[Liga] Kevin-Prince Boateng au Barça, erreur de casting ou bonne pioche ?

Alors que le tout Barcelone retenait sa respiration quant à la décision finale de Frenkie De Jong pour son départ de l’Ajax Amsterdam, le Barça a annoncé cette semaine à la surprise générale la signature en prêt de Kevin-Prince Boateng. Raillé sur les réseaux sociaux et dans les cours de récréation, ce move du club Blaugrana pourrait avoir plus de sens qu’il n’y paraît. À condition bien entendu d’un investissement sans faille du joueur ghanéen, aussi bien connu par son talent que par ses frasques.

Railleries et interrogations…

Depuis plusieurs semaines, la tension était à son comble à Barcelone comme à Paris. Annoncés comme favoris dans la course à la signature de Frenkie De Jong, le FC Barcelone et le PSG se tiraient la bourre et les supporters profitaient de chaque rumeur plus ou moins fondée pour vanner le camp adverse. La pépite néerlandaise, qui va quitter l’Ajax Amsterdam cet été, fait tourner les têtes des plus grands d’Europe. C’est pourquoi la surprise fut grande ce lundi quand la formation catalane a annoncée l’arrivée non pas du jeune milieu de terrain oranje mais bien celle de Boateng pour renforcer les lignes offensives. KPB, ou « Prince », comme son maillot l’indique, est donc prêté jusqu’à la fin de l’exercice 2018/2019, avec une option d’achat à hauteur de 8 millions.

Tout d’abord, cette opération a fait lever une foule de détracteurs. Les doutes sont d’ailleurs assez légitimes. Si Boateng a eu dans l’ensemble une assez belle carrière, il en est aujourd’hui plus proche de la fin que du début. Qui plus est, il n’a fréquenté de « grand club » à proprement parler depuis son départ d’un Milan AC déjà sur le déclin en 2016. Depuis, il a foulé les pelouses de Las Palmas, de l’Eintracht Francfort ainsi que de Sassuolo. Bien loin des 99354 places du Camp Nou et du niveau d’exigence que requiert un Barça qui fait figure de favori dans chaque compétition qu’il dispute. Sur les réseaux sociaux, on peut également lire, sous forme humoristique, des craintes quant au comportement du nouvel attaquant barcelonais, et son association dans les vestiaire avec le réputé bouillonnant Arturo Vidal. KPB traîne effectivement quelques casseroles derrière lui, notamment son exclusion du groupe ghanéen durant le Mondial 2014 pour une bagarre avec son propre sélectionneur, Kwesi Appiah. L’incrédulité est donc de mise, mais la question principale reste celle de son niveau. Kevin-Prince Boateng peut-il, en 2019, se fondre dans ce que l’on pourrait considérer comme le meilleur effectif du monde ? Qu’en est-il de sa place dans le collectif ? Simple remplaçant ou pourra-t-il se battre pour plus qu’un rôle de joker ?

Joueur d’ajustement et « ADN Barça »

Une fois passé le stade des moqueries de bas-étage, il apparaît que ce prêt pourrait faire sens, à la fois pour le Barça comme pour le joueur. Arrivé pour compenser le départ de Munir El-Haddadi, Boateng sera dans la peau d’un remplaçant. La formation catalane veut éviter le fiasco de Rome l’année passée. Alors qu’ils faisaient déjà partie intégrante des favoris à la victoire finale en Ligue des champions, les Barcelonais ont pâti de la sur-utilisation de leurs titulaires lors de la saison en cours. Le résultat ? Une élimination évitable contre une équipe de niveau intrinsèquement inférieur en quart de finale. Le Germano-ghanéen va dans un premier temps permettre à Luis Suárez de se reposer lors de matchs d’une importance moindre, afin de rester compétitif sur l’intégralité de l’exercice. En privilégiant un prêt, les dirigeants comblent les trous à court terme, et se permettent de mieux préparer le terrain afin de trouver cet été une solution de remplacement viable à Suarez sur le long terme. C’est en quelque sorte une opération d’ajustement. De plus, KPB est conscient qu’il sera une doublure. Pour ces prochains mois, pas (ou peu) de risques de frustration, d’énervement ou de colère en rapport avec le temps de jeu. Le joueur sait, comme il l’a déclaré en conférence de presse, qu’il est chanceux à ce moment de sa carrière d’avoir l’occasion de jouer avec un effectif aussi qualitatif.

Pour ce qui est de « l’ADN Barça », si cher aux supporters, « Prince » peut se targuer d’avoir de belles et récentes références. Pour rejoindre la Catalogne, il quitte le Sassuolo de Roberto De Zerbi, loué en Italie pour donner un style offensif à son équipe. Cela après avoir joué une saison dans le Las Palmas de Quique Setién il y a deux ans, une autre équipe estampillée « Barça style ». Des expériences qui parlent pour lui. Il devrait donc pouvoir s’y retrouver dans ce collectif. Il est aussi l’option la plus viable économiquement pour son nouveau club parmi toutes celles que ce dernier avait. Alors qu’il vient de débourser 90 millions d’euros pour De Jong, le Barça a dû privilégier cette solution, moins onéreuse que ne l’auraient été les venues d’Alvaro Morata ou de Christian Stuani, également pistés. D’un point de vu plus personnel, Boateng a de quoi s’y retrouver également. Avec ce prêt, c’est un « rêve qui devient réalité », d’après l’attaquant en conférence de presse. C’est surtout un nouveau coup de projecteur sur lui, alors que sa carrière était un peu plus anonyme ces dernières saisons. Il redécouvre le très haut niveau, les compétitions européennes, et peut commencer à penser d’ores et déjà à la suite de sa carrière, en fonction de son option d’achat cet été.

Le prêt de Kevin-Prince Boateng fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours, notamment sur les réseaux sociaux. Si l’échéance est courte pour que le Ghanéen réussisse à s’imposer au Camp Nou, il possède malgré tout quelques atouts dans sa manche pour faire de ce passage en Catalogne un succès. Au point que les dirigeants blaugranas lèvent l’option d’achat ? Rendez-vous à l’issue de la saison, en juin…

Crédits photos : Xavier Bonilla/NurPhoto

J'arrive toujours soigné comme une passe de Toni Kroos.