Genèse de la future Coupe du monde

À l’aune de la Coupe du monde 2026 qui verra le continent africain passer de 5 à 9 équipes qualifiées, un audit sur la situation actuelle et sur le mode de fonctionnement des qualifications est nécessaire. Plaidoyons en faveur du passage à 48 équipes !

Cris d’orfraies, bruits stridents, poings frappés sur la table : tout ce joli monde de la bourgeoisie du football s’est dit “indigné”, “révolté” même, face à la réforme annoncée par la FIFA un soir de mai 2019 : et oui, désormais la Coupe du monde se jouera à 48 pays et non 32.

Les puristes n’eurent pas le temps de se réjouir d’apprendre que cette réforme ne touchera finalement pas la Coupe du monde 2022 (pour des raisons logistiques) qu’ils apprirent qu’elle impactera la Coupe du monde 2026, c’est-à-dire après-demain.

Une Coupe du monde à 48 : oui, et alors ?

C’est que la réforme à venir impactera surtout l’Asie (qui passe de 4 qualifiés à 8 ou 9 selon les résultats) et l’Afrique, qui passe de 5 à 9, donc. Que n’a-t-on entendu alors de la part des grands philosophes prêcheurs d’un football total, eux qui s’indignaient d’un “nivellement par le bas”, d’un “on va se retrouver avec des pays totalement nuls !” ou encore du laconique et sempiternel “le football est mort”. Ni plus, ni moins !

À croire que la Coupe du monde porterait, finalement, mal son nom : Coupe – du – monde. Pas Coupe – des – mêmes – qui – ont – la – chance – d’avoir – des – structures – depuis – toujours. Parce qu’en effet, ces partisans de l’élite footballistique s’accommodaient finalement bien volontiers d’une Coupe du monde qui devenait l’apanage des pays européens (un coup la France, un coup l’Italie, un coup l’Espagne, un coup l’Allemagne) avec pourquoi pas la victoire ponctuelle de deux trois pays “exotiques” (Argentine et Brésil) pour donner un petit coup sympa de vivre ensemble et de voyages sous les cocotiers ! Oh et puis, tant qu’on y est, pourquoi pas un petit collier de fleurs autour du cou à mesure qu’on découvre les spécialités traditionnelles locales, telles que le Mojito ou encore le très traditionnel hôtel Ritz 4 étoiles avec vue sur plage privée ! Un vrai dépaysement !

Parce que finalement, les autres footballs, les autres nations, ces gens-là s’en foutent. La CAN ? Une compétition de bouchers sans saveur. “Vous vous rendez compte qu’il y a des stades en Afrique où les gens n’ont pas de sièges pour s’assoir ? On frôle l’indécence !” Ces belles nations, qu’on qualifie de “bled”, dont les habitants sont les “blédards”, moitié sympas mais simplets, moitié rapaces. Oui, vous savez, ces jolis pays qu’on défend par des mots sur les réseaux, jamais par les actes et toujours en maintenant une distance de sécurité avec eux.

Parce que les dés sont pipés d’avance…

Et bien ces pays-là en avaient quelque peu assez d’une (petite, promis, personne ne fera trop de bruit) injustice : il suffisait que deux gros pays tombent dans la même poule lors du tirage au sort des qualifications pour la Coupe du monde pour être certain que l’un des deux passe à la trappe ! Pas de rattrapage, pas de meilleur deuxième, pas de barrage, rien. Tu n’es pas premier ? Et bien mon ami, ce sera pour toi un suppo’ et au lit.

Oui, c’est-à-dire que les partisans de la fameuse méritocratie, ceux-là même qui s’enorgueillissaient toujours du fait que “s’ils étaient si bons que ça, ces gens-là hein, ils n’avaient qu’à faire de gros résultats en Coupe du monde : ils auraient eu plus de places qualificatives !” C’est vrai. C’est aussi vrai de dire que les dés sont pipés d’avance et qu’il est plus facile de faire de grands résultats quand on a plus d’équipes qualifiées (comme l’Europe, avec en plus une possibilité de se rattraper pour le deuxième de chaque groupe) ou bien moins de pays en jeu (54 équipes pour 5 qualifiés en Afrique, 10 pays pour 4 ou 5 qualifiés en Amérique du Sud). Un peu moins de bruit soudainement ?

Oui, mais et le nivellement par le bas ? Vous en faites quoi monsieur Guevara ?”, et bien finalement la même chose que plus haut : comment voulez-vous qu’une nation progresse sans qu’elle ne puisse bénéficier de la continuité du haut niveau ? Observons simplement les qualifications pour la Coupe du monde 2018. Groupe B : Nigeria, Cameroun et Algérie notamment. Groupe C, Maroc, Côte d’Ivoire et Mali, entre autres. Groupe E, Egypte et Ghana, notamment.

