a poursuivi jusqu’à en porter le maillot, un rêve réalisé seulement dans son incipit sans que l’on en connaisse la suite, un rêve trop rapidement envolé.

 

Crédit photo : Fabrice COFFRINI / AFP

Quand les gens sont d'accords avec moi, j'ai toujours le sentiment que je dois me tromper.

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