Habib Habibou : « C’est à ce moment-là qu’on se rend compte que la vie est plus importante que le football »

Le week-end dernier, Habib Habibou a fait gagner son équipe en marquant un but insolite. Alors qu’il se tenait au chevet d’un de ses coéquipiers, il s’est trouvé face à la cage adverse, complètement vide. Retour sur cette action hors du commun.

Il manque deux joueurs pour construire l’offensive du Maccabi Petach Tikva, actuel 6e de la Premier League israélienne : Habib Habibou et Lidor Cohen. Le premier est au chevet du second resté au sol de manière inquiétante. Mais lorsque le ballon se présente devant l’ancien attaquant du stade Rennais et du RC Lens, celui-ci se jette dessus et le pousse dans le but vide du Maccabi Netanya. C’est la 87e minute. Le Centrafricain vient d’inscrire l’unique but de la rencontre.

Actuellement avec sa sélection pour préparer le match de qualification contre le Rwanda pour la CAN 2019 (dimanche à 14h30), Habib Habibou revient sur les images de son dernier but qui ont déjà fait le tour du monde.

Comment ça se passe pour toi en Israël ?

Je suis arrivé il y a quatre semaines, ça s’est super bien déroulé pour l’instant. J’ai joué deux matches, ç’a été deux gros bons matches et, pour l’instant, ça se passe comme je l’attendais. Après ma résiliation au Qatar, il me fallait du temps de jeu et je suis au bon endroit. Je suis satisfait.

Pourquoi as-tu résilié ton contrat au Qatar ?

À cause des retards de paiement. Ça faisait six mois que je n’avais pas reçu mon salaire, ni mes primes, donc ç’a commencé à être gonflant.

Raconte-moi ce but que tu as marqué le week-end dernier.

Déjà, je pense que je faisais un bon match depuis le début. J’ai donné beaucoup de ballons de buts à mes coéquipiers mais on a gâché devant. J’attendais juste d’avoir une occasion mais elle ne s’est pas présentée. Mon coéquipier (Lidor Cohen, NDLR) va au duel sur un long ballon, le gardien lui met un coup de genou vers la gorge, le torse. Il avait du mal à respirer. Il est tombé sur le ventre et je voyais qu’il tremblait un peu. À ce moment-là, je me dis : « On est en plein match, mais le plus important ce n’est pas le football, c’est l’humain et c’est mon coéquipier. » Donc je préfère abandonner le match et m’occuper de lui parce qu’il va peut-être avaler sa langue.

Je suis resté avec pour le maintenir, le faire respirer un peu et, en même temps, j’appelais les soigneurs pour qu’ils puissent venir le plus rapidement possible. Les adversaires ne voulaient pas sortir le ballon. Le temps que les soigneurs viennent, on avait récupéré la balle et notre ailier a débordé, mis un centre-tir fort devant le premier poteau et le gardien a relâché la balle. Là, je vois le ballon et je sais que je ne suis pas hors-jeu puisque j’avais toujours un coup d’œil sur le côté. Je me suis dit : « Allez, marque ton but et reviens vite pour le secourir parce que le plus important, c’est quand-même lui. » Donc j’ai marqué et je suis revenu pour l’assister, l’aider à sortir du terrain et que le soigneur puisse s’occuper de lui. C’était grave donc marquer n’était pas une priorité, il n’y avait pas de célébration ou quoi que ce soit.

Comment se porte Lidor Cohen aujourd’hui ?

Là, les docteurs l’ont pris en charge, il a commencé à faire des soins. On est partis en sélection mais lui il va rester au club pour se faire soigner.

Comment aurais-tu réagi si c’était l’équipe adverse qui avait marqué ce but ?

Bizarrement, à la fin du match, tout le monde m’applaudissait. Mais par rapport aux supporters adverses, je me suis excusé. Je l’aurais mal pris, mais il faut respecter le joueur qui a mis de coté le travail pour secourir son coéquipier. Je n’aurais pas eu de rancœur envers eux s’ils avaient marqué le même but. J’aurais plus encouragé le gars, demandé comment va son coéquipier. Imagine si c’était moi qui étais par terre et que personne n’était venu… On ne sait jamais ce qui arrive dans le football. C’est à ce moment-là qu’on se rend compte que la vie est plus importante que le football. Toutes les choses qui se passent, comme les joueurs qui font des crises sur le terrain et qui décèdent… Il faut quand même faire attention.

Ton but est parfaitement valable mais certains adversaires ont protesté…

Non, ils étaient déçus parce qu’ils ont pris un but en toute fin de match, c’est compréhensible. Je pense que c’est juste pour ça. Après le match on s’est serré la main, je n’ai pas vu de nervosité ou quoi que ce soit. Juste, après mon but, j’ai pris un coup de coude de Viki Kahlon et il a reçu un carton rouge.

Tu es candidat au prix Puskás avec ce but ?

D’après ce que les gens disent (rires) ! La saison est encore longue…

Certains observateurs ont qualifié ton but d’« anti-sportif ». Qu’est-ce que tu leur réponds ?

Anti-sportif ? Qu’ils laissent crever leur coéquipier, comme ça ce sera peut-être du sport. Je ne sais pas, je ne vois pas en quoi c’est anti-sportif. Je pense que c’est plutôt le contraire.

Question bonus, sur Youtube, quand on cherche ton nom, on tombe aussi sur une chanson à ton effigie. Tu es au courant ?

Oui je connais, j’aime bien. C’était un DJ de mon ancien club en Belgique, La Gantoise. À chaque but, il mettait cette chanson donc tout le monde la connaissait. C’est marrant et joli, je trouve. Quand je l’ai entendue, je lui ai tiré mon chapeau, je lui ai donné mon maillot.

Crédits photos : BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR