Indice UEFA : la France vers un éternel statu quo ?

D’ici quelques semaines, Paris, Lyon, Lille, Rennes et Saint-Étienne débuteront la phase de groupes de la Ligue des Champions ou de la Ligue Europa. Au-delà des intérêts individuels de chaque équipe, un objectif secondaire perdure pour la Ligue 1 : reconquérir une place dans le top 4 au classement de l’indice UEFA. Mais cette mission s’annonce bien compliquée.

Cette saison, l’AS Saint-Étienne devra encore allumer la Playstation pour participer à la Ligue des Champions. Dans une autre dimension, les Verts, quatrièmes du dernier exercice, auraient pu accompagner le PSG, le LOSC et l’OL dans la plus prestigieuse des compétitions européennes. L’Olympique de Marseille, tombé au pied du podium en mai 2018, en avait aussi longtemps caressé l’espoir. Mais la France, classée cinquième à l’indice UEFA, n’a pas su prendre le bon wagon au moment de la réforme controversée de la C1. L’ASSE n’a pas la chance de Leverkusen, quatrième de Bundesliga en mai, qui se serait également retrouvé en Ligue Europa sans la réforme.

Aujourd’hui, l’idée que la Ligue 1 fasse partie des cinq grands championnats européens est acquise. Mais il existe un fossé entre les quatre premières places de l’indice UEFA – dont les championnats qualifient quatre équipes directement en poules de la C1 – et la cinquième place occupée par la France – entre deux et trois qualifiés. La France, quatrième devant l’Allemagne entre 2005 et 2008, n’a plus dépassé le cinquième rang depuis 2009. C’est la dernière nation à avoir intégré le top 4 en dehors de l’Espagne, l’Angleterre, l’Italie et l’Allemagne. Mais à l’époque, l’indice UEFA ne favorisait pas autant les meilleurs championnats européens, en particulier le pays classé quatrième.

En 2008 – et globalement avant la réforme de 2018 – la quatrième place offrait quasiment les mêmes conditions que la cinquième aujourd’hui, si ce n’est que la Coupe Intertoto existait encore et qu’aucune équipe n’était directement qualifiée pour la défunte Coupe de l’UEFA. En septembre 2008, le PSG devait ainsi péniblement batailler pour atteindre les poules de la C3 en venant à bout de Kayserispor (2-1, 0-0) pendant que Rennes se faisait surprendre par le FC Twente (2-1, 0-1). Désormais, seul le vainqueur de la Coupe de la Ligue – ou le sixième de L1 – court ce genre de risque.

Un classement verrouillé

La réforme de la Ligue des Champions, entrée en vigueur lors de la saison 2018-2019 – et qui correspond plutôt à une réforme de l’indice UEFA –, a accentué la toute puissance des plus gros championnats européens, et la difficulté de faire bouger les positions. Cet avantage tient au mode de calcul de l’indice UEFA, qui ne prend pas seulement en compte les résultats des clubs engagés en Coupe d’Europe, mais attribue aussi des points de bonus dont profitent allègrement les mastodontes du Vieux Continent.

Conséquence immédiate du mode de calcul : en qualifiant directement quatre clubs en poules de la C1, l’Espagne, l’Angleterre, l’Italie et l’Allemagne ramassent automatiquement 16 points de bonus chacun (2,3 points à l’échelle du pays et 11,4 points en 5 ans). Dans le même temps, la France et la Russie – premiers poursuivants du quatuor de tête – ne peuvent qualifier que deux ou trois clubs, c’est-à-dire inscrire entre 8 et 12 points de bonus (au maximum 10 points sur 5 ans). C’est encore moins pour le Portugal (entre 4 et 8 points du bonus, au maximum 8 points sur 5 ans), etc …

Hormis quelques variations désormais anecdotiques au sein du top 4, le classement, déjà peu enclin à bouger ces dernières années, apparaît donc encore plus verrouillé. C’en est probablement fini de l’ascenseur social. A son échelle, la France profite également de ce verrou renforcé, elle qui fut repoussée en sixième position par le Portugal entre 2013 et 2016. En effet, contrairement à la Russie et au Portugal, la Ligue 1 hérite en partie des avantages des championnats qui la devancent à l’indice UEFA.

