United Managers : un pour tous, tous contre eux ?

Permettre à des milliers d’internautes d’être coachs d’une véritable équipe à distance, voici le projet de Frederic Gauquelin, CEO de United Managers. Avec un système de coaching collaboratif, la société s’est associée à l’Avant-Garde Caennaise, club de R1, qui a été dirigée par 3200 coachs depuis des mois. Oui, mais. Depuis décembre dernier et un changement des règlements fédéraux de la FFF, le projet vit une période plus complexe. Interviewé la semaine dernière, Frederic Gauquelin revient pour nous sur le concept, les déboires actuels mais aussi les projets pour l’avenir. 

« J’ai eu cette idée là en 2000 et ça a vu le jour en 2002, sous le nom de Web Football Club. A l’époque, on ne gênait personne. On a joué 4 saisons, on est monté trois fois et j’avais presque 17 000 « entrainautes ». Au bout de quatre ans, je faisais vivre le projet avec mon salaire de prof d’EPS et le projet s’est essoufflé financièrement. C’était au moment de la bulle internet, les gens doutaient d’internet, c’était compliqué, sans doute un peu tôt. Il y a trois ans, avec deux potes, on s’est dit que c’était toujours une bonne idée et encore plus d’actualité. L’idée était de se donner les moyens.

Le concept ? C’est du coaching collaboratif. On a trois entités : les joueurs, le staff et nos Umans (les coachs virtuels, ndlr). Il y a une appli qui permet de communiquer et de mettre en place les conditions pour gagner. Toutes les décisions qu’un coach prend habituellement seul sont ici prises avec 3 200 personnes. Le coach est un Uman mais n’a pas un poids plus gros qu’un autre. Mais il a un droit de veto. Pas question de nous mettre l’attaquant de pointe gardien ou inversement. Les Umans n’ont, eux, pas tous le même poids les uns par rapport aux autres. Le poids dépend de la pertinence au fur et à mesure des matchs. A terme, l’idée est de pouvoir capter les matchs de la B, des U19, afin qu’on puisse décider si certains peuvent être testés en équipe une. »

Les matchs, oui. Mais qu’en est-il du recrutement ? Là aussi, Frédéric Gauquelin a des idées bien tranchées sur ce qu’il souhaite proposer à ses Umans.

« Le recrutement est soumis au vote. On compte d’ailleurs permettre à nos Umans de nous proposer des joueurs qu’ils estiment aptes à améliorer l’équipe. Un Uman qui habite au fond du Cantal peut nous présenter une future pépite. On va essayer de profiter de l’intelligence collective et du maillage géographique qu’on représente. En ce moment, on perd de l’énergie sur les polémiques mais des idées de développement, on en a. On a pondu un beau bébé qui tourne bien, mais d’un côté, on a envie qu’il nous échappe, que la communauté s’en empare. Mais je ne veux pas qu’on perde de vue deux aspects : que nos joueurs soient heureux dans l’aventure et qu’on ait des résultats sportifs. »

Jusqu’ici, l’idée semblait faire son chemin. Le site regroupe à ce jour 3200 Umans, et côté sportif, ils semblent tous être des Pep Guardiola en puissance, l’équipe occupant pour le moment la première place de sa poule de Régional 1, avec quatre points d’avance sur le second.

Sauf que ce système collaboratif ne fait pas que des heureux, notamment du côté des adversaires. En août dernier, un premier coup est asséné au projet : l’impossibilité de diffuser en direct les matchs. Pire, en décembre, la FFF fait évoluer ses règlements fédéraux. Apparaissent alors deux nouveaux problèmes : le statut du coach et la retransmission même des matchs.

« Le coaching collaboratif, la FFF n’en veut pas. L’avant garde caennaise est en R1 pour la première fois de son histoire, 6ème division française. L’équipe est arrivée dans une cour où elle devait se taire, ne pas avoir d’ambitions sportives. Nous, vu l’ardeur qu’on met dans le projet, on veut que ça marche, on a fait un recrutement digne de ce nom. Ça n’a pas plu du tout aux clubs qui voulaient monter en N3 cette année. La FFF torpille un projet qui n’est pas là pour faire de mal, qui fait la promotion du foot amateur, qui est vecteur de paix entre le club et ses supporters … On devrait être félicités mais au lieu de ça, on nous traite de voyous.

Les clubs adverses ont émis des réserves comme quoi nos Umans n’ont pas le diplôme de coach. Sauf que le CTR nous avait reçus, avait trouvé ça super. Julien Le Pen, le coach, conserve toutes ses prérogatives en match. Mais non, c’est considéré comme une tierce partie par la FFF. Si ça s’applique à tout le monde, certains vont avoir des surprises, et à tous les niveaux.

Concernant les droits de retransmission, c’est désormais les ligues qui ont le pouvoir de décider. A ma connaissance, aucune ligue n’a réagi aux changements de statuts, sauf la Normandie. En août, la poule A de R1 de la Ligue de Normandie avait reçu l’interdiction de filmer ses matchs. La seule poule de France ! Là, ils ont écrit un courrier pour interdire le direct. En Normandie, on ne peut pas diffuser les matchs en direct.

En juillet 2017, on avait eu l’autorisation. On avait présenté le projet au président de la Ligue de Normandie, en leur exposant les possibles problématiques des droits de retransmissions. On nous avait répondu que les droits n’étant pas exploités, il n’y aurait pas de problème. Que l’entraîneur étant diplômé, personne ne serait inquiété. Et maintenant, la FFF déjuge tout ça. En début de saison, il y a eu une fronde des clubs, 4 clubs ont posé une réserve sur les 11 affrontés, on a eu un crime de trop de recrutement. »

Malgré tout, le projet United Managers semble perdurer. Frédéric Gauquelin reste optimiste malgré l’amertume de perdre l’une des clés de son bébé.

« On propose l’intégralité des matchs en différé. On ne peut pas proposer le coaching collaboratif en direct, c’est triste car nos Uman discutent via Discord pendant le match avec le coach adjoint, et se mettent d’accord sur la tactique à adopter : pressing, contre-attaque, bloc haut, bloc bas … Changements tactiques, de joueurs, prise en strict d’un tel joueur, tout est possible, c’est soumis au vote. Tout ça, on va le perdre sans la diffusion en direct. Et c’est dommage car quand on connaît le résultat, c’est difficile de regarder derrière le match. »

Depuis l’interview, l’équipe de United Managers a publié un communiqué dans lequel elle précise son avenir à court terme : diffusion des matchs en différé et suspension du coaching collaboratif. Un pas fait dans le sens des changements de règlement qu’ils contestent sur le plan juridique.

https://twitter.com/UManagers_fr/status/1097457824785989632

En attendant que soit statué ce souci, l’AG caennaise poursuit son rêve d’accession en N3. Ce week-end, ils reçoivent l’AF Virois, leur dauphin, afin d’accentuer encore un peu plus leur première place. Car comme le rappelle Frédéric Gauquelin : « L’avenir sportif se jouera quoi qu’il arrive sur le terrain. Certains adversaires qui ne veulent pas qu’on diffuse nos matchs nous regardent, ils peuvent nous analyser. On est encore plus facile à battre ! J’espère que la FFF va comprendre qu’on est là pour le bien du foot, qu’on n’est pas là pour faire de mal à quiconque. On crée des emplois à notre niveau. »

Pour découvrir le projet United Managers, c’est ici que ça se passe.

Crédits photos : united-managers.com

Je mène un combat vain contre le corporatisme et les magouilles dans le football français