De joueur au potentiel mystérieux, en dépit de titularisations répétées dans un grand club français, Morgan Sanson est passé au statut de joueur extrêmement controversé. Crack en puissance et indiscutable à l’OM pour les uns, catastrophique dans le jeu et gonflé par les stats pour les autres, il est au cœur d’un débat de plus en plus intense. Décortiquons ensemble le cas du numéro 8 marseillais.

Le 17 janvier 2017 est synonyme de revanche pour le jeune natif de Saint-Doulchard. À 22 ans et après une grave blessure aux ligaments croisés dont il a su se remettre, Morgan Sanson rejoint l’Olympique de Marseille nouvellement ambitieux et devient ainsi la première recrue du Champions Project.

Si les 6 premiers mois du néo-marseillais sont salués de tous, le joueur affichant une vista impressionnante (il a délivré 7 passes décisives en 6 mois) venue combler les lacunes d’un Dimitri Payet encore hors de forme. C’est à partir de l’été que le changement d’attitude des supporters à son égard s’est exprimé.

Musculation trop intensive? Stage au SC Bastia? Victime du flash de Men in Black? Quelle que soit l’explication, Sanson revient différent de ses vacances. Durant la saison 2017-2018, l’homme aux contrôles orientés toujours excellents, à la très bonne vision de jeu cumulée à une science de la passe pied gauche – pied droit de haut niveau laisse place à une machine de guerre qui joue tête baissée et qui court vite. Il court vite, certes, mais ce n’est pas ce numéro 8-là que les Marseillais ont connu.

Symbole de cette évolution, le changement dans les stats du Français. Il avait inscrit 1 seul but en 6 mois à l’OM pour 7 passes décisives, le voilà désormais 9 fois buteur pour 2 passes D (dont 1 corner).

Plusieurs facteurs expliquent cela, à commencer par le changement de système de l’OM où le 4-3-3, qui a permis l’épanouissement cumulé de Maxime Lopez et de Morgan Sanson, a laissé place à un 4-2-3-1 qui, lui, inclut un rôle de milieu de terrain plus perforateur qu’à l’accoutumée, le nouveau venu Luiz Gustavo se chargeant des tâches défensives.
Le deuxième facteur, évidemment, est celui de l’émergence de Dimitri Payet, qui a délivré 13 passes décisives et a été le seul et unique métronome de l’OM.
Le troisième facteur est celui de la progression de la concurrence, en la personne de Zambo Anguissa qui, aux côtés de Luiz Gustavo, n’a pas enchainé 37 mauvais matchs contrairement à ce qu’il est devenu préférable de dire sous peine de s’attirer les foudres de certains. Maxime Lopez, lui, a eu plus de mal à enchaîner.

Le jeu de Morgan Sanson est ainsi devenu stéréotypé, rébarbatif, les mêmes défauts revenant sans cesse, à savoir ceux d’un jeu très haché, tête baissée, aux mauvaises passes enchaînées, aux pertes de balle importantes et aux contrôles orientés, autrefois impressionnants, aujourd’hui simplement répétitifs voire énervants lorsqu’ils sont ratés.

Cette saison, si rien n’a changé dans son propre jeu, le Marseillais souffre d’un facteur supplémentaire en sa défaveur : la comparaison avec la concurrence. Tanguy Ndombélé et Houssem Aouar donnent l’impression d’être d’une autre galaxie tant ils paraissent supérieurs en tout point à Sanson. Valentin Rongier, annoncé sur les tablettes marseillaises cet été, semble lui aussi bien au dessus. Ce n’est, évidemment, même pas la peine de le comparer à Marco Verratti.

Si la saison dernière, où l’effectif marseillais effectuait sa première saison complète sous l’ère McCourt et a redoré le blason olympien par des vertus combattives, a pu être facilement digérée, ce ne sera pas le cas de celle-ci où l’objectif annoncé est clair : la qualification en Ligue des Champions. La concurrence au milieu de terrain, renforcée par l’arrivée de Kevin Strootman, n’a pourtant pas l’effet escompté puisque l’OM, déjà défait 4 fois en Championnat cette saison en seulement 11 matchs, ne parvient pas à trouver son schéma idéal. Sanson n’a plus le temps de tergiverser.

Le tableau n’est pas officiellement noirci. Le milieu de terrain demeure malgré tout à fort potentiel, loué par tous ceux qui ont pu l’entraîner, y compris Rudi Garcia, et il est décrit comme étant très travailleur à l’entraînement. Didier Deschamps lui-même reconnaît la qualité du milieu de terrain puisqu’il l’a pré-sélectionné pour les matchs de l’Équipe de France du mois de septembre. Le Marseillais a annoncé vouloir participer à l’Euro 2020 avec son pays.

Quoi qu’il en soit, et en dépit d’une possible prolongation de contrat de sa part, Morgan Sanson doit être conscient que son jeu agace, car très haché, autant qu’il ne frustre, car il est capable de bien mieux. L’Olympique de Marseille, redevenu réellement ambitieux, ne se contentera pas longtemps du cache misère constitué par les statistiques de son numéro 8 et si ce dernier ne se décide pas à se remettre dans le sens de la marche, le principal objectif du mercato d’été à venir sera de le vendre au plus offrant. Alors, Morgan, tu préfères finir en nouveau gâchis Imbula ou en tant regretté Lucho?

 

Photo crédits : FRANCK FIFE / AFP

Pour l'amour et la soif de revanche de l'Algérie.