Sunderland : après Netflix, comment renaître ?

Sunderland est certainement le club de football de 3e division nationale le plus connu à travers le monde. Sa riche histoire (six fois champion d’Angleterre, dont cinq avant 1914) parle aux connaisseurs du ballon rond, mais la série Netflix « Sunderland ’til I Die » a apporté une nouvelle popularité à un club pourtant bien mal en point.

La descente aux enfers des Black Cats

Sunderland jusqu’à la mort. Le nom de la série-documentaire que le géant numérique Netflix a consacré aux Black Cats est évocateur. Pendant huit épisodes, le spectateur se retrouve plongé dans une ambiance typiquement anglaise, qu’on croirait presque sortie du dernier film de Ken Loach. Digne hommage à la douce folie des supporters britanniques, la série fut et est encore un vrai succès. Si bien que Netflix prépare avec le club de Sunderland une deuxième saison.

Car c’est vrai, l’histoire des Black Cats est palpitante – du moins, d’un point de vue cinématographique. Elle raconte la douloureuse chute d’un club et de ses supporters habitués à l’élite du football anglais. En mai 2017, Sunderland affrontait encore Chelsea en Premier League. Aujourd’hui, le club tente de survivre en League One, la troisième division anglaise.

Une gestion catastrophique

Depuis deux ans, les « Chats Noirs » ont bien porté leur surnom et paie les pots cassés d’une gestion catastrophique depuis plus de dix ans. Deux relégations consécutives et une défaite en finale de play-offs de League One. Voilà le cauchemar qu’ont vécu les supporters de Sunderland depuis 2017.

Lorsque Ellis Short avait acquis le club en 2011, les Black Cats faisaient le yo-yo entre Premier League et Championship depuis plus de dix ans. L’homme d’affaires américano-irlandais n’avait alors pas lésiné sur les moyens. Le projet ? Ramener le club historique au sommet du football anglais. Dans ce but, sont arrivés à Sunderland des joueurs de la carrure de Djibril Cissé, El-Hadji Diouf et Pascal Chimbonda. Des noms rutilants, mais en réalité, la situation dégénère rapidement. Les entraîneurs s’enchaînent (9 en 10 ans), les joueurs et les flops de recrutement aussi.

Ndong, le flop à 20 millions

Le meilleur symbole : Didier Ndong, acheté 20 millions à Lorient en 2016 (record du club), qui a enchaîné les prestations décevantes, au vu de l’investissement. Jusqu’en 2017, les Black Cats se maintiennent chaque année en Premier League, de plus en plus miraculeusement. En 2015-2016, Sunderland avait une dernière fois repoussé l’échéance. Mais les Black Cats n’ont jamais en 38 journées, dépassé la 17e place du championnat…

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Côté financier, le club a aussi vécu sur un fil pendant six ans. La gestion désastreuse d’Ellis Short, qui a pourtant investi 200 millions de livres dans le club, a creusé les dettes de Sunderland. Le passif du club était de 110 millions de livres en 2017 – un exploit, tant la santé financière des clubs de Premier League est aidée par l’incroyable manne des droits télévisuels.

Netflix comme argument de vente ?

Les supporters des Black Cats ont ainsi pris en grippe leur propriétaire, accusé d’avoir laissé le dossier mercato dans les mains d’agents peu recommandables. Ellis Short s’est montré beaucoup plus discret après la relégation de Sunderland en Championship, en mai 2017. Car en coulisses, l’Américain préparait son départ. La série Netflix sur le club devait d’ailleurs servir de vitrine pour attirer de potentiels investisseurs, mais la vente s’est finalement conclue en cours de tournage, en avril 2018.

Trois hommes ont repris le club en main : Charlie Methven, un chef d’entreprise de relations publiques, Juan Sartori, un businessman uruguayen qui a fait fortune dans l’agriculture, et Stewart Donald, un homme d’affaires spécialisé dans les assurances. Ce dernier avait déjà fait ses preuves dans le monde du football, en reprenant le club d’Eastleigh en D6 anglaise en 2010.

