Jérémie Boga, le joyau de Sassuolo

Le Burel, Air Bel, les Caillols, l’OM : tous les clubs de la cité phocéenne faisaient le même constat. Inarrêtable, injouable, incroyable. Les superlatifs manquaient pour décrire le talent de Jérémie Boga, le petit phénomène de l’ASPTT Marseille. Personne ne lui résistait ou presque. La tête sur les épaules, doté d’une modestie qui forçait l’estime, le métronome des PTT a marqué de son empreinte ses débuts dans le microcosme du foot amateur marseillais. Rapidement, il attisa les convoitises de cadors européens, dont Chelsea, Lyon ou Marseille pour ne citer qu’eux. Finalement, il rallia Londres et Chelsea. Vainqueur à deux reprises de la Youth League, et prêté successivement à Rennes, Grenade et Birmingham, il prit la décision de quitter son cocon afin de s’installer définitivement dans le monde pro en juillet 2018. Les Blues cédèrent leur pépite contre 3.5M€. Direction l’Italie et Sassuolo, pensionnaire de Serie A depuis 2012. Une aubaine pour mettre en exergue la plénitude de son talent, et prouver aux observateurs qu’il n’est pas un pétard mouillé, mais bel et bien une bombe à retardement.

Une première saison d’adaptation

Après avoir foulé les pelouses de Ligue 1, Liga, Championship, et de la Premier League le temps d’un quart d’heure, Jérémie s’apprêtait à connaitre, à seulement 21 ans, son cinquième championnat. Le choix de rejoindre Sassuolo n’a rien d’étranger. En effet, il évoluera sous les ordres de Roberto De Zerbi. Passé par le CFR Cluj ou encore Benevento, ce technicien jouit d’une solide réputation en matière de jeu. Il est focalisé par l’envie de développer un jeu attrayant aux fans, et plaisant pour les joueurs. En ce qui concerne Jérémie, il rejoignit un effectif particulièrement garni sur le front de l’attaque. Plusieurs joueurs disposant d’un gros CV étaient d’ores et déjà présents.

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Kévin-Prince Boateng, vainqueur de la Serie A en 2011 avec le Milan; Domenico Berardi l’enfant du club sollicité par plusieurs grosses cylindrées; et Khouma Babacar, ancien joueur de la Fiorentina. Les Neroverdi disposaient d’une force de frappe conséquente offensivement, et Jérémie devait sortir le grand jeu pour grappiller du temps de jeu. Les premiers mois ne furent pas évidents. Jérémie prit son mal en patience, et se contenta de quelques entrées. Le trio offensif de Sassuolo rayonna et enchaîna les performances de haute volée.

Couplées à cela, des blessures vinrent gêner l’ancien maitre à jouer de l’ASPTT Marseille, et ce dernier fut absent près de 2 mois entre octobre et décembre 2018. En seconde partie de saison, le feu follet ivoirien vit son temps de jeu grimper en flèche. Boateng, titulaire indéboulonnable, rejoignit le Barça. Après une première phase d’adaptation, Jérémie laissa entrevoir toute l’étendue de son talent. Les entrées furent de plus en plus consistantes et ses atouts mis en lumière. Tonicité, vivacité, ses premiers pas furent dévastateurs pour les adversaires. Très adroit techniquement, il n’hésitait pas à provoquer afin de créer des différences.

Mais cela peinait à se traduire en passes décisives ou en buts. Problème que le principal intéressé a assumé publiquement. Symbolique de cette montée en puissance, il fit trembler les filets contre la Sampdoria et conclut ce premier exercice dans l’élite italienne à 3 buts. La phase retour fut porteuse d’espoirs, et Jérémie avait déjà le regard tourné vers la saison prochaine, celle où il devra définitivement se révéler au grand jour.

L’heure de confirmer ?

Il se sait attendu au tournant. Après avoir découvert les spécificités en tous genres du Calcio, Jérémie doit passer la vitesse supérieure pour convaincre l’ensemble des amoureux du ballon rond. Crédité d’une bonne fin de saison, il commence la Serie A dans la peau d’un titulaire. Déplacement périlleux au Torino. L’équipe fournit une prestation insipide, Jérémie n’a pas l’occasion de se mettre en valeur, et les hommes de De Zerbi repartent bredouille. Jérémie en fait les frais, et ne dispute que 28 minutes sur les 3 matches qui suivent. Les verts et noirs, remportent 2 matches sur 3 et se repositionnent au classement.

L’ex-Blue, retrouve une place dans le 11 face à Parme et l’Atalanta, mais peine à se mettre en évidence. Le doute est-il en train de prendre le dessus ? Il n’en est rien, et le match du 20 octobre 2019 a peut-être sonné comme un déclic dans la tête de Boga. Remplaçant, il assiste à la domination des Nerazzurri, très réalistes, qui ne se font pas prier pour empiler les buts. Grâce à un doublé de Romelu Lukaku et un but de Lautaro Martinez, les protégés d’Antonio Conte mènent la danse au Mapei Stadium.

Les supporters médusés, attendent une réaction de la part de leurs joueurs. Pour insuffler une nouvelle dynamique, Jérémie entre à la 51e minute. Après la réduction du score de Djuricic (1-3), Jérémie prend le jeu à son compte, et inscrit un but de toute beauté. Une action typique de ce qu’il a toujours su produire. Lorsqu’il décide de marquer, il n’a besoin de personne pour se frayer un chemin et faire trembler les filets. Un but symbolique inscrit contre son ancien coach à Chelsea, qui lui avait donné sa chance en Premier League face à Burnley. Malgré ce golazo, les coéquipiers de Jérémie n’arriveront pas à renverser la vapeur et doivent s’incliner avec les honneurs face à un mastodonte du championnat (3-4).

Bis repetita contre la Fiorentina. Toujours positionné sur le côté gauche de l’attaque. Jérémie décide de débloquer la rencontre. Positionné à gauche, il rentre à toute vitesse dans l’axe, bien aidé par une conduite de balle élégante, et dépose le ballon en finesse au fond des filets.

2 buts qu’il ne doit qu’à son talent en l’espace de 3 matches face à deux belles équipes du championnat. Des buts qui mettent en lumière toutes les qualités d’un minot disposant de plusieurs cordes à son arc. Très vif sur les premiers mètres, il est capable de mystifier pléthore de défenseurs. Techniquement au-dessus de la moyenne, il n’éprouve aucune difficulté pour conserver le ballon dans des petits espaces. Capable d’évoluer aussi bien à gauche qu’en 10, il est également doté d’une vision de jeu intéressante, et de ce fait, fluidifie le jeu de ses partenaires. Mais sa qualité première réside dans le fait de créer des différences majeures balle au pied.

Ces deux buts font du bien au moral, et Jérémie récidive une nouvelle fois contre Bologne. 3 buts en 5 matches, soit autant que son record de buts sur une saison atteint l’an passé. La machine est sur de bons rails. Pourvoyeur de ballons, il a également délivré une passe décisive.

Suite à ces prestations remarquées, Jérémie est enfin solidement installé dans le 11 de départ. Joueur le plus décisif du club derrière le leader Berardi, Jérémie est en train de résoudre ce problème qui lui collait à la peau, à savoir se montrer décisif régulièrement au cours d’une saison. Il attire de nombreux éloges, et deviendra à coup sûr, une attraction du Calcio s’il continue sur cette lancée. Les défenses adverses sont prévenues : Jérémie a bel et bien décidé de confirmer tous les espoirs placés en lui, et ainsi donner du spectacle à des spectateurs qui en ont bien besoin.

Crédit photo : Ipp / Icon Sport

Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?