Felice Mazzu : un échec prévisible ?

C’est désormais officiel depuis le 12 novembre, l’épée de Damoclès au-dessus de la tête de Felice Mazzu a cédé et son passage sur le banc du KRC Genk est d’ores et déjà terminé. Sa signature avait déjà suscité de nombreux débats car une grande partie du public belge ne croyait pas en sa réussite. Mais pourquoi cet échec était-il si prévisible ?

Trop grand, trop vite

Né à Charleroi le 12 mars 1966, Felice Mazzu, Belge mais d’origine italienne, grandit dans cette même ville toute sa vie. Initialement professeur d’éducation physique, il se réoriente et obtient son diplôme d’entraîneur et sa licence pro en juin 2014. Il coachait déjà des clubs de divisions inférieures depuis 1990 mais ce n’est qu’en 2008, lorsqu’il est entraîneur adjoint de l’AFC Tubize, qu’il commence doucement à se faire un nom. Il devient ensuite T1 de cette même équipe l’année suivante puis rejoint le White Star Woluwe comme entraîneur principal en 2010. Ce passage fut une véritable réussite à tel point que le nom de Felice Mazzu est cité comme potentiel remplaçant de Ron Jans au Standard de Liège. Il signera finalement dans le club de sa ville natale en mai 2013.

Son passage au Sporting de Charleroi était le réel premier gros défi de sa carrière. En seulement deux ans, il est parvenu à qualifier le club pour les play-offs 1 pour la première fois de son histoire. La même saison, il remporte le duel contre le KV Mechelen, vainqueur des play-offs 2, et obtient sa place pour les barrages de l’Europa League. Il échouera finalement au troisième tour qualificatif face au Zorya Louhansk. Par la suite, il retournera plusieurs fois dans ce mini championnat réservé aux six meilleurs clubs de Jupiler Pro League, terminant même 3ème à la fin de la phase classique lors de la saison 2017-2018. Charleroi s’effondrera tout de même et terminera dernier des play-offs 1, ne décrochant aucun ticket européen. Il a également été élu, cette même saison, entraîneur de l’année. Au terme d‘une sixième saison mitigée, il signe chez les champions en titre du KRC Genk après le départ de leur technicien Philippe Clément. Suite à des résultats trop peu satisfaisants et une campagne européenne ratée, son départ du club limbourgeois est annoncé sans même avoir disputé la moitié des matchs de la phase classique.

Malgré de bons résultats obtenus avec son club de cœur, Felice Mazzu n’a jamais prouvé qu’il avait les épaules pour coacher un club du top belge. Alors qu’il n’est pas parvenu à maintenir Charleroi dans le top 6, il a voulu directement se lancer dans le grand bain en s’engageant chez le champion. Probablement trop impatient, il a grillé les étapes sans savoir s’il serait de taille. Un élan de confiance causé par le piédestal sur lequel il était mis chez les carolos. Il était pratiquement intouchable et le public en était fan. Les médias l’ont aussi continuellement encensé, en parlant comme s’il était déjà un grand entraîneur pour le beau travail qu’il avait réalisé chez les Zèbres. En se précipitant de la sorte, le coach belgo-italien a transformé la plus grande chance de sa vie en un échec cuisant.

Une situation compliquée

La situation dans laquelle Mazzu est arrivé à Genk était tout sauf évidente. Un mercato mitigé, une pression constante, des attentes élevées et une culture différente lui compliquant fortement la tâche.

Lorsque Felice Mazzu s’engage dans le Limbourg, le club sort d’une saison qu’il a dominé du début à la fin en proposant un football champagne. Les supporters et le club ont donc pour ambition de poursuivre sur cette lignée et de tout faire pour remporter un nouveau trophée. Leur nouvel entraîneur est très populaire et a une excellente réputation. Les attentes furent donc très élevées concernant ce nouveau Genk et la pression sur les épaules de l’entraîneur est forte.

