En fin de contrat le 30 juin, Rolando va quitter l’OM dans le silence d’une montre suisse. Un véritable pincement au cœur pour les amoureux du Front de bois qui n’oublieront pas son passage.

A l’heure de la grande lessive annoncée par Jacques-Henri Eyraud, il y a longtemps que l’anti-linge délicat a préparé ses valises. Si les dossiers sont légion sur le bureau du président (choix d’un nouvel entraîneur, ventes potentielles de Thauvin, Kamara, Sanson et Gustavo, évolution des fonctions de Zubizarreta…), le cas de Rolando est acté depuis le mois de février. Son compteur s’est donc arrêté à 123 matchs en quatre saisons sur le bord de la Méditerranée, dont une campagne d’Europa League 2017/18 homérique ponctuée par une finale qu’il n’aura pas jouée après avoir qualifié les siens au bout des prolongations à Salzbourg.

« Tu ne couperas plus de bois, Rolando bûcheron… »

Cruel. Après s’être fait un nom à Porto et effectué des piges en Italie (Naples, Inter), le destin olympien du Portugais s’est arrêté le 2 février 2019, jour d’une défaite de trop à Reims. Pointé du doigt en Champagne-Ardenne, Rolando a vu la voie se refermer une semaine après, au profit de la jeune charnière Kamara – Caleta-Car. Depuis, le héros de Salzbourg a été cantonné aux dimanches en famille, au banc de touche ou à la tribune jusqu’à la fin de la saison.

Une période de quatre mois durant laquelle le collectif aura beau avoir surfé sur une série d’invincibilité, il se sera contenté de faire illusion avant d’échouer à la 5e place du championnat. Mémorable la saison dernière, l’OM de Rudi Garcia a raté le jour d’après.

Revenu à la compétition début novembre, Rolando, lui, a coulé alors que son entraîneur comptait sur le retour de son colosse pour reconstruire une digue devenue trop friable. Jamais épargné par les critiques, c’est son corps qui a fini par lâcher. Trois jours après la finale perdue face à l’Atlético, le sort a ciblé son tendon d’Achille pour faire vaciller l’international aux 21 sélections. Ce 19 mai 2018, l’OM fait le nécessaire en battant Amiens tandis que Lyon fait le job et assure la 3e place. La 38e journée de la saison 2017/18 accouche d’un statu quo sur le podium, le club de Frank Mc Court rate la marche et retrouve l’Europa League. Gentlemen, les dirigeants prolongent d’un an le bail du défenseur quelques minutes après qu’il ait quitté la pelouse en boitant sous les applaudissements du Vélodrome. Verdict : rupture totale et six mois d’arrêt. Front de bois ne s’en relèvera pas.

L’ombre, toujours

Condamné à vivre une fin de saison sans enjeu depuis la claque prise contre Lyon, l’ex-futur club de Jack Kachkar a ponctué cet exercice par une victoire anecdotique contre Montpellier. L’avant-match avait sans doute davantage cristallisé l’attention que cette dernière sortie. Posté devant les journalistes aux côtés de JHE, en conférence de presse, Rudi Garcia a annoncé qu’il ne serait plus sur le banc phocéen l’année prochaine. Quelques mots et un début de bilan en haut duquel figurent ses problèmes récurrents en défense centrale. Le technicien avait beau avoir mobilisé son staff pour retrouver un de ses tauliers, le résultat n’a pas été à la hauteur le moment venu.

Alors que retenir du bail de Rolando Jorge Pires da Fonseca en Ligue 1 ? Ce front, oui. Ses souffrances, aussi. Mais surtout la puissance de la doxa… La France du foot a cette tendance chronique à étiqueter les joueurs ; de telle sorte que Rolando rime avec bourrin ou pieds carrés tandis qu’on s’appuie notamment sur son leadership et sur son vécu en interne. À ne pas classer avec la triplette Hubocan – Abdennour – Sertic, son aventure aura été empreinte de régularité malgré trois changements d’entraîneur sur fond d’incertitudes et d’attentes permanentes. Affublé d’un sourire en forme d’oxymore, l’athlète né au Cap Vert avait failli convaincre Fernando Santos de l’embarquer en Russie. Alors que les gros du vestiaire ont fait du bruit pour annoncer qu’ils ne comptaient pas quitter le cocon marseillais, Rolando part dans l’indifférence générale. A 33 ans, son avenir est un grand point d’interrogation. Sept trophées – tous remportés avec Porto –, ce ticket pour la finale de Coupe d’Europe, cette anagramme et cette putain de surface qu’on décrit comme un front… Mercé !

David Guitton

Photo crédits : Boris HORVAT / AFP

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