Markus Kaufmann : « Tuchel va essayer d’apporter une culture de l’humilité et du travail au PSG »

 Tout le monde en parle, mais qui le connait vraiment ? Thomas Tuchel, entraîneur du PSG depuis l’été dernier, est scruté, décrypté et depuis mardi soir, grandement félicité pour son travail au sein du club parisien. Markuf Kaufmann, biographe de Tuchel, sort un livre consacré au coach allemand. Interview.

  1. D’où t’est venue l’envie d’écrire ce livre ?

Le projet a été décidé par les éditions Marabout, je me suis rendu compte que quand Thomas Tuchel a signé à Paris c’était évidemment un sujet d’étude tactique pour tout le monde. Son Dortmund était très sophistiqué et avait forcément attiré l’œil mais on ne connaissait pas grand-chose sur sa personnalité. En termes de processus, je me suis d’abord penché sur des entretiens informels avec des joueurs, des agents qu’il avait côtoyés personnellement pour savoir un peu comment il était. Le portrait qu’ils m’ont dressé de lui était vraiment différent, il y avait un décalage entre sa personnalité décrite par ceux qui le connaissaient et celle décrite par les médias. Ensuite, après un mois de recherches sur le personnage et son parcours je me suis rendu compte que le format d’un livre était très adapté dans le sens ou il a connu une ascension qui est incroyable : il a une carrière de joueur qui s’arrête très tôt puis il est formateur pendant 10 ans. C’est un homme qui adore le foot, qui entraine les joueurs dans l’anonymat, ce n’est pas quelqu’un qui cherchait vraiment les projecteurs. Il a ensuite réussi à grandir grâce au travail et a ses compétences. Donc ça se prêtait bien a un style un peu romancé pour raconter son histoire.

  1. Quand as-tu commencer le travail sur le livre ?

J’ai travaillé avec deux journalistes basés en Allemagne et collaborant avec So Foot : Sophie Serbini et Ali Farhat. On a travaillé main dans la main ; étant basés là-bas ils ont pu récupérer de nombreux témoignages. De mon côté mes recherches se sont divisées en deux parties : la première c’était vraiment de lire tout ce qu’a écrit la presse allemande sur Tuchel ces 15 dernières années. Des centaines d’articles, des interviews, des conférences de presse,… Le but était vraiment de réunir toutes les données possibles de ce côté-là. Et ensuite l’autre partie de ma recherche a été de regarder ses matchs et regarder comment ses équipes évoluaient chaque saison en fonction du travail et de ce qu’il disait en conférence de presse. Après effectivement il y a eu une longue série d’entretiens, j’ai pu faire un long voyage en Allemagne pour rencontrer des joueurs, d’autres que j’ai rencontrés en Angleterre. Je dirais qu’en tout l’écriture du livre a pris 4 mois, entre la fin de l’été et début décembre.

  1. Sur le plan sportif, Thomas Tuchel fait globalement l’unanimité en Allemagne, mais sur le plan humain le constat est différent. Est-ce que c’est quelque chose que tu as ressenti lors de l’écriture du livre, notamment en travaillant sur Dortmund ?

Je pense qu’a Paris il a vraiment eu l’intelligence de s’adapter à l’environnement local, que ce soit la presse, les supporters ou les joueurs. Avec les joueurs on peut voir qu’il est très proche d’eux, c’est quelqu’un qui comprend bien la psychologie du footballeur moderne et se range toujours du coté du footballeur. Le livre raconte quelques conférences où effectivement le footballeur du 21ème siècle est critiqué pour ses habitudes sur les réseaux sociaux, sa richesse et sa surexposition. Tuchel lui se range toujours derrière le footballeur en disant que derrière le footballeur il y a une personne, que chaque footballeur est différent et que ce n’est pas parce que tu es riche et que tu as des millions de followers que tu es forcément heureux. Dans ce sens-là il comprend très bien chaque individu du vestiaire parisien, il s’est vite rendu compte qu’il y avait certains égos et certaines stars qui avaient simplement besoin d’être couvées, protégées et je pense que pour l’instant ça lui réussit. Du coup le constat de tout l’environnement parisien pour l’instant c’est que Tuchel a compris le vestiaire, le club et qu’il exprime très clairement en conférence de presse la ligne directrice de son travail.

  1. Pourtant je crois qu’il n’est pas très fan des médias et de cette partie de son boulot non ?

Oui, le livre raconte aussi les différents conflits rencontrés dans sa carrière et lui qui se range toujours du côté du travail et de la performance il s’est souvent confronté aux besoins de l’information et des médias qui ne vont pas forcément dans le même sens que son besoin de performance. Le besoin d’identité des supporters à Dortmund n’allait peut-être lui aussi pas dans le sens de son besoin de performance. Et je dirais même que le besoin de pouvoir de la direction de son club notamment à Dortmund n’allait pas forcément non plus dans le sens de la performance.

Pour aller un petit peu plus dans les détails lorsque je parle de l’information des médias, à Mayence il ne supportait pas que les questions ne soient pas assez réfléchies sur sa méthode et son travail et il a donc mis en place des séances de discussions tactiques et footballistiques avec les journalistes. Il laissait la porte de son bureau ouverte tous les mardis et les journalistes intéressés par le foot pouvaient lui poser des questions. Il ne supportait pas qu’un journaliste pose une question en conférence de presse le vendredi sur la composition alors qu’en réalité le football ne l’intéressait pas et qu’il avait seulement envie de vendre du papier.

Après sur l’identité des supporters, Dortmund c’est un club très très fort en termes d’identité et on peut dire que les changements tactiques mis en place par Tuchel pour faire évoluer le jeu de Klopp basé sur la contre-attaque et qui avait un peu de mal face aux blocs compacts n’ont pas forcément été appréciés par les supporters. Du fait qu’il s’est privé de joueurs emblématiques, de piliers présents depuis 4, 5 ans comme Subotic ou Kuba. Et ensuite face au pouvoir, à Dortmund il est arrivé dans un club basé sur un modèle qui marchait très bien qui est d’acheter de jeunes joueurs et réaliser des plus-values. Lui il est arrivé dans une période de transition, il pensait enfin pouvoir avoir les armes pour concurrencer le Bayern et mettre en place un projet à long terme et un nouveau modèle de jeu. Il l’a fait pendant la première année et ensuite la colonne vertébrale de son équipe est partie contre sa volonté et il a été obligé de reconstruire.

  1. « Faire grandir Paris » c’est le titre que tu as décidé de donner à ce livre. Selon toi qu’est-ce qu’a déjà apporté le coach allemand à Paris et qu’est-ce qu’il peut encore lui apporter dans les semaines, mois, années qui arrivent ?

Je pense que la première chose qu’il va apporter c’est une force collective. Sir Alex Fergusson disait toujours que la première chose qu’un entraineur doit apporter dans un vestiaire c’est une force et une énergie constantes et que ça ce n’est pas quelque chose que l’on va acheter à la pharmacie. Je pense que cette phrase peut vraiment s’appliquer à Tuchel. Toutes les personnes que ce soit les journalistes, les employés du club qui l’ont côtoyé ces derniers mois s’accordent à dire que lorsqu’il rentre dans une salle c’est une personne qui a une aura et un charisme suffisants pour énergiser les personnes autour de lui. Je pense qu’autour de cette personnalité et avec la connaissance de la psychologie des joueurs il arrive tout simplement à construire un projet commun à tout le vestiaire et à unir le groupe et je pense que lorsque l’on regarde les grandes performances du PSG cette année cela s’est toujours manifesté par une solidarité importante et une envie de se sacrifier de tous les joueurs. La deuxième chose qu’il va essayer d’apporter c’est une culture de l’humilité et du travail, il va essayer de gommer tous les préjugés qui tournent autour du PSG, que ce soit que le club gagne la Ligue 1 grâce à son budget, parce qu’ils ont des joueurs mieux payés que les autres, parce que Neymar est tellement fort qu’il peut gagner la Ligue 1 tout seul etc. Il va faire en sorte de gommer tout ça pour montrer que si le Paris Saint-Germain s’impose c’est parce qu’ils s’entrainent plus dur que les autres pendant la semaine. Et ça c’est un gros défi notamment à Paris parce que si ça a pu marcher de août à novembre avec la pression du groupe en Ligue des Champions, en décembre et janvier on sait qu’à Paris la période est toujours plus compliquée dans la mesure ou les joueurs n’ont pas la même stimulation et les mêmes défis tous les trois jours à relever.

  1. Le jour de sa conférence de presse de présentation au Parc des Princes, Thomas Tuchel balaie les questions sur la Ligue des champions et préfère parler du chemin plutôt que de la destination. C’est intéressant parce que jusque-là le PSG mettait toujours en avant des objectifs chiffrés pour la Ligue des champions en parlant de demi-finales par exemple. Penses-tu que c’est la bonne approche ?

