Fernando Santos : le moment de partir ?

La victoire en Nations League le dimanche 9 juin dernier lui a sans doute permis de se sauver. Lui qui, malgré ses 26 victoires en sélection, lui permettant d’être désigné comme le sélectionneur ayant le plus gagné de l’histoire du football portugais, semblait officieusement sur la sellette. Ainsi, Fernando Santos a vu son totem d’immunité acquis suite à l’Euro 2016 renouvelé pour au moins jusqu’à l’Euro 2020. Evidemment, au regard des résultats du Mister, on peut difficilement lui imputer quoi que ce soit de négatif. Toutefois, la réalité est plus complexe et se baser uniquement sur les résultats peut faire arriver à des naufrages comme celui (assez relatif tout de même) qui s’est déroulé lors de la Coupe du Monde 2018. De même, il apparaît aujourd’hui assez clair que si le Portugal veut se placer aux côtés des plus grands dans l’Histoire, il doit changer de style car les armes, il les possède déjà.

La contre-éloge du style

Lors du Mondial l’année dernière, nous avions défini Fernando Santos par le ni-ni : ni totalement pragmatique, ni totalement idéologue. Cet « en même temps » si chers à certains politiques s’avère l’être également au sélectionneur portugais et c’est, toujours comme ces politiques, ce qui lui a notamment permis d’aller chercher la victoire en 2016 et plus récemment celle de la Nations League (même si celle-ci reste à nuancer concernant ce point-là). Le plan de jeu de Fernando Santos est toutefois toujours resté le même : une assise défensive importante basée sur un double-pivot solide et habile dans les premières relances, des ailiers intérieurs qui permettent dézonages et permutations en tout genre et une attaque à deux composée d’un 9 fixe et d’un autre mobile (même s’il n’est pas rare de voir leurs rôles s’inverser en cours de match). Avec ballon, la volonté de jouer des transitions rapides est flagrante est c’est d’ailleurs pour cette raison que, quelque soit l’adversaire que la Seleção affronte, cette dernière dispose d’un plan de jeu principalement basé sur la gestion des récupérations de balle en vue de contre-attaquer.

Et c’est justement là que le bas blesse. Alors que cette équipe portugaise a largement les capacités pour faire plus que simplement des attaques en utilisant les phases de transition, voilà qu’elle se limite à cela. L’on ne demande pas à celui qui était ingénieur et qui est devenu entraîneur de mettre en place le jeu de position le plus guardiolesque qui soit, on lui demande seulement de « faire jouer » un peu plus sa sélection. On demande juste à Fernando Santos de tirer le plein potentiel de Bernardo Silva, Bruno Fernandes ou autres Ruben Neves. Ces joueurs qui, en plus de maîtriser à merveille des circuits de passe déstabilisants pour l’adversaire, sont de véritables accélérateurs de jeu qui, en une passe, peuvent casser une ligne et provoquer une action de but. Les cantonner à un simple rôle respectivement d’organisateur, de relayeur et de relanceur est beaucoup trop réducteur pour des joueurs de cette qualité qui montrent qu’ils sont capables de faire beaucoup plus lorsqu’ils jouent en club. Ce n’est évidemment pas Santos qui est condamné ici, c’est sa philosophie. Il n’est pas dit qu’il réalise une introspection totale dans les prochaines semaines qui le conduira à revoir ses préceptes.

Des résultats en trompe-l’œil

Ces revendications peuvent sembler éminemment idéologiques, certains diront qu’elles relèvent même d’une obsession : qui sont ces gens qui osent remettre en cause les méthode de l’homme qui a permis au Portugal de ramener son premier trophée international à la maison ? Encore une fois, ce n’est pas l’homme (par ailleurs très attachant) mais les idées qui sont mises en cause ici. Il existe néanmoins des partisans de ces idées qui les justifient par la présence de résultats intrinsèques qui dédouaneraient le sélectionneur de la Seleção das Quinas de toute responsabilité. En réalité, lorsque le Portugal bat des grosses écuries, c’est toujours en subissant et lorsque ce sont face à des équipes plus faibles (l’on ne parle pas non plus d’Andorre et autres Iles Féroé) ce n’est jamais de manière écrasante, ce que l’on attendrait pourtant d’une équipe qui tend à atteindre le Graal, la Coupe du Monde.

Il n’y a qu’à voir durant l’Euro 2016 où cela s’est produit exactement de cette façon là. Certes l’équipe de 2016 était beaucoup moins qualitative que celles qui se sont succédées depuis trois ans, il n’en reste pas moins qu’elle était supérieure à la Hongrie, à l’Islande, à l’Autriche, à la Pologne, au Pays de Galles et (peut-être) à la Croatie. En plus d’être particulièrement compliquée, la victoire face à la France n’a pas relevé que du seul football puisque tout le camp portugais a affirmé qu’il y avait une certaine force métaphysique qui a permis au Portugal de gagner. Cette tendance s’est confirmée en 2018 face à des équipes telles que l’Uruguay qui s’avèrent beaucoup plus difficiles à jouer. Même si elle sont difficiles à jouer, il existe cependant un paradoxe puisque leur style de jeu défensif est assez aisément analysable et le contrer devient dès lors plus simple mécaniquement. Qui n’a pas vu que Diego Godin et José Maria Gimenez, en tour de contrôle, se sont posés dans leurs 15 mètres et ont attendu des centres qu’ils ont méthodiquement repoussés un à un ? Fernando Santos, visiblement… Cet échec cuisant a alors entraîné avec lui son lot d’incertitudes concernant l’avenir de la sélection portugaise.

La Fédération dans une impasse ?

Commet justifier maintenant une éviction de Fernando Santos ? Ou même sans parler à ce stade de démission, licenciement ou autre, comment dire à Fernando Santos qu’il doit changer de principes footballistiques afin que sa sélection aille encore plus loin ? Gros casse-tête pour Fernando Soares Gomes da Silva (président de la Fédération portugaise de football, FPF) et ses équipes qui ont face à eux un homme qui peut se targuer d’avoir remporté deux des trois dernières compétitions internationales auxquelles son équipe a participé. Des rumeurs internes ont justement prouvé que la direction de la FPF a cherché à le faire comprendre au Mister suite au Mondial 2018 mais personne n’a visiblement pris son courage (et ses arguments) à deux mains pour le lui expliquer.

Autre élément important : Santos dispose d’un soutien très fort de la part de la population portugaise (qui est souvent une boussole lorsqu’il s’agit des changements de sélectionneurs) en raison de personnalité attachante, comme évoqué précédemment. C’est un homme qui se veut proche des gens, qui n’a pas hésité à affirmer en conférence de presse suite au match face aux Pays-Bas que la sélection nationale « a un devoir vis-à-vis du peuple portugais ». Enfin, il semblerait qu’il soit appuyé par les anciens footballeurs travaillant à la fédération à l’instar de João Pinto ou Pedro Miguel Pauleta, l’Aigle des Açores.

Crédit photo : Filipe Amorim / NurPhoto.

4-4-2 losange et presunto comme exutoires.