[Portrait] La folle vie de Jules Rimet, l’inventeur de la Coupe du Monde

Il y a des hommes dont l’envie de marquer leur temps et d’agir pour une cause est plus forte que tout autre rêve. Parmi ceux-là, Jules Rimet, un jeune avocat qui dédia sa vie au football français et mondial. À la fois créateur de club, président de fédération nationale puis internationale, Jules Rimet a fait de notre sport une véritable institution. Retour sur son histoire.

Avant la folle vie, la belle histoire

Jules n’est pas un homme à qui l’on a tout donné. Mais ce qu’il n’avait pas, il est allé le chercher lui-même. Dès qu’il obtient le certificat d’études primaires, il quitte sa province natale pour rejoindre ses parents, épiciers à Paris. Là-bas, il continue ses études au lycée et l’apprentissage de la vie dans la rue. Il rejoint ses amis dans le 7ème arrondissement et joue au football sur des terrains improvisés, comme chaque jeune l’a fait. Mais Jules est observateur et il ne se contente pas de jouer au football, il tire aussi des conclusions optimistes sur les valeurs de partage et d’amitié qu’offre ce sport. Peut-être a-t-il déjà une idée en tête. Quoiqu’il en soit, il poursuit ses études et brillant élève, il parvient à devenir avocat, lui, le fils d’épiciers. Très vite son engagement associatif commence à se révéler. Bercé par une éducation catholique traditionnelle, il adhère au Cercle Catholique du Gros-Caillou, son quartier, et porte ses idées de Démocratie Chrétienne. Mais son attrait pour le sport est plus fort que son engagement religieux. À 23 ans, il décide de créer un club de sports.

L’homme insatiable

Nous sommes en février 1897. Jules, son frère Modeste et plusieurs amis créent un club omnisports dont le siège est situé au café du coin de la rue où habite la famille de Jules : le Red Star. Ce club, aujourd’hui en Ligue 2, promeut à son origine des valeurs intégratrices en s’ouvrant aux enfants de familles pauvres. Le club connaît un succès rapide, notamment un cyclisme où se révèle Emile Georget, vainqueur de plusieurs étapes sur le Tour de France.

Mais Jules ne s’arrête pas là. Le Red Star l’a rapproché de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) qui organise alors les championnats nationaux. Il intègre la direction de l’Union et agit fortement pour le football, discipline très populaire mais trop négligé par l’institution. L’USFSA pousse petit à petit à la création d’un fédération internationale et le 21 mai 1904, dans ses locaux, les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, l’Espagne, la Suisse, le Danemark et la France signent conjointement la création de la FIFA.

Mais rapidement, l’USFSA fait du grabuge dans les rangs de la FIFA. Par peur de voir d’autres ligues françaises la concurrencer, elle oblige chaque pays à ne présenter qu’une seule ligue, ce qui ne correspond pas à la situation du Royaume-Uni, nouvel entrant à la FIFA et de ses quatre ligues anglaise, galloise, nord-irlandaise et écossaise. Un vote est organisé entre les membres fondateurs et donne tort à l’USFSA qui quitte la FIFA.

Le Comité Français Interfédéral (CFI) profite alors de l’occasion et prend la place de la France à la FIFA. Ce CFI est très vite soutenu par la Ligue de Football Association (LFA) créée en 1910 par un certain Jules Rimet.

Après la Guerre, l’apogée 

La Première Guerre mondiale est passée et toutes les fédérations sont trop nombreuses et concurrentes pour que le football français se porte bien. Il est donc nécessaire d’en créer une qui portera toutes les responsabilités et qui saura gérer la transition vers le football professionnel. Le nom est choisi en 1919 : Fédération Française de Football Association (FFFA devenue FFF en 1966). Jules Rimet en est le premier président et il le restera pendant 23 ans jusqu’en 1942, date à laquelle il claquera la porte de la Fédération mécontent de la politique menée dans le pays avant d’y revenir en 1944 jusqu’en 1949.

Mais non content d’être président de la FFFA, Jules Rimet brigue la présidence de la FIFA. Il sera élu en mars 1921. Là-bas, il doit composer avec des nations divisées par la Guerre mais il n’abandonne pas ses idéaux et, émerveillé par les Jeux Olympiques de 1924 et 1928 où l’Uruguay a remporté les deux tournois de football, il initie le projet de Coupe du monde.

C’est tout naturellement que l’Uruguay est invité à organiser la première édition de la Coupe du monde, en 1930. L’édition embraye le pas aux deux derniers Jeux Olympiques et l’Uruguay, à domicile, triomphe de l’Argentine en finale et remporte la première Coupe du monde. On leur remet un trophée qui porte un nom si banal qu’en 1946 on décidera de le changer pour le renommer Trophée Jules Rimet.

Le reste de l’histoire n’est autre que le football que nous connaissons aujourd’hui, un football qu’on doit beaucoup à Jules Rimet, à ses idéaux et à son hyperactivité.

Jules s’est éteint en 1956 mais laisse derrière lui un héritage colossal sur lequel nous exploitons aujourd’hui chaque instant de ce sport que, comme lui, nous chérissons tant. Il reçoit, à titre posthume, l’Ordre du Mérite de la FIFA en 2004 pour ne pas oublier à qui nous devons tout cela.

Crédit photo : BAUMANN / Pressefoto Baumann / dpa Picture-Alliance.

Quand les gens sont d'accords avec moi, j'ai toujours le sentiment que je dois me tromper.