Bernardo élimine David Silva, résiste à la charge de Leroy Sané, assène un petit pont de toute beauté à la légende vivante du club Yaya Touré, avant de distiller un amour de ballon pour Radamel Falcao. En ce soir de 21/02/17, Bernardo Silva venait déjà de marquer son territoire. Il venait de prendre possession d’un jardin qui sera le sien quelques semaines plus tard. Un jardin qui le verra grandir et devenir une référence à l’échelon mondial. Ces premiers pas foulés dans cet antre ont littéralement marqué les esprits. Une prestation qui sonne comme les prémices d’une relation idyllique entre le jeune prince Portugais et le maestro Catalan Pep Guardiola.

Retour sur la jeune carrière déjà bien garnie du petit génie Portugais, dont la réputation ne cesse de croître dans le monde du football.

Une histoire d’amour en principauté

Natif de Lisbonne, Bernardo fait ses classes dans le club légendaire du Benfica. Il y restera 13 saisons. En 2013-2014, ses performances remarquées avec la réserve du club Lisboète ne passent pas inaperçues. Il est en effet nommé révélation de l’année en deuxième division. Une belle prouesse pour ce jeune de 19 ans, qui commence à sortir le bout de son nez dans le football portugais. Malheureusement, son histoire d’amour avec Benfica tourne court, et il plie bagages pour Monaco en 2014.

Arrivé dans la peau d’un jeune joueur en quête de temps de jeu, il ne se fait pas prier pour gagner une place dans l’effectif monégasque. Une équipe où un certain entraîneur Portugais, arrivait en provenance de l’autre club de Lisbonne, le Sporting Portugal.

Malgré une technique nettement supérieure à la moyenne, il fut compliqué pour Bernardo de sortir du lot dans une équipe qui connaissait un début de saison en demi-teinte. Couplé à cela, c’était un jeune joueur, qui devait s’adapter à une langue, une culture différente, mais aussi un style de jeu qui changeait radicalement avec celui pratiqué en Liga Portugaise. Mais petit à petit, l’oiseau fit son nid, et le jeune prodigue Portugais prit de plus en plus ses marques avec ses coéquipiers. Quoi de mieux pour lancer son aventure Monégasque que de marquer le but victorieux face à l’OM de Bielsa en Décembre 2014. Une prestation rondement menée par Bernardo et ses coéquipiers, et qui aura son importance en fin de saison, puisque Monaco grillera la politesse aux Olympiens et finira sur le podium, synonyme d’accès aux barrages de la Ligue des Champions.

En outre, une première saison extrêmement intéressante ponctuée de 9 réalisations et 3 passes décisives pour son premier exercice dans le championnat Français. Une saison d’autant plus savoureuse puisqu’il découvrira la plus prestigieuse des compétitions. Cette année-là, les troupes de Jardim déjouèrent tous les pronostics et se hissèrent jusqu’en quarts de finale, après avoir notamment éliminé les Gunners d’Arsène Wenger au tour précédent. Ils sortirent la tête haute de la compétition face aux futurs finalistes de cette édition 2015, la Juventus.

Après quelques départs au mercato estival, l’effectif Monégasque se retrouva amoindri à l’aube de la saison 2015-2016. Une saison mi figue-mi raisin, malgré une nouvelle qualification pour les barrages en Ligue des Champions. Une saison contrastée pour Bernardo Silva, malgré des statistiques honorables, en attestent ses 7 buts inscrits en Ligue 1.

Une saison d’anthologie

Vint alors cette fameuse saison 2016-2017, qui restera dans les annales chez les supporters Monégasques. Le mercato estival fut très ciblé, notamment sur le plan défensif, et Radamel Falcao décida de rester sur le Rocher afin de relancer une carrière en stand-by. Un « fada » de Marseille débarqua cet été-là, un certain Benjamin Mendy, avec qui Bernardo se liera d’amitié.

Cette saison fut magistrale, l’AS Monaco déjoua tous les pronostics, et remporta contre toute-attente la Ligue 1. Une performance historique et remarquable pour un club qui figurait 4 ans plutôt en Ligue 2. Monaco ne fit pas les choses à moitié, et se hissa jusqu’en demi-finales de Ligue des Champions, en éliminant notamment Manchester City et Dortmund sur sa route. Clin d’œil du destin, ce sont une nouvelle fois les hommes de Max Allegri qui se mettront sur le chemin des Blanc et Rouge.

