Pascal Dupraz : les ambitions retrouvées du sauveur de Toulouse

Sans club depuis son départ forcé du Toulouse FC en janvier 2018 pour raisons médicales, l’entraîneur de 57 ans s’est engagé pour deux ans avec le Stade Malherbe de Caen cette semaine. 

Présenté mardi matin à la presse, l’ancien consultant (CANAL + et TF1) pose ses valises en Normandie pour reprendre un Stade Malherbe déjà en difficulté. Tristes 19ème de l’exercice 2018-2019, les Caennais avaient pourtant affiché l’ambition de retrouver rapidement l’élite. Après l’échec de Fabien Mercadal et Rolland Courbis à maintenir le club en Ligue 1, les dirigeants du SM Caen se sont vu accorder leur confiance en Rui Almeida. 3ème de Ligue 2 l’an dernier avec l’ESTAC, le tacticien portugais semblait être un choix cohérent. Mais seulement voilà, après 9 journées de championnat Caen est 17ème et traîne ses 6 maigres points en bas de tableau. Outrageusement insuffisant lorsque l’on convoite un podium déjà loin et dessiné (11 points). Alors forcement, à la suite d’un quatrième revers de rang à Grenoble (1-0) le 27 septembre dernier, c’est le divorce.

Après des contacts avancés avec plusieurs clubs de Ligue 1 cet été, c’est finalement au deuxième échelon national que Pascal Dupraz a trouvé un challenge alléchant. Plus de vingt mois après sa dernière apparition sur le banc toulousain, le tacticien haut-savoyard fait son grand retour. Diminué par de récurrents problèmes de santé, il avait souhaité quitter la ville rose pour se rétablir. À la suite de sa période de convalescence, c’est autour d’activités plus médiatiques qu’il s’oriente. TF1 le recrute en vue de la Coupe du monde 2018. C’est un Pascal Dupraz différent, plus calme, plus réfléchi qui assiste au sacre des Bleus. Changé par sa période d’absence sans doute, bridé par TF1, peut-être. 

Quoi qu’il en soit, un Pascal Dupraz reste un Pascal Dupraz. Alors quand une occasion de sauver un club en détresse se présente à lui, il n’a pas à réfléchir bien longtemps. Présenté mardi en conférence de presse, il était encore chroniqueur dans « Jour de foot » trois jours auparavant. 

« Mon tour va revenir parce qu’une équipe aura besoin d’un pompier »

« Mon tour va revenir parce qu’une équipe aura besoin d’un pompier » déclarait l’intéressé lors d’une interview accordée au Dauphiné en août dernier. C’est indéniable, le Savoyard ne plonge pas dans l’inconnu en signant à Caen. Plus qu’habitué à prendre en main des clubs à la dérive, Capitaine Dupraz en a fait sa spécialité. Son travail acharné pour son club d’Évian l’a forgé. À l’initiative de sa création, il connaît d’abord la joie des montées successives et la (re)découverte du monde professionnel. C’est là que les douze travaux du natif d’Annemasse commencent. Maintenir à flot un club aussi jeune qu’instable sur le plan financier. Directeur sportif puis entraîneur, l’indépendantiste Savoisien aura tout fait pour pérenniser l’ETG FC. Le rêve des Savoyards s’effondre après quatre saisons dans l’élite. Sans jamais avoir entrevu mieux que le maintien. Avant la saison 2014-2015 qui enverra les Rose en Ligue 2 et marquera le début de la fin pour l’ETG FC, Dupraz et ses hommes ont à plusieurs reprises frôlé la descente. Pourtant, le club s’est maintenu. Plus d’une fois. Toujours dans la douleur, toujours en toute fin de championnat. Et c’est en grande partie à l’entraîneur emblématique des Croix de Savoie que l’on doit cette performance. On se souviendra d’un Sochaux-Évian, 2013-2014. 38ème journée, le match de la mort. Finale pour le maintien. L’ETG surclasse les jaune et bleu à Bonal (3-0). Dupraz remporte son duel face à Hervé Renard. C’est son premier coup d’éclat. 

La saison suivante, l’inévitable se produit. Évian coule et Dupraz est licencié. On connaissait déjà le personnage pour ses coups de sang en conférences de presse et autres sorties médiatiques. C’est une nouvelle facette du coach que l’on va découvrir. 

Enfoncé dans la crise et premier relégable à 10 points, Toulouse fait appel au pompier. Le néo-caennais arrive dans un club qui lui est parfaitement étranger avec une seule idée en tête. Le maintien. Cette même idée qui l’a obstiné toutes ces années à Évian. Disposant de seulement 10 journées, la tâche s’avère quasi insurmontable. Pascal Dupraz va le faire. Après une folle remontée, il s’offre au mérite une finale pour le maintien. Encore une. Au terme d’un match fou, le TFC s’impose à Angers (3-2). Pascal Dupraz offre à Toulouse un maintien plus qu’inespéré, Toulouse offre au football français l’une des plus belles pages de son histoire. Son briefing devenu culte et son coaching instinctif, fabuleux, ont construit sa légende. Et au-delà même de la légende, c’est une réputation que le Savoyard s’est forgé. Celle du secouriste, du brancardier. Pas là pour faire dans la dentelle, il est celui qui doit engranger des points, qu’importe là manière.

Un nouveau challenge pour une nouvelle dimension 

Si PD a prouvé à court terme savoir trouver les mots pour relancer une dynamique positive lors de situations critiques, il n’a jamais pu jouir d’un contexte stable pour exercer ses fonctions. Certes, le cas du SM Caen préoccupe et une rapide obligation de résultats s’impose. Les circonstances actuelles ne sont cependant en rien comparables avec ce qu’il a connu à Toulouse. Ajouté au fait que les championnats sont encore longs, la Ligue 2 en est peut-être le plus ouvert. La qualité de son effectif plaide également en sa faveur. « Je suis venu entraîner un club de Ligue 1 Conforama qui est temporairement à l’étage en dessous » déclarait l’intéressé lors de sa présentation. Pascal Dupraz affiche clairement ses ambitions. « C’est (Pascal Dupraz) un entraîneur de Ligue 1 qui vient au SM Caen. Ce n’est ni un pompier ni un coup médiatique pour nous, c’est la bonne personne » d’ajouter son nouveau président Fabrice Clément en conférence de presse. L’enjeu est de prouver qu’il est plus qu’un meneur d’homme. Le Savoyard a fait du chemin depuis ses premiers pas en Ligue 1. Sa volonté de casser sa réputation de « gueulard » et de déménageur est très claire. Ses activités de consultant l’ont grandement aidé à tempérer cette image, lui donnant plus d’empathie, d’humanité même. Le tremplin de sa carrière reste son exploit à Toulouse, le couvrant de crédibilité et lui ouvrant sans doute la porte du SM Caen. 

De nouveau en pleine possession de ses moyens et arrivant dans un club en difficulté, situation qu’il maîtrise, Pascal Dupraz compte bien rendre sa grandeur à Malherbe. L’homme du feu doit à long terme se muer en fin technicien pour accomplir sa mission. Et ainsi montrer au football tout entier qu’il est bien plus que le dernier espoir des condamnés. 

Crédits photos : Icon Sport