Bien sûr, je pense que c’est l’approche que tous les grands clubs et tous les clubs qui rêvent vraiment de gagner la Ligue des Champions ont choisie ces dernières années. Il suffit d’analyser l’histoire de la Ligue des Champions pour voir que c’est une compétition où la meilleure équipe ne gagne pas forcément et que c’est aussi une compétition qui nécessite beaucoup de temps et d’investissement sur la durée. Si on regarde tous les derniers champions sur ces 10 dernières années en partant du Manchester United de Fergusson, l’Inter de Mourinho, le Barça de Pep ou encore le Bayern, ce sont tous des clubs qui ont vraiment eu un projet à long terme avec une génération de joueurs qui évoluent ensemble. Le Réal Madrid en est un très bon exemple avec les Sergio Ramos les Marcelo qui sont arrivés en 2004 ou 2005 il me semble, et du coup c’est ça qu’il faut rechercher pour construire une équipe capable de gagner la Ligue des Champions.

Et si on regarde les générations récentes de la Juventus et de l’Atletico Madrid, des clubs qui ont construit des équipes capables d’être parfois même la meilleure de la compétition et n’ont pourtant pas réussi à la gagner, je pense que ça peut faire réfléchir la direction parisienne et lui faire choisir le discours du chemin, du processus et du travail plutôt que celui de l’ambition et de l’obsession de la victoire.

  1. Est-ce qu’on ne peut pas faire un petit parallèle même si les deux situations sont quand même un peu différentes, entre la situation qu’a connu Tuchel avec Hummels et celle de Rabiot aujourd’hui ? A l’époque lorsqu’Hummels a clairement annoncé son choix à la direction Thomas Tuchel avait déclaré « Je m’en réjouis car maintenant sa position est claire. Nous souhaitons maintenant que cette volonté se transforme en décision concrète rapide. » Or aujourd’hui encore la situation de Rabiot est floue, compliquée. Le joueur avait promis à Tuchel de donner sa décision rapidement et il ne l’a pas fait. A Dortmund la logique sportive avait pris le dessus et le joueur avait gardé son brassard et continué à joueur jusqu’à son départ pour 35M. Au PSG il se voit privé d’un joueur qui quoi qu’on en dise pourrait l’aider, c’est une situation compliquée non ?

Bien sûr je pense qu’il y a deux logiques pour ce genre de situations qui sont délicates et qui arrivent de plus en plus souvent dans les clubs en Europe. Il y a une logique de groupe où tu as envie que ton joueur dise le plus vite possible quels sont ses plans. C’était notamment ce qui avait énervé Thomas Tuchel à Dortmund car Hummels parlait chaque été d’un départ avant même que Tuchel arrive. Donc il y a une logique de protection du groupe et du collectif, quand c’est un joueur comme Hummels ton capitaine, ou un joueur important comme Rabiot élevé comme symbole de la formation parisienne, on veut qu’il prenne sa décision le plus vite possible. La deuxième logique elle est sportive et cette logique-là Tuchel l’a respectée à Dortmund avec Hummels. Il avait envie de compter sur les qualités du joueur dans la mesure ou il était encore payé par Dortmund et que le club pouvait et voulait encore l’utiliser. Dans ce sens-là on peut imaginer que Tuchel aurait aimé pouvoir compter sur Rabiot mais en même temps si la première condition de prise de décision n’est pas respectée c’est une situation très difficile à gérer.

  1. D’un point de vue tactique, j’ai aussi l’impression que l’on peut faire un petit parallèle entre le Dortmund an 2 de Thomas Tuchel et le PSG.

Je m’explique, à Dortmund lors de la deuxième saison pour pallier les départs de joueurs importants comme Hummels et Gundogan qui entraînaient un manque de contrôle du jeu, Thomas Tuchel décide de passer à 3 défenseurs centraux, avec un joueur très doué comme Weigl devant la défense, et il utilise des joueurs comme Schurrle, Dembélé, Kagawa ou encore Gotze comme milieux « relayeurs ». Au PSG on a pu remarquer aussi ce manque de contrôle dû au fait que le club n’avait pas assez de milieux de terrain qui excellent dans ce domaine-là et on a pu voir Ney et ADM utilisés comme relayeurs, Marco seul devant la défense et une défense à 3 avec le rôle hybride de Marqui. Finalement il a de la suite dans ses idées ?