Plutôt membre du top 5 ou absente du top 4 ?

Lors des deux dernières saisons, la France a ainsi qualifié trois équipes pour la phase de groupe de la Ligue des Champions. Elle n’avait plus réussi une telle opération depuis la période 2011-2012 et 2012-2013 – et, depuis, seul Monaco avait passé le cap des tours préliminaires en 2016-2017. Pourtant, les clubs français n’y sont pour rien. En 2018 comme en 2019, le troisième de Ligue 1 – à savoir l’Olympique Lyonnais – a pu esquiver les barrages de la C1 grâce aux victoires de l’Atlético Madrid puis de Chelsea en Ligue Europa, des clubs déjà qualifiés pour la Ligue des Champions via leurs championnats respectifs. Une faveur permise par la nouvelle réforme.

Dans le même temps, le troisième du championnat russe et le second du championnat portugais n’ont aucun moyen d’échapper aux pièges des tours de qualification pour la C1. Au cours du mois d’août, ces deux équipes se sont d’ailleurs affronté lors du troisième tour préliminaire, Krasnodar prenant le dessus sur le FC Porto (0-1, 3-2) avant que la formation russe ne trébuche elle-même en barrages contre l’Olympiakos (0-4, 1-2). Hormis fiasco monumental, la France devrait donc tranquillement maintenir son avance sur ses poursuivants cette année, en bonne partie grâce aux bonus que vont récolter le PSG, Lille et Lyon.

Ce constat fonctionne toutefois dans les deux sens. Si la France est relativement protégée par rapport à ses poursuivants, elle est tout aussi éloignée des nations qui la devancent. Sans même considérer l’écart de compétitivité – qu’on peut débattre – entre les clubs français et ceux du gotha européen, la France est d’office handicapée par les bonus amassés tous les ans par les quatre plus gros championnats. Sa fenêtre de tir est donc réduite.

Il semble ainsi un peu abusif de décrire la réforme comme bénéfique aux clubs français. Celle-ci avantage certes le troisième de Ligue 1 – rarement habile durant les tours de qualification – ; mais ce passe-droit constitue une occasion en moins d’éliminer un club du top 4 dès les barrages, et donc de le priver des bonus qui l’attendent un tour plus loin, voire en huitièmes de finale (cinq points de bonus supplémentaires). L’Atalanta, Valence, Leverkusen et Tottenham n’ont eu aucun effort à fournir cet été pour aller en poules. Pas sûr que ces 4 clubs – qui auraient pu s’affronter entre eux – auraient tous survécu à un tour de barrages. Ce n’était d’ailleurs pas le cas ces dernières années.

Rattraper le top 4, un objectif plutôt improbable … mais pas irréalisable

Pour autant, la France reste en capacité de refaire son retard, bien qu’il s’agisse d’une tâche particulièrement ardue. Si l’Espagne (86,355 points) et l’Angleterre (74,891) semblent hors d’atteinte, l’Allemagne (58,927) et l’Italie (58,510), sans être à portée de tir immédiate (la France est actuellement à 50,248 points), sont des cibles un peu plus crédibles à moyen terme. La France dispose d’un avantage plutôt paradoxal dans cette course-poursuite : lors des cinq dernières saisons – et globalement dans un passé proche –, elle n’a presque jamais récolté plus de points que l’Italie ou l’Allemagne, ou alors avec des écarts peu significatifs.

