[Ligue 1] Edouard Mendy, get footballer or die tryin’

La référence parlera aux amateurs de rap US du milieu des années 2000. De Cherbourg à Reims en passant par le chômage et l’Olympique de Marseille, la carrière d’Edouard Mendy a connu plus de péripéties que la première saison de Lost, les disparus. Ce qui explique peut être aussi le calme et la détermination qu’incarne aujourd’hui le portier rémois. Portrait

S’il est l’une des révélations de ce début de saison, Edouard Mendy, encore inconnu du grand public il y a  quelques semaines, revient de loin. La nouvelle coqueluche du Stade Delaune se revoit sans doute encore à l’époque où il s’entraînait seul, sans contrat pro. C’était il y a un peu plus de quatre ans. Avant cela, celui qui a côtoyé Zacharie Boucher au centre de formation du Havre avait fait ses gammes échelon par échelon. D’abord en DH dans un club obscur de la métropole havraise, puis en National/CFA, à Cherbourg. Arrivé comme troisième gardien, le désormais international sénégalais a gravi les marches une à une, jusqu’à s’imposer comme titulaire dans le club cherbourgeois. Et puis après l’ascension vint la chute. Un contrat non prolongé, un transfert avorté en League One (D3 Anglaise) et voila un destin qui bascule.

On dit souvent qu’une carrière pro se joue aussi dans la tête, dans l’envie. Mendy en est le parfait exemple. Retour donc à l’époque Pôle Emploi. Edouard repart au Havre, pour s’entraîner seul, sous la houlette du père spirituel de Steve Mandanda, Michel Courel, avec qui il se prépare pour bondir au premier coup de fil. Le problème, c’est que les coups de fil se font rares et même Edouard le déterminé commence à s’inquiéter. Et puis comme souvent dans les séries à suspense, un twist inattendu arrive. Pour Mendy, après de très longs mois de vache maigre, ce sera un essai à l’OM qui cherche un gardien pour la CFA. Un essai aussi inattendu que concluant. Il traverse alors la France direction le centre Robert-Louis Dreyfus et Marcelo Bielsa, en tant que numéro 4.

Mais très vite, les choses se gâtent. Bielsa démissionne, Michel arrive et l’OM se trouve enfermé dans une torpeur que de maigres performances en Europa League et en Coupe de France ne sauveront pas. Dans la noirceur ambiante, Mendy s’éclate et revit. Il s’inspire de son idole, Steve Mandanda, et boit les paroles de Yohan Pelé, lui aussi gardien à la carrière si singulière. En CFA, il est derrière Escales, l’enfant du pays, dans la hiérarchie, mais accrochera une petite dizaine de matchs à son tableau. Il y jouera avec Lopez, Kamara mais aussi Apruzesse, Sparagna ou encore Rabillard. Pas assez pour voir son contrat aspirant renouvelé en fin de saison, mais assez pour trouver grâce aux yeux de Michel Der Zakarian qui lui fait signer son premier contrat pro. Retour dans le Nord de la France, cette fois-ci à Reims, en Ligue 2.

En Champagne, Mendy arrive avec son année marseillaise et sa formation havraise sur le CV. Si tout le monde le découvre, l’attente et l’excitation sont présentes. D’autant plus que le ton est donné, Reims veut faire le yo-yo et accrocher une montée après sa récente descente. Numéro 2, derrière Johan Carrasso, il profite de l’exclusion de son coéquipier pour découvrir les joies de la Ligue 2 dès la première journée. Ses premières apparitions sont correctes, et ne sont entachées que d’une lourde correction contre Le Havre, en Coupe de la Ligue (2-5). Carrasso revient et retrouve sa place de titulaire. Pour le moment …

Mendy passe sa saison sur le banc. Seules deux rencontres de championnat, face à Niort et Ajaccio durant l’hiver, lui permettent de retrouver les pelouses. Il sera également de l’honteuse élimination face à Sarreguimines en Coupe de France. Malgré son peu de temps de jeu, le Stade décide de le prolonger en mars, preuve de la  confiance portée aux qualités du garçon. La fin de saison est proche, le Stade flanche, Carrasso aussi. Mendy rejoue et se montre plutôt adroit. Mieux, on sent qu’avec du temps de jeu et une hiérarchie bousculée, le garçon peut rendre pas mal de service. Cette confiance, il la trouvera dans l’homme qui remplacera Michel Der Zakarian, son actuel coach David Guion.

Changement de coach, et changement de hiérarchie donc. Mendy passe numéro 1 la saison dernière. Rapidement, il rend au centuple la confiance accordée et s’affirme comme l’un des tous meilleurs gardien de l’antichambre de la Ligue 1. Reims dévore tout sur son passage et éclate tous les records. Mendy, lui, signe sa première saison complète, avec 34 rencontres de Ligue 2. Mieux encore, il développe un amour pour les clean-sheet (18 l’an passé), amour qui le suit encore aujourd’hui. La montée est au bout du chemin. Mendy est nommé pour le titre de meilleur gardien de Ligue 2, titre qui reviendra finalement à Paul Bernardoni, alors à Clermont.

Après deux années à l’étage du dessous, Reims retrouve l’élite. Mendy, lui, le découvre. Deux victoires d’entrée, face à Nice et à Lyon, puis une sale série en cours de 8 matchs sans victoire. Mais malgré cette stat peu flatteuse, la défense de Reims est solide. Mieux, elle est actuellement la 4ème défense du championnat avec 10 buts encaissés (dont 8 contre seuls Amiens et Paris). Une belle perf dans le marasme rémois.

Et si l’équipe tient encore debout, elle le doit en partie à son gardien. Des envolées de grande classe, une grande carcasse qui n’hésite pas à aller s’interposer aux devants de ses vis-à-vis, une explosivité intéressante, Mendy a tout d’un grand et le prouve match après match dans une équipe qui, à défaut de savoir bien attaquer, réussit avec brio à bien défendre. Aujourd’hui, il est le gardien des 5 « grands championnats » à créditer du plus de clean-sheet en championnat avec 6 rencontres sans aller chercher la balle au fond de son but en 10 matchs. Ce trône, il le partage avec les brésiliens Ederson et Alisson, respectifs gardiens de Manchester City et Liverpool (en 9 matchs joués pour les deux brésiliens).

52 matchs de championnat, 42 buts encaissés, 27 clean-sheet. Les statistiques sont éloquentes et méritent qu’on s’y attarde. Avant peut être qu’elles ne se gâtent dans un Stade de Reims à la peine… Son prochain challenge ? Gravir les dernières marches qui le séparent d’un statut de titulaire en sélection. Après une Coupe du Monde à la fin rageante, Alliou Cissé a pris le parti d’injecter du sang neuf à son équipe, pour le plus grand bonheur du portier marnais. En concurrence avec Alfred Gomis et Abdoulaye Diallo, Mendy le sait, il a une carte à jouer. Et s’il répète ses prestations du début de saison, il pourrait bien être le dernier rempart sénégalais lors de la prochaine CAN. Les échelons, step by step.

Crédits photos : SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP

Je mène un combat vain contre le corporatisme et les magouilles dans le football français