Carl Jenkinson, le dernier de la British Core

Avec le départ désormais probable d’Aaron Ramsey d’Arsenal en fin de saison, le latéral anglais Carl Jenkinson pourrait être le dernier survivant de la British Core sur laquelle Arsène Wenger avait placé de grands espoirs. Retour sur une histoire d’amour compliquée entre Carl Jenkinson et son club de toujours.

La photo avait marqué les esprits. En décembre 2012, Arsène Wenger, l’éternel entraîneur d’Arsenal, posait avec cinq jeunes espoirs de son club, avec un air paternaliste. De gauche à droite, Carl Jenkinson, Aaron Ramsey, Jack Wilshere, Kieran Gibbs et Alex Oxlade-Chamberlain, les cinq sujets de Sa Majesté formant la British Core d’Arsenal, celle qui devait ramener le club au sommet de la Premier League.

Six ans après, Aaron Ramsey et Carl Jenkinson sont les dernières illusions des espoirs fous de Wenger. Après le départ de l’emblématique coach français en juin dernier, l’heure n’est plus aux sentiments du côté de l’Emirates. Les rumeurs courent sur l’avenir de Ramsey, en fin de contrat en juin 2019, et l’éloignent de plus en plus d’Arsenal.

La situation de Carl Jenkinson est bien différente. Son contrat court jusqu’en juin 2020. Pourtant, l’arrière droit de 26 ans n’est pas non plus en odeur de sainteté auprès du nouveau staff. Cette saison, il n’a joué que trois matchs, un en League Cup et deux en Europa League. Ce n’était guère mieux l’an dernier, avec seulement cinq rencontres au compteur. Le défenseur anglais est toujours annoncé sur le départ, mais rares sont les clubs intéressés par ses services. Saison après saison, Jenkinson est toujours là, grattant quelques minutes de jeu par ci par là au grand étonnement des supporters.

Au départ, son histoire avec Arsenal ressemblait pourtant à un vrai conte de fée. Le petit Carl, six ans était à Highbury quand Arsène Wenger remporte son premier championnat à la tête des Gunners, en 1998. Six ans plus tard, pour le match du titre des Invincibles contre Leicester, Jenkinson père et fils étaient également là. « Je me rappelle du gars qui vendait des cacahuètes à Highbury, expliquait Carl en 2012 au The Independant. Bizarrement, je ne l’ai jamais revu à l’Emirates. »

Le journal britannique avait consacré un long article à Jenkinson quelques mois après son arrivée à Arsenal, et soulignait la passion du jeune footballeur pour les Gunners. « Quand plus jeune, je jouais en tournoi, mon père me disait parfois :  »Un scout de Chelsea m’a donné sa carte aujourd’hui », mais j’attendais toujours celui d’Arsenal. Il n’est jamais venu. »

Carl Jenkinson passe alors par des chemins de traverse. Il apprend le football à Charlton, petit club du Sud-Est de Londres, et pratique foot et athlétisme toute sa jeunesse. Et en juin 2011, l’opportunité de rejoindre son club de cœur se présente. « C’était juste un grand choc, se rappelait-il en 2012 au The Independant. J’étais tellement heureux qu’Arsenal voulait me signer. D’autres grands clubs étaient intéressés, mais quand j’ai su qu’Arsenal me voulait, il n’y avait plus qu’un seul endroit où je voulais aller. »

Rapidement, il bénéficie d’une blessure du titulaire à son poste, Bacary Sagna, pour se faire sa place en équipe première. Wenger lui fait confiance et lui offre une première titularisation contre Liverpool. Pour Jenkinson, un rêve de gamin se réalise. À l’extérieur de l’Emirates, il a laissé un message, perdu au milieu de milliers d’autres, pour son grand-père, mort avant de le voir jouer sous les couleurs des Gunners. « Papi, j’espère que tu es fier. »

Son début de carrière en fanfare a même été récompensé par une sélection en équipe d’Angleterre, en novembre 2012. Jenkinson a pourtant longtemps hésité entre les Three Lions et la Finlande, le pays de sa mère Hayde, pour lequel il a joué avec les espoirs. Cette expérience, il ne l’a jamais regretté. Mais Roy Hodgson a su convaincre le latéral des Gunners de revenir sur sa décision. Ironie de l’histoire, lui qui parle suédois avec sa mère née à la frontière finno-suédoise, débute sa carrière internationale contre… la Suède. Ce soir-là, Zlatan Ibrahimovic marque un ciseau resté dans l’histoire, et offre la victoire à son équipe (4-2).

Malgré quelques moments difficiles, comme son expulsion lors de l’humiliation infligée par Manchester United sur le score de 8-2 en 2011 (qui n’était alors que son 13ème match chez les pro), Jenkinson est un joueur de rotation important dans le schéma d’Arsène Wenger. Mais la montée en puissance d’Hector Bellerin le maintient sur le banc. Le coach français décide donc d’envoyer Jenkinson en prêt à West Ham, en Premier League, à l’été 2014. Pendant dix-huit mois, le Britannico-finlandais se forge une place de titulaire et dispute 59 matchs avec les Hammers. Arsenal lui accorde toujours sa confiance et le prolonge jusqu’en 2020.

Mais le tournant de la carrière de Carl Jenkinson survient en janvier 2016. Une rupture des ligaments croisés le tient éloigné des terrains pendant dix mois. Si le destin semble d’abord lui sourire à son retour de blessure, avec quelques titularisations grâce aux absences d’Hector Bellerin et Matthieu Debuchy, ses mauvaises performances sont peu convaincantes.

Incendié par les supporters sur les réseaux sociaux, Arsène Wenger monte au créneau pour défendre le honni : « Le Jenkinson que vous voyez en ce moment peut jouer, mais il n’est pas à son meilleur niveau, car il a perdu sa confiance », déclarait-il en conférence de presse en décembre 2016. Et cette confiance, Jenkinson la cherche : en prêt à Birmingham pour la saison 2017-2018, il ne dispute pas le début de saison, blessé à l’épaule dès son premier match, et ne prend par qu’à neuf petits matchs sur la deuxième partie de saison avec le club de Championship…

L’arrivée d’Unai Emery (et de Stephan Lichtsteiner dans ses bagages) devait pousser le latéral britannique vers la sortie. Mais avec une nouvelle longue blessure à la malléole à la mi-août et seulement 16 matchs pro ces trois dernières années, la valeur marchande de Jenkinson est au plus bas. Les supporters d’Arsenal avaient pratiquement oublié sa présence au club !

L’international anglais n’est que le troisième, voire quatrième choix au poste de latéral droit, derrière Bellerin, Lichtsteiner et le jeune Maitland-Niles. Mais face aux nombreuses blessures dans son effectif, Unai Emery a dû sortir l’indésirable du placard. Quitte à le faire jouer en défense centrale, face aux Ukrainiens du Vorskla (3-0), et même à gauche, comme contre Blackpool en League Cup ou le Sporting Portugal (0-0) en Europa League. Sa reprise de volée manquée contre les Portugais a d’ailleurs suscité de nombreuses moqueries de la part de ses propres supporters. Désormais condamné à jouer les seconds rôles, Carl Jenkinson est en réalité un fantôme d’une page d’Arsenal qui, peu à peu, se tourne irrémédiablement.

Crédits photos : Ben Queenborough / Backpage images / DPPI