(Credit photo: krcgenk.be)

Malgré le fait que la Belgique soit un petit pays, les différences culturelles entre la Flandre et la Wallonie sont nombreuses. Wallon depuis toujours, Mazzu s’aventurait en terre inconnue et allait devoir s’acclimater à un nouvel environnement, une nouvelle culture. Cette acclimatation demande une grande volonté et du temps. Or, le temps dont a bénéficié l’entraîneur carolo a été limité. De plus, il ne maîtrise absolument pas le néerlandais ce qui crée automatiquement une barrière entre lui, les joueurs, les supporters et le club. Même s’il est de nature sympathique et rempli de bonne volonté, la barrière de la langue, elle, existe néanmoins surtout que son anglais reste assez approximatif. Si son intégration semblait bien se dérouler dans les premières semaines, l’impression que ses joueurs l’abandonnaient au fur et à mesure que les mauvais résultats s’enchaînaient ne pouvait que traverser les esprits.

Lors de la saison 2018-2019, Leandro Trossard, Alejandro Pozuelo et Ruslan Malinovskyi étaient les trois maîtres à jouer et les leaders techniques de cette équipe de Genk ultra-dominante. Lorsque Mazzu a débuté la nouvelle saison, il a dû faire sans ces trois joueurs. Des pertes considérables tant ils étaient importants. Il a néanmoins su conserver Joakim Maele, Sander Berge et l’ancien meilleur buteur du championnat : Mbwana Samatta. Theo Bongonda et Ianis Hagi, venus pour palier au départ de l’ancien redoutable trio, n’ont pas été à la hauteur des attentes. C’est donc une équipe fortement diminuée qu’a reçu l’ancien coach des Zèbres.

De très hautes attentes malgré un mercato plus que mitigé et des différences culturelles et linguistiques auront fortement compliqué la tâche de Felice Mazzu. Malgré sa bonne volonté et la situation difficile qu’il rencontrait, les dirigeants de Genk auront été sans pitié. C’est pourtant eux qui ont décidé de faire confiance à l’entraîneur carolo, sachant très bien que son intégration serait difficile. La question de la qualité du recrutement du KRC Genk mérite aussi d’être posée.

Une tactique non-adaptée

Durant son court passage sur le banc des Limbourgeois, Mazzu aura commis plusieurs erreurs tactiques qui auront eu raison de lui.

A Charleroi, son équipe était très dure à jouer pour les équipes du top. Un bloc défensif compact et des contre-attaques foudroyantes étaient la marque de fabrique de leur entraîneur. Le statut d’outsider réussissait bien au coach carolo mais lors de son arrivée à Genk, c’est le statut de favori qu’il a dû endosser.

Habitué à proposer un jeu défensif, il va vouloir prouver qu’il sait faire jouer et va tenter de proposer un football offensif et plaisant à l’image de celui de Philippe Clément la saison précédente. Le problème, c’est que les joueurs qui faisaient la réussite de ce système sous Clément sont partis. On assiste donc constamment à de la possession stérile et Genk peine à se montrer efficace. Voyant que cette tentative ne marche pas, Mazzu réagit et retourne vers son système qui a fait sa réussite.

Genk laisse plus le ballon à l’adversaire et joue le contre. Cependant, les nouvelles recrues ne sont pas connues pour travailler beaucoup défensivement et l’équipe genkoise encaisse trop facilement pendant que les contre-attaques sont bien moins efficaces que celles que leur coach mettait en place à Charleroi.

Il va donc titulariser leur nouvel attaquant Paul Onuachu afin d’apporter de la taille et d’avoir un point d’ancrage devant et se projeter plus rapidement en reconversion offensive. L’attaquant de 2,01 mètres n’est pas à la hauteur des attentes, plus utile lorsqu’il rentre en cours de jeu. Cette nouvelle tentative ratée fut celle de trop et a scellé le destin du coach carolo.

Felice Mazzu a eu beau tout essayer, ni ses tentatives offensives ni sa tactique défensive habituelle n’a marché. La faute, entre autres, au recrutement inadapté de Genk qui ne lui a pas constitué une équipe en harmonie avec ses idées tactiques. Malgré le fait qu’il ait brûlé les étapes en signant à Genk sans avoir prouvé qu’il en avait les épaules et sans maîtriser la langue de la région, la vente des cadres et le recrutement inadapté du club lui ont encore plus compliqué la tâche, la rendant presque impossible. L’opportunité en or de Mazzu était, en réalité, un cadeau empoisonné.

Crédit photo: BELGA PHOTO / YORICK JANSENS / Icon Sport 

Jeune Belge de 20 ans étudiant le journalisme à l'IHECS (Bruxelles)