Une nouvelle relégation cauchemardesque

Pour ce Britannique de 43 ans, le challenge était immense. D’abord, éponger toutes les dettes du club. Ensuite, « redonner la fierté aux fans de Sunderland« . Car à peine un mois après son arrivée, Stewart Donald a dû gérer une relégation historique en League One. La saison 2017-2018 telle que racontée dans la série Netflix fut en effet un réel désastre. Tensions internes, entraîneur(s) dépassés, défense en bois, rien n’a été. Et l’ambiance dans le vestiaire était détestable dès le début de saison, comme le montre cette vidéo où Darron Gibson critique ouvertement ses équipiers, en juillet 2017.

L’épisode de Jack Rodwell est certainement le plus rocambolesque de l’année. Le milieu de terrain anglais était l’un des symboles de la mauvaise gestion de Short. Acheté 12 millions d’euros à Manchester City en 2014, il a été exclu du groupe professionnel en cours de saison. Problème : il est l’un des joueurs les mieux payés de l’équipe (45 000 livres par semaine) ! L’ex-international espoir avait effectivement dans son contrat une clause pour conserver le même salaire en cas de relégation en Championship.

Le grand ménage de League One

Dans l’un des épisodes de « Sunderland ’til I Die », Martin Bain, le directeur sportif du club, lui demande s’il préfère jouer au football ou gagner de l’argent. Le joueur fait le choix de la passion… Mais refuse la résiliation de son contrat ! Excédé, Martin Bain s’emporte et lâche un « fuck off » cultissime devant les caméras. La situation ne s’améliorera pas jusqu’à la fin de saison, où le coach Chris Coleman expliquera devant les médias, avec franchise, qu’il ne savait même pas où était passé son joueur.

Après cette saison cauchemardesque, Stewart Donald a fait le grand ménage dans le club. Bien sûr, le nombre de salariés du club a dû être réduit. Martin Bain a été poussé vers la sortie. Le coach Chris Coleman, impuissant face au désastre, a été remplacé par un jeune entraîneur écossais, Jack Ross. Celui-ci a dû composer avec un effectif flambant neuf, purgé de nombreux joueurs. Au revoir Rodwell bien sûr, mais aussi Khazri, Djilobodji, Lens, NDong, Borini, ou le milieu Darron Gibson, licencié pour faute grave en mars 2018, après avoir provoqué un accident de voiture en conduisant en état d’ébriété.

Les chats noirs sont-ils maudits ?

Fort des revenus de ses départs (26 millions de livres), Sunderland a pu combler les trous dans la trésorerie, mais aussi investir. La grosse recrue : le célèbre Will Grigg, arrivé pour plus de 3 millions d’euros, mais plutôt décevant cette saison (4 buts en 20 matchs de championnat). La grande satisfaction fut Josh Maja, mais le jeune anglais est parti en janvier à Bordeaux, laissant l’effectif bien orphelin de son talent.

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L’objectif était très clair : remonter directement en Championship. Les fans enthousiastes ont pourtant répondu au rendez-vous, remplissant constamment les 48 000 places du Stadium Of Light. Mais voilà, le football est capricieux, et Sunderland, cinquième de la saison régulière de League One, a perdu la finale d’ascension contre Charlton (2-1). Comme si cela ne suffisait pas, les Black Cats ont perdu aux penalties la finale de l’EFL Trophy (une coupe réservée aux équipes de 3e et 4e division anglaise) contre Portsmouth (2-2, 5-4 t.a.b).

La loose semble ne plus lâcher les Black Cats. Tout au long de la saison, le nouveau président est resté évasif sur les rumeurs de revente, après seulement un an au club. Stewart Donald estimerait ne pas avoir les moyens de ramener Sunderland en Championship. Principal intéressé : Mark Campbell, un businessman américain – ce qui rappellera de mauvais souvenirs aux fans… Le chemin vers la renaissance de Sunderland est encore long.

Crédit photo : MI News / NurPhoto

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