Oui absolument, je pense que l’on peut faire une vraie comparaison dans le sens où le point de départ est le même, c’est-à-dire que ce n’est pas un effectif que Tuchel a choisi et construit. Le point d’arrivée c’est une forte flexibilité tactique et beaucoup de joueurs réinventés ou repositionnés. On a vu Dembélé à Dortmund qui évoluait en tant que « relayeur », on a vu beaucoup de joueurs bouger entre les lignes, Gotze jouer beaucoup plus bas que prévu…

Au PSG il y a eu le même travail cette année dans le sens où l’effectif n’est pas forcément adapté aux modèles de jeu que Tuchel aimerait mettre en place. Je pense que l’on peut parler de déséquilibre cette année dans l’effectif parisien avec les carences au milieu de terrain.  Du coup le réflexe tactique de Tuchel est de mettre en place une défense à 3 qui permet d’avoir une structure et une vraie assise défensive avec le ballon et ensuite de construire le jeu plus facilement. La différence c’est qu’en termes de qualité l’effectif parisien est bien au-dessus de celui qu’il avait à Dortmund lors de la deuxième année où il devait compter sur énormément de jeunes qui n’avaient pas forcément l’exigence du très haut niveau et du coup il y avait beaucoup de hauts et de bas dans les performances.

  1. A Dortmund, on sait que la relation Tuchel-Mislinstat a été très tumultueuse. Tuchel est même allé jusqu’à interdire Mislinstat de centre d’entrainement. Il y avait eu des désaccords notamment sur les transferts d’Oliver Torres et Toprak. Il a aussi eu des relations compliquées avec entre H-J. Wazke et M. Zorc. Là aussi ça peut nous rappeler ce qu’il se passe au PSG avec le directeur sportif Antero Henrique non ? Leur relation ne semble pas être très bonne et on peut le comprendre après ces deux mercatos manqués. Est-ce que ce n’est pas un point sur lequel Tuchel doit évoluer, progresser et être un peu plus flexible ?

Je pense que c’est toujours l’un des défis numéro un d’une direction sportive moderne, c’est comment faire en sorte que le directeur sportif et l’entraineur travaillent ensemble. Je pense qu’en termes de ressources le Paris Saint-Germain est bien armé dans le sens où Antero Henrique est un directeur sportif très compétent qui a de l’expérience et que Tuchel est un entraineur très compétent. Visiblement les deux pour l’instant ont des intérêts différents. A Dortmund c’était déjà le cas, ce n’était pas un problème personnel il me semble mais plus une divergence d’intérêts. Dortmund avait une stratégie sur le long terme, Tuchel avait des ambitions sur le court terme, du coup les deux avaient du mal à converger. A Paris je pense que la situation est un petit peu plus complexe, il y a l’air d’avoir des luttes d’influence en interne et c’est sûr que ça ralentit le PSG.

  1. Mais on a l’impression que T. Tuchel a bien plus de poids qu’il n’en avait à Dortmund non ?

Le fait d’avoir été nommé par l’Emir lui donne bien sûr une légitimité importante, et puis après de manière générale je dirais que le fait que le club ne lui a pas donné les conditions nécessaires pour atteindre ses objectifs jusqu’à maintenant lui donne une sorte d’ascendant politique et dans les médias.

  1. On a l’impression que Tuchel a toujours été un coach qui a dû s’adapter à des situations compliquées. A Mayence il devait constamment s’adapter aux réalités économiques de son club et au niveau de ses joueurs ce qui a pu freiner ses ambitions. A Dortmund lors de la deuxième saison il a dû faire face aux importants départs de joueurs cadres de son système (Hummels, Gundogan, Mkhitaryan) et reconstruire avec de nombreux nouveaux joueurs. Et là au PSG, alors que l’on pouvait croire qu’il aurait sans doute eu plus de latitude niveau effectif, il se retrouve avec un effectif déséquilibré et très court, manquant de joueurs fiables comme il le dit lui-même et devant faire face aux blessures. Est-ce qu’il trouvera les moyens de s’en sortir ?