Voilà. En trois groupes, l’Afrique perd ses cadors Camerounais, Algériens, Ivoiriens, Maliens, Gabonais même (la progression du pays est notable), pourquoi pas aussi Burkinabés, Sud-Africains, et Ghanéens. Uniquement parce qu’en phase de groupe, aucun second n’est sauvé. Aucun.

Parce que d’autres, eux, sortent gagnants de ces mêmes règles…

Oui mais ils n’avaient qu’à finir premiers de leur groupe !” très bien, mais dans ce cas-là, pourquoi ne pas aussi appliquer la formule à l’Europe qui a autant de pays que l’Afrique mais 4 groupes qualificatifs de plus et des seconds qualifiés après barrages en plus (dont, par exemple, le finaliste Croate, le Danemark ou la Suisse). Quitte à avoir ce fameux football d’élite, autant aller jusqu’au bout, non ?

Personne n’ira faire croire aux Africains que le Cameroun, l’Algérie ou la Côte d’Ivoire sont immensément moins bons que le colosse Danois ou le titan Suisse. Il s’agira, au passage, de rappeler aux Portugais et au Français qu’ils avaient, eux aussi, fini à la deuxième place de leurs groupes qualificatifs pour la Coupe du monde 2014. La lecture desdits groupes, qui plus est, permet aisément de remarquer que leur nombre plus élevé (9 contre 5) que ceux d’Afrique a, étrangement, aidé à ce qu’aucun ne voie deux grandes puissances s’affronter (sauf France et Espagne, avec une fin heureuse pour les deux, donc).

L’histoire est ainsi faite et ne peut se défaire : l’Afrique et l’Asie méritent plus d’importance sur la scène footballistique mondiale. Le cœur du continent noir, notamment, bat d’un amour si ardent pour le pied ballon que ne pas lui accorder ce qui lui revient de droit serait cultiver cette injustice, cet entre-soi si fort qui, finalement, est le vrai responsable de la mort du football authentiquement populaire. Oui, vous savez, celui-là même auquel sont attachés, et à raison, ces fameux puristes du ballon.

Parce que le football est universel…

L’Asie, tiens. Il est tout de même étonnant que le continent le plus peuplé (4 milliards d’habitants, rien que ça !) ne produise aucun football d’élite. Pourtant, le ballon rond est un sport très populaire dans de nombreux pays, à commencer par le Japon et ses réguliers cracks (même si le baseball est peut-être encore plus populaire) ou même la Corée du Sud et ses équipes toujours très correctes qui mériteraient peut-être de bénéficier d’un système de répartition un peu plus équitable.

En effet, à la différence de l’Amérique, par exemple, divisée en  deux grandes fédérations (CONCACAF, pour l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes ; CONMEBOL pour l’Amérique du Sud), l’Asie, elle, mélange tout : de la Jordanie à la Corée du Nord, tous y sont, même des pays qui devraient pourtant être en zone Océanie (qu’est-ce que l’Australie vient y faire ?). D’autres, pour des raisons politiques (Russie, Israël) n’y sont pas.

Système assez injuste, donc, qui pourrait être divisé avec la création d’une autre fédération, peut-être une fédération du Moyen-Orient s’étalant de la Syrie à l’Afghanistan qui sait.

D’autres pays, par contre, gagneraient à enfin participer à de grandes compétitions. On pense évidemment à la Chine qui investit massivement pour devenir une grande nation mais aussi aux rois du cricket, les fameux Indiens. Concernant les Chinois, leur intérêt pour le football se vérifie par la multiplication des matchs à « horaire arrangé » pour eux. Pour les Indiens, l’apparition de sa Super League et les signatures de Trezeguet, Cannavaro ou encore Capdevila montrent leur intérêt pour le football (et pour le marché indien).

Oui, parce que bon, quand il faut prendre le pognon de ces « gens-là », vous savez, les bons footix qui applaudissent au Camp Nou quand Messi se blesse, tout le monde est content hein ! Mais pour qu’ils apprennent enfin ce qu’est le football, là…

Parce que leur amour du football est sincère

L’Afrique aura bien le temps, elle aussi, d’apprendre à faire de vrais centres de formation (Côte d’Ivoire, Sénégal, Algérie semblent déjà bien inspirés en la matière) et d’avoir les belles pelouses qui vous plaisent tant. Elle aura bien le temps de se mettre au diapason des plus grandes nations du football en les côtoyant plus régulièrement sur la scène mondiale. Elle aura bien le temps, comme sa sœur Asie, de mettre elle aussi fin à la culture de l’instant, de travailler sur de longs et grands projets. Elles auront bien le temps, enfin, de soulever ce si beau trophée.

Photo crédits : Alexey Filippov / Sputnik / Icon Sport

Pour l'amour et la soif de revanche de l'Algérie.