Tout en y ajoutant, une finale en coupe de la Ligue, malgré une cinglante défaite face à un Paris Saint Germain revanchard, après la remontada concédée quelques semaines auparavant. Mais Bernardo Silva dans tout ça ? Le numéro 10 Portugais aura fait étalage de toute sa classe, et prouvé dans les moments cruciaux de la saison. Comment oublier son but ô combien précieux au Parc, une réalisation d’une importance capitale pour le titre. Ou encore, bien plus tôt dans la saison, ce but somptueux inscrit face au sous-marin jaune Villareal, qui enverra Monaco en Ligue des Champions, laissant place à une aventure européenne mémorable.

Dépositaire du jeu, dans une équipe tournée vers l’attaque, en témoignent les 107 buts inscrits en championnat, Bernardo Silva était la clé de voûte de l’animation offensive Monégasque. Positionné à droite du 4-4-2 à plat instauré par Jardim, il avait beaucoup de liberté et était un véritable électron libre quand l’ASM avait la possession du ballon. Pas avare en efforts, il n’hésitait pas à accomplir beaucoup de tâches défensives pour épauler Djibril Sidibé, ou le milieu de l’AS Monaco. Capable de varier son jeu entre des débordements de toute beauté (un certain numéro 11 doit encore en faire des cauchemars) ou entrer à l’intérieur, il créait un danger permanent pour ses adversaires. Par ailleurs, il soigna ses statistiques, et fut impliqué dans 21 buts cette saison-là.

Outre toutes ces prouesses de haute volée, il prouva qu’il était capable de tenir la dragée haute aux meilleures équipes. Son but contre le Paris Saint Germain, contre Marseille, mais aussi ses masterclass à répétition face à Man City ou Dortmund, illustraient son changement de dimension.
En dehors du terrain, il était déjà apprécié de ses coéquipiers. Véritable patte, il se faisait déjà chambré par celui qui deviendra son acolyte, Benjamin Mendy. Travailleur acharné, modeste, souriant, ce joueur, ce monsieur avait complètement séduit le monde du football français. Un football français qui s’apprêtait à perdre un joyau, convoité par l’Europe entière, au même titre qu’une grande majorité de l’effectif de Monaco.

Pisté par les deux Manchester, Bernardo Silva décida de rallier City, une décision qu’il n’allait pas regretter. C’est ainsi, que le 26 Mai 2017, Bernardo parapha un contrat de 5 ans, pour une indemnité avoisinant les 50 millions, pouvant aller jusqu’à 70 millions d’euros avec bonus. Une affaire en or, au vu des montants vertigineux pratiqués sur le marché des transferts. Son fidèle associé Français le rejoindra quelques semaines plus tard, pour un montant relativement similaire. Une relation particulière qui unit les joueurs depuis leur rencontre sur le Rocher monégasque.

Une année de découverte

Après une saison d’expérimentation, et de découverte du championnat anglais et de ses spécificités, Pep Guardiola était attendu au tournant. L’apport de plusieurs jeunes joueurs à fort potentiel venait étoffer une équipe qui en avait sacrément besoin pour être en adéquation avec les objectifs élevés fixé par le board.

Le secteur offensif des Citizens était pléthorique. Sterling, Sané, De Bruyne, David Silva, Aguero, Gabriel Jesus pour ne citer qu’eux, la concurrence était âpre et il fallait mettre les bouchées doubles pour espérer faire parti du 11.

Forcément, Bernardo Silva débarqua dans la peau d’un remplaçant, qui cherche à grapiller le plus de temps de jeu possible en fin de match. Il commença donc la saison sur le banc, et essaya de s’illustrer balle au pied avec le peu de temps de jeu qui lui était accordé. Néanmoins, il séduisit d’emblée par sa finesse, et son aisance technique, mais peina à s’adapter à l’engagement physique et l’intensité à toute épreuve du championnat anglais. Sterling et Sané lui furent préférés sur les ailes, et David Silva et Kevin De Bruyne marchaient sur l’eau dans l’entrejeu des SkyBlues. Mais Bernardo prit son mal en patience, et redoubla d’efforts pour performer les jours de matchs. Petit à petit, son temps de jeu gonfla, et de manière irrémédiable, ses statistiques suivirent le même chemin. Titulaire dans les coupes nationales et dans les matchs de seconde zone, il se montra décisif et en progrès permanent, ce qui eut le don de plaire à son entraîneur. Il verra son temps de jeu augmenter de manière exponentielle au fur et à mesure de la saison.

Il conclut cette première saison à 9 buts et 10 passes décisives. Des statistiques respectables pour une première saison outre-manche, auréolé d’un titre de champion, et d’une Carabao Cup. Les hommes de Pep auront éclaboussé les pelouses anglaises de leur talent en battant notamment le record de points en Premier League, à savoir, 100 points. Une saison ancrée dans les mémoires, et une armoire à trophées qui continuait à bien se remplir pour le génie portugais.