Je pense que c’est intéressant de voir que dans le livre on liste et on raconte tous ses défis managériaux, institutionnels ou sportifs qu’il a dû surmonter et c’est justement cette expérience qu’il a emmagasinée jusque-là qui peut lui permettre d’interpréter de la meilleure des façons les défis que le PSG lui propose. A Mayence il avait des défis financiers à surmonter chaque été et là pour le coup il s’entendait très bien avec le directeur sportif Christian Heidel. A Dortmund il a eu des défis institutionnels à surmonter et finalement ce n’est pas lui qui a quitté le club, il avait envie d’aller au bout de son contrat mais c’est le club qui s’est séparé de lui. Je pense que dans ce sens là il est bien plus expérimenté de par son expérience de joueur et de formateur et ça lui permet d’être très armé pour le Paris Saint-Germain par rapport à tout ce qu’on pouvait penser en mai quand il était arrivé et que la presse avait surtout regardé son palmarès. C’est quelqu’un qui je pense ne ressent pas forcément le besoin de gagner la Ligue des Champions pour valider sa carrière et qui pour l’instant a toujours rempli les objectifs qu’on lui a imposés dans chacun de ses clubs.

  1. On voyait Tuchel comme un entraineur dogmatique, attaché à une philosophie de jeu qui est la sienne et qui aurait du mal à proposer autre chose. Mais en fait c’est presque tout le contraire non ?

Oui absolument, il est très intelligent pour s’adapter que ce soit dans sa communication ou sa façon de traiter les joueurs. Je pense que même si on parle d’adaptation de ses idées c’est quelqu’un qui reste authentique. Le livre raconte vraiment un homme de vestiaire qui a beaucoup d’expérience dans le foot, qui a grandi comme un footballeur et qui du coup n’a pas besoin de mentir lorsqu’il est autour de ses joueurs.

  1. On nous a souvent présenté Tuchel comme un entraineur très strict, très autoritaire, ne laissant aucun répit à ses joueurs mais depuis qu’il est au Paris Saint-Germain on voit un entraineur souriant, adepte de la câlinothérapie et donnant beaucoup d’amour à ses joueurs. Est-ce une façon de dire aux joueurs « Voilà je vous donne beaucoup mais en retour je veux que vous me le rendiez x1000 » ?

Oui, je pense qu’il a compris que ça fonctionnait dans ce sens-là et que si tu veux imposer ton autorité il va falloir que tu réussisses à convaincre les joueurs avec des arguments très opérationnels, avec des tactiques très différentes, mettre beaucoup de rythme, avec une série de victoires importante, et que le jour où cette autorité se rompt tu peux difficilement rebondir. Du coup il a pris l’option de plutôt gagner la confiance de ses joueurs pour faire en sorte qu’ils l’écoutent quand il souhaite leur transmettre des informations. C’est très souvent des causeries très très fortes avec des consignes très courtes pour expliquer ce qu’est la tactique, c’est la méthode qu’il a choisie.

  1. Sur quoi te baseras-tu après le passage de l’Allemand à Paris pour dire qu’il aura fait grandir ou pas Paris ?

Malheureusement pour le Paris Saint-Germain ça sera surtout sur les performances de l’équipe en Europe que l’on va les juger. Ce serait incroyable de réussir à imposer une culture de travail telle que le PSG jouerait avec la même intensité en Europe et sur le plan national. Mais je pense que le premier facteur à analyser sera les performances du PSG en Europe. Je pense que l’on ne devrait pas parler de huitième de finale, quart ou demi-finale en Ligue des Champions mais surtout analyser la manière dont l’équipe se comporte lors de ces grandes échéances là.

  1. Pour finir, si tu devais présenter Thomas Tuchel a quelqu’un qui ne le connait pas, quels seraient les 3 matchs que tu lui montrerais?

Ah ça c’est dur, c’est une bonne question ! Je dirais Wolfsburg-Mayence lors de sa deuxième saison, l’équipe remonte un 0-3 pour s’imposer 4-3 au final. Je parlerais aussi de la finale contre Dortmund en U19 avec Mayence, parce que là tu vois vraiment l’impact d’un footballeur et je pense que c’est vraiment le titre qu’il préfère. Quand il part de Mayence il raconte que cette équipe là n’était pas forcément la plus talentueuse mais c’est juste qu’il les a fait travailler de manière tellement intense pendant une saison que cela a porté ses fruits et c’était en plus face à une génération dorée de Dortmund. Et ensuite en troisième la demi-finale contre le Bayern en Coupe d’Allemagne gagnée après l’incident du bus en Ligue des champions. Parce que cela montre qu’il a réussi à maintenir l’énergie dans le vestiaire, que le groupe réussit à toujours être ensemble et à bosser ensemble alors que le contexte est absolument ahurissant.

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Crédits photos : FRANCK FIFE / AFP

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