[Portrait] Roy Makaay, de la gloire à l’oubli

Le talent suffit-il toujours à entrer dans la postérité footballistique ? Cette question, si elle devait être étudiée un jour par un institut de recherche, dériverait sans doute sur ces joueurs dont la plupart des suiveurs assidus de ce sport se rappellent vaguement du nom. « Ah oui, lui. Il était pas mauvais de ce dont je me souviens ». Voilà donc à quoi sont réduits les grands de ce sport, ces joueurs qui n’avaient que peu d’égal balle au pied mais qui n’ont pas passé le cap de la notoriété mondiale. Les livres d’histoire ne leur consacrent que peu de lignes, et ils sont généralement cités en exemple comme faire-valoir de ceux qui leur ont volé une part de reconnaissance. En France, Johan Micoud, Grégory Coupet ou encore Bernard Lama ont fait les frais des monstres qu’ils avaient comme concurrents. Aux Pays-Bas, l’un des cas les plus explicites est sans doute celui de Roy Makaay.

Né en mars 1975 à Wijchen dans la province de Gueldre, Rudolphus Antonius Makaay grandit à l’apogée orange, celle des Koeman, Gullit, Rijkaard, qu’il verra soulever le trophée du Championnat d’Europe des Nations en 1988. Lui est plus Van Basten. Très vite, le talent du jeune Roy dépasse les frontières de sa petite ville, plus connue pour son château que pour sa capacité à sortir des célébrités. Makaay frappe à la porte du NEC Nijmegen mais celle-ci reste close. Son coach de l’époque le rencarde alors avec le Vitesse Arnhem, chez qui il signera son premier contrat professionnel, à 15 ans. À trente kilomètres de là où il était né, Makaay allait réaliser sa destinée, celle de faire souffrir toutes les défenses et les gardiens qui s’opposeraient à lui durant les vingt années qui allaient suivre.

Durant la saison 93-94, il démarre sa carrière en Eredivisie, aux côtés de Philipp Cocu. Une Eredivisie qui voyait ces années là naître un autre joyau oublié, Jari Litmanen et qui verra peu de temps après les premiers pas en Europe de l’inégalable Ronaldo. Makaay doit attendre 11 rencontres professionnelles avant d’ouvrir son compteur but chez les pros. S’en suivront 16 années où Roy marquera a minima 10 buts par an, sa première saison espagnole et sa dernière saison professionnelle faisant office d’exceptions.

Après deux années au Vitesse, Louis Van Gaal, alors entraîneur de l’Ajax, tente d’attirer le joyau dans son équipe. Mais garnir les rangs d’une attaque comprenant déjà Patrick Kluivert, Marc Overmars ou encore Jari Litmanen, est-ce un bon choix ? Makaay refuse puis signe la meilleure saison de sa jeune carrière avec 22 buts en 39 matchs TTC. Il tape alors dans l’oeil de Jupp Heynckes qui lui fait, en 1997, traverser l’Europe direction Tenerife, pour la modique somme de 6 millions d’euros. Habitué à sa fraîcheur hollandaise, Makaay ne manquera pas de prendre un premier coup de chaud, non pas à cause de la chaleur méditerranéenne de l’île qu’il venait de rejoindre mais bien à cause du transfert soudain d’Heynckes au Real. Il terminera la saison avec 7 buts, une saison charnière dans sa carrière selon le principal intéressé, durant laquelle il se familiarisera avec un football plus rapide et plus exigeant techniquement.

Lors de sa seconde saison à Tenerife, Makaay prend en épaisseur, score 14 fois et devient trop grand pour son île. Direction la Galice et le Deportivo la Corogne, théâtre de son entrée dans la cour des grands. Son premier coup d’éclat fut réalisé contre le Barça d’un certain … Louis van Gaal. D’un doublé plein de sang-froid, Makaay plongera un Riazor plein à craquer dans une liesse des grands soirs. Oui, ce Depor là a les armes pour faire trembler le duo Real-Barça.

S’il était à l’époque bien entouré, Makaay conquit son monde par sa capacité à marquer dans toutes les situations, bien servi comme seul contre tous. Son but contre le Montpellier de Jean-Louis Gasset illustre alors toute la panoplie d’un avant-centre que rien n’arrête.

Sous l’impulsion d’un Makaay flamboyant (26 buts en Liga), d’un Djalminha aussi génial qu’indomptable et d’un Irureta à la tactique bien huilée, le Depor sera sacré champion d’Espagne pour la seule et unique fois de son histoire.

L’année suivante, Pauleta parti, Diego Tristan arriva en Galice. Le « début de la fin » pour Makaay. S’il continua de scorer, le goleador de Wijchen sera relégué dans l’ombre de l’Espagnol. Deux saisons à être un second rôle, c’en est trop pour Roy qui décide, pour ce qui sera sa dernière saison au Depor, de montrer au monde entier quel buteur il est. Pichichi avec 29 buts, Soulier d’Or européen avec 38, Makaay met tout le monde d’accord. Tout le monde ? Pas sûr. Son président, Augusto Lendeiro n’entend pas rémunérer son buteur à la hauteur de ce que le batave pense mériter. Résultat ? Un départ inéluctable de Galice, et une place de héros et de meilleur buteur de l’histoire du Depor laissée à son rival Diego Tristan.

Durant l’été 2003, il rejoint les rangs du Bayern Munich et de son emblématique capitaine et gardien Oliver Kahn. Ce même Oliver Kahn qu’il avait martyrisé quelques temps plus tôt, lors d’une victoire 2-3 du Deportivo à l’Olympiastadion. Ce soir là, Makaay avait inscrit les trois buts de son équipe.

Affublé du surnom de « Nouveau Gerd Müller » par Franz Beckenbauer, Roy voit son boulard gonfler devant son nouveau statut et les tactiques employées par les coachs adverses pour limiter sa dangerosité. « Aucun club ne laisse un défenseur en un contre un face à moi. Tous les clubs du monde jouent avec deux ou trois défenseurs pour m’empêcher de marquer » déclara-t-il en 2005.

Pour sa défense, Makaay vivait là ses années les plus fastes. Mélange du flair de Pippo Inzaghi et de la capacité à marquer de partout de David Trezeguet, il terrifiait toutes les défenses de Bundesliga et d’Europe, lui qui sera meilleur buteur du club bavarois à chaque saison de son passage allemand.

Son graal arrivera en 2007, lors d’un match de Ligue des champions contre le Real Madrid. À peine dix secondes de jeu et voilà que Makaay assomme Casillas et marque ce qui est encore aujourd’hui le but le plus rapide de l’histoire de la compétition. Deux titres de champion d’Allemagne, 103 buts inscrits sous le maillot bavarois, et Makaay quitta la Bavière sous la pression des arrivées conjointes de Luca Toni et de Miroslav Klose.

Retour aux Pays-Bas pour le buteur, à Feyenoord. Les Pays-Bas, d’ailleurs ? Pourquoi n’est-ce encore jamais évoqué quand on parle de la carrière de Makaay ? C’est justement là où le bât blesse. 15 buts en Espoirs et seulement 6 chez les A, en 43 rencontres, c’est peu. Trop peu pour goûter à la postérité de son sport, voir même de son pays. À la place, bon nombre de Hollandais retiendront de son époque Patrick Kluivert, Ruud van Nistelrooy ou encore le GOAT batave Dennis Bergkamp. Aujourd’hui entraîneur à Feyenoord, Roy Makaay a disparu des radars. À La Corogne, il restera l’attaquant du titre, mais Diego Tristan est inscrit dans les livres d’Histoire. Au Bayern, bon nombre de grands attaquants ont depuis repris son trône et sa couronne sans peine. Attaquant racé, buteur infatigable, Roy Makaay traîne dans l’ombre de bien trop de ses concurrents et de ses contemporains. Seule gloire active, son nom au Guinness Book pour le but le plus rapide de l’histoire de la LDC. Mais une fois ce record effacé, que restera t-il vraiment de Roy Makaay ?

Crédits photos : Oliver Lang / DDP

Je mène un combat vain contre le corporatisme et les magouilles dans le football français