[Premier League] Liverpool : arrière-garde royale

À quelques semaines du Boxing Day, Liverpool colle aux basques du leader Manchester City. L’atout majeur des Reds dans la course au titre ? Une défense de fer. 

À l’approche de la mi-saison, la bataille d’Angleterre fait rage. Manchester City imprime un rythme infernal en tête du classement et oblige ses poursuivants à faire preuve d’une infaillible régularité. Prenez Chelsea par exemple. Le club de Roman Abramovitch n’a perdu qu’une seule rencontre depuis le début de la saison. Une défaite 3-1 à Wembley face à Tottenham. Rien d’alarmant compte tenu du statut de l’équipe de Mauricio Pochettino. Pourtant, ajoutez-y quatre matchs nuls et vous retrouvez les Blues troisièmes, à sept longueurs du leader. Pas simple de suivre la cadence des hommes de Pep Guardiola.

Pourtant, une équipe marque à la culotte le leader mancunien. Une équipe qui, elle non plus ne s’est jamais inclinée cette saison en Premier League : Liverpool. Cette invincibilité ne tombe pas du ciel : les Reds se sont (enfin ?) trouvé une défense, et même une très bonne. Cette solidité permet aux Reds de regarder les Sky Blues dans les yeux. Elle leur confère cette régularité qui leur faisait tant défaut au cours de l’exercice 2017-2018. C’est bien simple : à la veille de la 15ème journée, Liverpool est tout simplement la meilleure défense du Royaume avec cinq buts encaissés, soit un petit pion de moins que… Manchester City !

Victoires au forceps

Les hommes de Jürgen Klopp partaient de très loin dans ce secteur de jeu. L’année dernière à la même époque, Loris Karius et Simon Mignolet étaient déjà allés chercher 19 fois le cuir au fond des filets. Dans le même temps, l’attaque des Reds continue de marquer des buts comme on enfile des perles. Un petit peu moins que l’année dernière me direz-vous (27 contre 32 au bout de 15 journées). Certes, mais quand vous en prenez quatre fois moins, la différence est faite. Cette saison, les joueurs de Klopp n’ont plus besoin d’en planter trois ou quatre pour arracher la victoire. Bien souvent, un ou deux petits buts suffisent pour une équipe qui, dans le jeu, n’a pas encore retrouvé son éclat de la saison passée.

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Dernier exemple en date : le 100ème Merseyside Derby de l’Histoire, disputé dimanche dernier face au voisin honni d’Everton. Longtemps en difficulté face à des Toffees entreprenants, le salut sera venu d’un improbable but de Divock Origi au bout du suspense (90e+5). Une victoire acquise au forceps contre plus petit que soit, comme il en faut de temps en temps pour une équipe prétendante au titre. Une victoire marquée du sceau de l’abnégation, du combat et de la solidarité à l’image de cet incroyable sauvetage à la 21ème minute. À ce moment-là, Alisson repousse une tête à bout portant d’Andre Gomes, juste avant une intervention sur sa ligne de Joe Gomez.

Defense new-look

Le premier satisfait des progrès de sa défense est sans aucun doute Jürgen Klopp. L’arrière-garde constitue un chantier de longue date. Conscient que son attaque de feu ne pouvait pas toujours compenser les errements défensifs, ce secteur de jeu s’est très vite imposé comme la priorité du technicien allemand. Après la victoire de son équipe face à Watford (0-3) le 24 novembre dernier, il déclarait : « Le contrôle du match et cet état d’esprit, cela me plaît beaucoup […] Nous voulons être l’équipe la plus désagréable à jouer. » Le coach allemand repense même sa marque de fabrique tactique, son fameux contre pressing. Hors de question de l’abandonner totalement mais Jürgen Klopp avoue au micro de RMC Sport ne plus le demander systématiquement à ses joueurs : « Avec le nombre de matchs que nous avons, il n’est pas question de courir après un jeu aussi fou. Il faut être malin. » Et la formule fonctionne. Moins flamboyant que la saison passée, le jeu des Reds est devenu plus clinique mais aussi plus efficace. En témoignent les très bons résultats du club face aux « petites » équipes  : cette saison, seuls Manchester City, Arsenal et Chelsea ont forcé Liverpool à lâcher quelques points.

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Retrouver une autorité défensive digne d’un roi d’Angleterre passe aussi par le choix des hommes. Et à ce niveau-là, c’est une petite révolution qu’a opéré l’ancien entraîneur du Borussia Dortmund. Depuis la reprise, exit Matip, Clyne, Moreno et, dans une moindre mesure, Dejan Lovren. Tête de proue de cette défense new-look : Virgil Van Dijk. Recruté à prix d’or à Southampton au mercato d’hiver (84 millions d’euros), le défenseur le plus cher de l’histoire s’est imposé comme le taulier d’une défense métamorphosée depuis son arrivée. En pleine force de l’âge, la tour de contrôle néerlandaise impressionne à chacune de ses apparitions par sa sérénité, sa solidité et son leadership. Des performances qui lui permettent de prétendre au statut de meilleur défenseur central du monde.

L’atout majeur des Reds

Joe Gomez aussi fait forte impression. Replacé en défense centrale, l’anglais est parvenu à mettre Matip et Lovren sur le banc. Pas anodin à seulement 21 ans. Dernier changement et pas des moindres : l’arrivée d’Alisson Becker en provenance de la Roma. Avec le portier brésilien, Liverpool tient enfin un gardien de top niveau et cela change tout. Depuis le début de la saison il affiche déjà huit clean sheets au compteur. Il fallait au moins ça pour faire oublier Loris Karius et cette soirée cauchemardesque du 26 mai. Ajoutez encore deux latéraux plus que performants, à savoir Alexander-Arnold et Robertson, et vous obtenez la formule magique pour devenir en l’espace de quelques mois la meilleure défense du continent.

Le tout reste de savoir si cette solidité retrouvée suffira pour monter sur le trône. Maintenant que l’arrière-garde fait régner l’ordre, c’est l’attaque des Reds qui a légèrement baissé le pied. Cette impression qu’il manque toujours un petit quelque chose à Liverpool face à ses concurrents demeure. Le match retour contre le Paris Saint-Germain a rappelé que cette équipe n’est pas invincible quand l’adversité monte d’un cran. L’incroyable densité de la Premier League n’autorise donc aucune enflammade du côté d’Anfied Road. Au moins, l’équipe sait sur quoi s’appuyer : une défense en béton armé.

Crédits photos : OLLY GREENWOOD / AFP