Quelles nouvelles règles de jeu pour le football?

Face aux inexorables professionnalisation, sur-libéralisation et sur-marchandisation du football, la question de l’évolution de ses règles se pose régulièrement. Entre corollaire inévitable des temps nouveaux et conservation de l’âme originelle, difficile, pourtant, de s’y retrouver.

Pourquoi faudrait-il que ce soit FIFA, EA Sports, qui ait l’apanage des innovations? Pourquoi donc est ce qu’il faudrait que le football soit un milieu si conservateur?”. Ces quelques mots de Jacques-Henri Eyraud, dont l’imprégnation néo-libérale sonne comme une évidence aux oreilles de ceux qui connaissent la politique, n’ont pas manqué de faire réagir.

Pire, en évoquant une règle qui consisterait à attribuer deux buts en cas de frappe de plus de trente mètres, ce sont les moqueries qui se sont abattues sur le désormais décrié président marseillais.

Pour autant, de nombreuses réformes du football sont amenées à apparaître dans les années à venir. Et notamment pour ce qui est des règles du carré vert elles-mêmes.

Un bref historique est utile et la FIFA s’en est donnée à coeur joie.
Cette évolution à travers les années permet notamment de réaliser qu’à l’origine, on ne pouvait pas faire de passe en avant (comme au rugby!), qu’il a fallu attendre 1958 pour voir la possibilité d’effectuer des remplacements pour des raisons tactiques et, changement marquant pour bon nombre, l’interdiction pour le gardien de prendre le ballon à la main sur une passe en retrait.

Interrogeons-nous sur les éventuelles nouvelles réformes à apporter au règles de jeu du football. À ce titre, si différentes pistes se dégageaient, elles devraient être guidées par un objectif et une contrainte : rendre au football son statut de jeu dont l’essence est le plaisir et la finalité la victoire sans pour autant le dénaturer.

La première nouvelle règle pourrait concerner le jeu défensif. On observe régulièrement le gardien, lorsque son équipe mène, prendre son temps pour ramasser le ballon à la main lorsqu’il est dans sa surface. L’attaquant adverse doit alors venir courir auprès de lui pour que le gardien se décide, finalement, à s’allonger sur le cuir, le prendre à la main et le dégager. Interdire au gardien, que ce soit à la main ou au pied, de pouvoir garder le ballon dans sa surface plus de 6 secondes constituerait un changement certes mineur mais qui s’inscrirait dans cette logique de respect de l’âme du football et de la lutte contre l’anti-jeu.

La seconde nouvelle règle serait relative à cet aspect particulier du football que sont les coup-francs. Il serait décemment envisageable de repousser à 11 mètres (contre 9,15 actuellement) le positionnement du mur par rapport au tireur. Un tel changement, qui peut là aussi paraître mineur, apporterait probablement plus de chance pour le tireur de réussir.

La troisième nouvelle règle serait relative aux changements. Un 4ème changement ne serait pas de trop, d’autant plus qu’il est désormais accordé en prolongations dans de nombreuses compétitions. Il permettrait, probablement, d’accorder plus de marge de manoeuvre aux entraîneurs. Un problème se pose néanmoins puisque cette règle pourrait permettre de verrouiller encore un peu plus le schéma défensif d’une équipe.

La quatrième nouvelle règle pourrait consister en une forme de bonus offensif. Ce système, qui existe déjà au rugby, permet de grappiller des points supplémentaires. Au football, il pourrait permettre aux équipes qui ont marqué le plus de buts d’être récompensées d’une façon ou d’une autre. Si ce n’est peut être pas par l’attribution d’un point, ça pourrait l’être par une revalorisation supplémentaire de la différence de buts par exemple. Ainsi, une victoire 3-0 accorderait un 3 points et +5 à l’équipe qui obtient ce bonus, celui-ci accordant donc 2 points supplémentaires à la différence de but.

La cinquième nouvelle règle serait relative au cas du but à l’extérieur. Dans les compétitions au format aller-retour, cette règle a, bien souvent, conduit des équipes à verrouiller et d’autres, de par le simple fait qu’elles aient marqué à l’extérieur, se qualifier malgré un score équivalent à un match nul. La suppression de cette règle entraînerait la recherche de but supplémentaire et donc une réouverture du jeu.

La sixième nouvelle règle est liée à la cinquième. Avec la suppression des buts à l’extérieur, le nombre de prolongations devrait augmenter. Pour aller plus loin encore et inciter les équipes à jouer la carte de l’offensive, l’établissement de la règle du but en or dans les prolongations d’un match aller-retour pourrait être une idée à envisager, quand bien même elle pourrait aussi comporter le risque d’une crispation des deux équipes et donc d’un verrouillage. Elle rétablirait ce qui fait l’essence du football, à savoir le drame, la tension et la pression.

En ce qui concerne les autres évolutions, elles pourraient se faire sous d’autre angles que ceux de la contrainte. Ainsi la qualité de la pelouse, qui favorise le jeu, est déjà valorisée par le championnat des pelouses. Si l’idée est agréable, son effectivité est très limitée et devrait faire l’objet d’une progression.

L’évolution du football est donc en jeu. Si son organisation est discutée, la qualité de son jeu et le spectacle proposé doivent aussi faire l’objet d’une réflexion et les différentes pistes proposées plus haut ont toutes pour ambition de renforcer le côté spectaculaire du ballon rond. Le drame et les sensations qui l’accompagnent, en ce qu’ils sont partie intégrante de la magie du sport, doivent être eux aussi préservés et c’est dans cette optique que les 6 règles ci-proposées pourraient garantir la nécessaire évolution d’un sport bi-centenaire mais aussi – et surtout – le maintien de son âme.

Quant à vous, lecteur, quelles seraient vos idées et réflexions pour un football toujours plus spectaculaire et consacré au jeu?

Crédits photos : Boris HORVAT / AFP

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