La descente programmée du DFCO

Sauvé in-extremis en Ligue 1, le DFCO (Dijon Football Côte d’Or) n’a toujours pas remporté le moindre succès après quatre journées. Si la situation venait à perdurer, une descente serait alors inéluctable. Coup de projecteur et explications du chemin parcouru par le club-phare de la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté.

A 20 ans, rien n’est impossible

Août 2018 restera dans les mémoires du public dijonnais comme le meilleur début de saison de l’histoire du club. A l’occasion des 20 ans du club, le DFCO a remporté ses trois premières rencontres de championnat et caracole en tête avec le PSG. Neuf sur neuf. Un quart du travail effectué en vue du maintien.

Un entraineur limogé peut en cacher un autre

Après ça… Plus rien, ou presque. Douze rencontres sans le moindre succès, trois mois de disette avant de s’imposer à domicile face à l’En Avant Guingamp. Ce succès acquis lors de la seizième journée ne sera au final pas suffisant pour sauver l’entraîneur bourguignon. Olivier Dall’Oglio est limogé, remplacé par Antoine Kombouaré à la surprise générale. Ce dernier avait également été limogé de son poste à Guingamp quelques semaines plus tôt.

L’entraîneur kanak est engagé jusqu’à la fin de saison avec un seul objectif : le maintien. En habitué des missions de « sauvetage », le technicien répétera au fil des contre-performances de ses joueurs que le maintien se jouera jusqu’à la dernière journée. Lorsqu’à quelques journées de la fin, le club bourguignon occupe la place de lanterne rouge, son discours ne varie pas. Il faudra désormais espérer un miracle. Au soir de la 37e journée, le DFCO est 19e, à 2 points d’une place de barragiste.

Des barrages inespérés

Dijon doit son maintien lors de la 38ème et ultime journée à un scénario improbable. En plus d’un succès à domicile face à Toulouse il fallait compter sur une défaite de Caen face à Bordeaux. Or, les Girondins restaient sur six matches sans victoire. A la mi-temps, Dijon est mené sur sa pelouse face à Toulouse mais Bordeaux mène au score face au Stade Malherbe de Caen. 

L’entraîneur dijonnais décide ainsi d’abattre son ultime carte en faisant sortir du banc Naïm Sliti. Il sera un véritable détonateur en inscrivant le but égalisateur. Cinq minutes plus tard Tavares libérera le stade Gaston-Gerard sur un service de l’autre flèche : Wesley Saïd. 

A l’expérience, Dijon écarte le RC Lens

Le DFCO s’est donc offert une dernière opportunité de se maintenir via la nouvelle formule : les barrages. C’est le RC Lens qui se dresse sur la route du club de Côte d’Or. Les rouges arracheront un match nul encourageant au stade Bollaert-Delelis (1-1). Au retour, ils éliminent les Lensois à domicile (3-1) grâce à un doublé de Sliti et un but de Saïd. Il s’agissait là de leur dernier match sous les couleurs dijonnaises.

L’essentiel est acquis le 2 juin au soir : Dijon est définitivement sauvé et conserve sa place parmi l’élite. S’ouvre alors une course contre la montre dans la préparation de la saison suivante. La question du maintien de l’entraîneur et l’avenir des cadres occupent les têtes pensantes du club.

L’exil des leaders techniques 

Après une saison épuisante mentalement et moralement, Naïm Sliti et Wesley Saïd ont fait part de leur désir de relever de nouveaux défis. Pour le premier, un transfert sera conclu mi-août avec le club saoudien d’Al Ettifak moyennant 5M€ d’indemnités. Pour le second, le départ sera un peu plus périlleux. Souhaitant à tout prix rejoindre le Toulouse Football Club, Wesley Saïd est allé au clash avec la direction en refusant de s’entraîner avec le groupe professionnel. Contraints de s’entendre, les deux clubs parviendront à un accord autour de 8M€ mais l’ancien international espoir n’aura pas soigné sa sortie.

Une restructuration de l’organigramme 

S’il avait conditionné la poursuite de son aventure dans la Cité des Ducs à un maintien en Ligue 1, Antoine Kombouaré décide finalement de ne pas rempiler pour une saison supplémentaire. Une telle mission laisse forcément des traces. Il évoquera son passage dans les colonnes de l’Equipe en ces termes « c‘était la première fois que je reprenais une équipe en cours de saison et je savais que la mission serait délicate mais je n’imaginais pas à ce point ». Ne se sentant plus en mesure de poursuivre l’aventure, il a préféré arrêter malgré la volonté du président Delcourt de le conserver. 

Le retour de l’enfant du pays

Ce dernier a donc dû se lancer en quête d’un nouveau technicien pour son équipe première. Après avoir exploré de nombreuses pistes son choix s’est arrêté sur l’enfant du pays : Stéphane Jobard. Apprenti, joueur, éducateur (entraîneur de la réserve) puis entraîneur-adjoint au DFCO avant de rejoindre Rudy Garcia pour une saison à l’OM, Jobard connaît quasiment tout ou presque du DFCO. Il ne lui manquait qu’un poste : celui d’entraîneur de l’équipe première. C’est pour sa connaissance approfondie de l’environnement dijonnais qu’il a été choisi et désigné. Sa mission consistera à pérenniser le club en Ligue 1 mais son arrivée tardive, le 20 juin, soulève un certain nombre de questions. 

Les conseils stratégiques

Avec les départs programmés de Sliti et d’Abeid, les envies d’ailleurs de Saïd, c’est une partie de l’effectif et de l’équipe-type qu’il faut remodeler à un peu plus de quarante jours du début du championnat. Le Président Delcourt a donc recours à un conseiller stratégique, aux attributions proches de celles d’un directeur sportif : Peguy Luyindula. 

Un mercato différé, par contrainte

Ecuele Manga (Cardiff, 2M€) et Didier Ndong (EAG) sont rapidement venu garnir les rangs de l’effectif en juillet. Mais, les dijonnais ont dû s’armer de patience pour voir aboutir le transfert de Glody Ngonda Muzinga (As Vita Club, 300k€) au poste de latéral gauche. Sa signature ne faisait quasiment plus de doute fin juillet, mais ce dernier a dû patienter jusqu’au 16 août. Il a été contraint de remplir des formalités administratives depuis Kinshasa (RD Congo). Ses performances lors de la CAN ont convaincu Peguy Luyindula qui a fait jouer son réseau via Yussuf Mulumbu. A cela s’ajoute l’arrivée le 31 août du prometteur Mounir Chouiar en provenance du RC Lens (3,5M€). 

Ces arrivées tardives s’expliquent par la nécessité pour le club d’assurer dans un premier temps sa place parmi l’élite. La refonte du secteur sportif constitue un second facteur déclencheur de ce mercato en différé. 

L’effet bombe à retardement

D’une certaine façon, les barrages n’ont pas fait que du bien au club bourguignon. Ils l’ont contraint à naviguer à vue puis préparer la nouvelle saison de façon précipitée, avec un budget réajusté et un organigramme remodelé.  

Vecteur de stabilité au sein l’élite du football français, le système de barrages peut ainsi précipiter la chute du club sauvé. Il n’aura offert au DFCO qu’une année de sursis. Pour l’instant, le bilan comptable des dijonnais semble confirmer cette thèse. En tribunes, des tensions existent depuis cet été entre le principal groupe de supporters, les Lingon’s Boys, et la direction sur fond de placement en tribunes. S’ils veulent s’en sortir, les dijonnais devront s’en remettre à la devise du club :  Tous unis pour la victoire ! 

 

Crédit photo : Vincent Poyer/Icon Sport