Un parcours avec la Seleção mitigée

Dans la foulée de cette première saison réussie sous les couleurs des SkyBlues, Bernardo Silva s’envola en Russie avec le Portugal. Une sélection pleine d’espoir après avoir glané au nez et à la barbe des Bleus, l’Euro en 2016. Une compétition à laquelle Bernardo n’a pas pris part en raison d’une blessure contractée en fin de saison avec son club. Une blessure, qu’il voulait cicatriser en soulevant le Mondial en Russie. Néanmoins, en dépit d’une 2ème place obtenue derrière leurs voisins Espagnols, le séjour Russe fut écourté dès les 8èmes de finale. Ils s’inclinèrent face à l’Uruguay de Luis Suarez, et virent leurs chances de soulever leur premier mondial s’envoler. A l’image de son équipe, il livra une copie mitigée, pleine d’amertume et de regrets.

Une grande saison à accomplir

Mais Bernardo Silva ne renonce jamais, et aspire à aller continuellement de l’avant. En raison de la blessure de leur maître à jouer, Kevin de Bruyne, Bernardo savait qu’il avait un rôle prépondérant à jouer en ce début de saison 2018-2019. Une saison où Bernardo allait laisser son statut de prince, pour chercher la couronne qui lui va si bien. Repositionné dans le cœur du jeu, il fut l’auteur d’une prestation XXL lors du Community Shield face à Chelsea. Pep apprécia, et le reconduisit inlassablement à ce poste. Placé en relayeur, devant Fernandinho, Bernardo prit un malin plaisir à faire circuler le ballon, à donner des galettes aux ailiers virevoltants, mais aussi à presser comme un dératé tout en se muant comme un véritable gratteur de ballons. Il est devenu un joueur complet à bien des égards.

C’est ce qui fait de lui un joueur unique, et spécial. Offensivement, il a gardé son sens du but, délivre toujours autant de ballons précieux, et est déjà impliqué dans plus de 15 buts. Véritable pierre angulaire du jeu de son équipe, il est d’une tranquillité et d’une sérénité à toute épreuve, et dispose d’une qualité de passe à en faire frissonner plus d’un. Mais son évolution dans le jeu sous Pep, passe énormément par son abattage et son activité. Pressing de tous les instants, harcèlement des milieux adverses, tacles, récupérations, il a su étoffer sa palette de jeu, et devenir un joueur indispensable de l’équipe Citizen. Son match sensationnel face à Liverpool en est le parfait exemple.

Pas une mince affaire, quand on regarde la concurrence à son poste. Bernardo est probablement le premier nom que son coach coche avant les matchs. Un entraîneur sous le charme, qui ne cesse de louer et d’encenser son petit protégé.

https://twitter.com/beinsports_FR/status/1098243882024865794?s=19&fbclid=IwAR13c0nyPQIsh1xPe9BDOq0TqsfCM16lpFKvcfofb1Hh3PHZjPF30JuxdCM

Couvert de louanges et de récompenses, en atteste son titre d’homme du match face à Chelsea en Carabao Cup, Bernardo Silva vit un conte éveillé, et peut se mettre à rêver encore plus grand.

https://twitter.com/BernardoSNews/status/1099781614706610181?s=19&fbclid=IwAR3BbB_Q-OiUk1KJk70ApI0nPKcNeckN4_UUBVpP33qxhcvs3A-O3ouDyl0

C’est l’un des joueurs les plus talentueux que j’ai jamais vu dans ma carrière de manager. Pep Guardiola

A l’aube du sprint final en Premier League, Manchester City est toujours en lice pour réaliser un quadruplé historique. Après une fin d’année 2018 difficile, les Citizens ont su renverser la vapeur et récupérer leur 1ère place du championnat. S’ils venaient à faire le back to back, Bernardo Silva aurait de grandes chances d’être élu meilleur joueur de l’année en Premier League, et pourrait succéder 11 ans plus tard à Cristiano Ronaldo. Ce serait un accomplissement, et une récompense justifiée pour un jeune joueur qui fournit un travail admirable au quotidien, et qui ne cesse de surprendre les observateurs du ballon rond. Un joueur qui apporte une véritable bouffée d’air frais et qui rappelle que le sérieux et l’humilité sont des valeurs essentielles à la réussite dans la vie et dans le sport. Un caractère irréprochable, et une sympathie difficilement égalable, qui font de ce joueur, de cet homme, un exemple pour les jeunes pousses de demain.

L’avenir s’annonce radieux pour le petit diamant de Lisbonne.

Au fil du temps, le jeune Lisboète aura glané au mérite et au talent, un statut éternel de prince de Monaco, avant de viser une place tant convoitée, celle de siéger doucement mais surement sur le trône d’Angleterre, avec la couronne qui lui revient.

Crédits photos : Lindsey PARNABY / AFP

Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?