En ce début de saison, par exemple, l’Italie comme l’Allemagne ont perdu les points gagnés lors de l’exercice 2014-2015, respectivement 19 et 15,857 points. La France – qui en avait inscrit seulement 10,916 – a ainsi pu se rapprocher de ses rivaux sans fournir d’effort particulier. Pas d’emballement pour autant : ce scénario se répète inlassablement depuis plusieurs années et la France, faute de régularité de la part de ses clubs, n’est jamais parvenue à dépasser la cinquième place. Mais son retard tend toutefois à diminuer de manière significative, en particulier vis-à-vis de l’Allemagne.

Comment expliquer un tel rapproché ? Au vu de l’évolution des coefficients UEFA des deux pays, deux principales causes peuvent être identifiées :

  • L’Allemagne a eu la mauvaise idée de réaliser un exercice loin de ses standards (9,857 points en 2017-2018) au moment où elle perdait le bénéfice d’une saison exceptionnelle (17,928 points en 2012-2013) lors de laquelle elle avait placé deux équipes en finale de Ligue des Champions (le Bayern et Dortmund). En cause : des résultats calamiteux en C3 – éliminations du Herta Berlin, de Cologne et d’Hoffenheim dès les poules, Fribourg en tour préliminaire – pendant que le Bayern était le seul club allemand présent en huitièmes de C1.
  • Outre 2017-2018, les clubs français ont su faire jeu égale avec leurs homologues de Bundesliga en 2016-2017, sans bévue spéciale du côté allemand. Le parcours fantastique de Monaco et les belles performances de l’OL en Ligue Europa ont permis à la France de réaliser de très loin sa meilleure campagne depuis la cuvée 2009-2010, avec à la clé un score de 14,416 points, à un cheveu de l’Allemagne (14,571 points).

Finalement, conserver sa place à l’indice UEFA est autant une lutte avec les autres nations qu’une lutte avec soi-même. Pour être plus clair, à l’issue de la saison 2017-2018, l’Allemagne n’a pas seulement perdu 1,643 points sur la France, soit le déboire qu’elle comptait sur la Ligue 1 cette année-là. Elle a en réalité perdu 7,821 points, c’est-à-dire la somme de ce qu’elle a perdu en 2017-2018 et de l’écart qu’elle avait creusé en 2012-2013 (6,178 points), qui ne comptait alors plus au classement. De même, l’Allemagne a perdu des points en fin de saison 2018-2019, car son avance sur la France lors de cet exercice (4,631) était inférieure à celle de 2013-2014 (6,214).

Dans cette optique, la défaite de Strasbourg sur Francfort – certes prévisible –, en barrages de la Ligue Europa, sonne comme une mauvaise nouvelle pour l’indice UEFA français. Si la Bundesliga n’en tirera pas un bénéfice immédiat – les points de bonus pour une présence en poules étant exclusifs à la C1 –, les Strasbourgeois avaient l’occasion d’empêcher un des demi-finalistes de la précédente C3 de contribuer encore plus à l’augmentation du coefficient allemand. Ce résultat n’est certes pas dramatique, mais la France devra le compenser par de bons parcours européens qu’on ne peut guère qualifier de fréquents ces dernières années.

Le constat est simple : les clubs français font preuve d’une infériorité évidente par rapport à leurs concurrents, plus aptes à durer – sous l’impulsion de la Juventus et du Bayern, mais pas seulement –, surtout en Ligue des Champions. La Bundesliga ne connaîtra pas fréquemment de trous d’air pareils à celui de 2017-2018 quand la France devra s’approcher de ses performances de 2016-2017, PSG compris. Bien sûr, tous ces chiffres seront peut-être dénués d’importance d’ici quelques années. Inutile de l’ignorer : l’ombre d’une Ligue des Champions fermée plane à l’horizon. Et à ce moment-là, mauvaise performance ou non, la France n’aura vraiment plus rien à espérer.

Source : Tous les chiffres liés aux classements des coefficients UEFA ont été relevés sur le site officiel de l’UEFA au 29/08/2019

Crédits photos : Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP