Teemu Pukki, la perle de Norwich

La route du succès pour Teemu Pukki n’a pas été un long fleuve tranquille. Loin s’en faut, le Finlandais s’est heurté à de nombreux obstacles tout au long de sa carrière. Mais celui qui affole les compteurs dans le royaume de Sa Majesté vit désormais un rêve éveillé. L’artilleur numéro 1 de Norwich City est devenu la coqueluche du Carrow Road depuis son arrivée en juin 2018. Retour sur le début de saison tonitruant de Teemu Pukki, et de sa carrière faite de hauts et de bas.

Parti trop tôt à l’étranger ?

Natif de Kotka, située au Sud-Est de la Finlande, Teemu Pukki fait ses classes de footballeur au sein du Fc Kooteepee. Auteur de performances remarquées, il est pisté par plusieurs écuries européennes à l’aube de ses 18 ans. Il rejoignit finalement le Fc Séville en 2008. Une signature sûrement initiée par le directeur sportif de l’époque, Monchi, à l’affût pour dénicher les talents de demain. Pukki fait donc le grand saut, et commence son aventure espagnole avec l’équipe B, afin de s’adapter aux exigences du football espagnol. De manière étroitement liée, le Finlandais doit apprendre une nouvelle langue, découvrir une nouvelle culture, et s’adapter tout simplement à sa nouvelle vie. Malheureusement, il éprouve les pires difficultés au monde à se faire à ce nouveau monde : « J’étais un adolescent, c’était probablement un trop grand changement pour moi. Je ne vivais pas chez moi à un jeune âge, et la météo était différente de celle en Finlande.
J’avais beaucoup de difficultés avec la langue. Comme jeune homme, j’étais très timide, plus que maintenant. Pour vivre à l’étranger, il faut grandir vite. »

Très peu appelé avec l’équipe première, il prend part à 2 matchs de Liga en 2 ans sous les couleurs andalouses. Son expérience vire au cauchemar, et il plie bagages pour se relancer. En 2010, retour au bercail. Il s’engage avec le HJK Helsinki, qui est considéré comme le plus grand club Finlandais. Une aubaine pour Pukki pour se montrer au grand jour, chez lui.

Très rapidement, il se remet en selle, et fait cauchemarder pléthore de défenseurs du championnat finlandais. Grand artisan du nouveau titre des siens, il fait trembler à 11 reprises les filets. Naturellement qualifié pour les barrages en Europa League, Teemu Pukki endosse le rôle de super héros et inscrit un doublé au match aller contre Schalke 04. Les Allemands ne se feront pas prier au retour, et infligeront une défaite cuisante au HJK Helsinki, 6-1.

Mais l’essentiel était sûrement ailleurs pour le jeune Finlandais. Les recruteurs de Schalke sont tombés sous le charme de l’attaquant. Dans cette lignée, il rallie Gelsenkirchen et Schalke en août 2011, contre moins d’un million d’euros. Il rejoint, à seulement 21 ans, son 3eme club.

Après avoir repris des couleurs chez lui, Teemy semble armé pour devenir un des fers de lance d’une bonne équipe européenne. Il s’apprête à évoluer avec des joueurs de renom comme Raul et Huntelaar. Deux poids lourds sur le front de l’attaque : il doit se battre pour obtenir du temps avec cette concurrence féroce. L’équipe gérée par Huub Stevens livre une saison honorable et finit sur la 3ème marche du podium. Le petit feu follet Finlandais n’est pas un titulaire indiscutable, et inscrit 5 buts en 19 matchs de Bundesliga cette saison-là. Une entrée en matière correcte, qui devrait laisser place à des années prolifiques. Malheureusement, la saison qui suivit sera identique, seulement 3 buts pour Pukki, qui peine à se faire une place de choix dans le 11.

L’heure est venue de partir vers de nouveaux cieux. Direction l’Ecosse, et le Celtic Glasgow. Sous la houlette de Neil Lennon, Pukki espère enfin lancer définitivement une carrière sur courant alternatif. Mais des blessures l’empêchent d’empiler les buts : « Il a connu quelques blessures. Or, quand un club comme le Celtic achète un attaquant, on s’attend à ce qu’il marque des buts. » exprime Neil Lennon. 9 buts en 38 rencontres, c’est bien trop peu par rapport au rendement attendu d’un numéro 9 au Celtic. L’expérience tourne court, et Pukki doit à 24 ans impérativement trouver un terrain de chute afin de ne pas tomber dans l’oubli. Une donnée visiblement bien enregistrée par le principal intéressé. En 2014, il est prêté à Brondby, grand club Danois.

Le début de la renaissance :

Ses déboires au Celtic auront été un mal pour un bien. Conscient qu’il doit changer quelque chose dans son hygiène de vie, Pukki change ses méthodes de travail et les performances sur le terrain suivent inéluctablement. « J’étais à Brondby quand j’ai réalisé que c’était vraiment bien pour moi d’être en bonne forme physique. Dans les matchs je défendais plus, j’étais plus impliqué dans le jeu et dans les attaques. Si je faisais beaucoup d’efforts pour l’équipe, cela a également m’aidé. »

Après une première saison prometteuse, il rejoint définitivement le club en 2015, contre un chèque de 675 000 euros.

Au Danemark il revit. 4 saisons fructueuses où il se montre de plus en plus décisif et important pour le jeu de son équipe.

Après 4 années de bons et loyaux services, où il aura inscrit plus de 70 buts, Pukki est libre de tout contrat, et peut s’engager avec le club qu’il souhaite. Il arrive à un moment charnière de sa carrière. Il a 28 ans, il est mature, et vient de se relancer. L’heure est arrivée de prouver qu’il peut réussir dans un des 5 grands championnats. Il suscite quelques convoitises comme celles du PAOK en Grèce, mais il est séduit par le discours de Daniel Flake et Stuart Webber. En effet, sous la houlette de Daniel Flake, l’ancien du Celtic comprend que Norwich veut développer un jeu attrayant, au sol, et qui mettra en lumière ses qualités.

Arrivé dans la peau d’un futur numéro 10, son rôle au sein de l’équipe prend une autre dimension après une rencontre face à Middlesbrough en septembre. Les Canaris l’emportent sur le score de 1-0, sur un but de Teemu Pukki. A partir de ce match, il s’impose durablement au poste de numéro 9.
La suite, vous la connaissez, les jaune et vert écrasent tout sur leur chemin. Une fin de saison en trombe, et un titre de Championship à la clé. Grâce aux préceptes de jeu de Daniel Flake, les Canaris et Pukki expriment toute l’étendue de leur talent. En effet, l’ancien joueur du Celtic aura inscrit la ribambelle de 29 buts et distillé pas moins de 9 passes décisives.
« J’ai progressé à 100% comme un joueur ici. Je n’étais pas fainéant avant, mais le style de jeu m’a fait plus travailler pour l’équipe. J’aime être l’attaquant de cette équipe. »
Auteur d’une très grande saison, Pukki est justement récompensé, et reçoit le titre de meilleur joueur de Championship.
Le regard tourné vers la Premier League, et les grandes joutes du championnat.

Des débuts ravageurs :

En ce début de saison, les protégés de Daniel Flake lancent directement les hostilités en se déplaçant sur la pelouse du champion d’Europe en titre, Liverpool. Une cité imprenable depuis plusieurs mois. Les Canaris subissent la loi des Reds, et prennent 4 buts en une mi-temps. La seconde mi-temps est meilleure, et Pukki se distingue en inscrivant son premier but en Premier League.
Le Finlandais est déjà prêt, et Newcastle en fera les frais une semaine plus tard. Triplé, et une victoire pour Norwich.

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Bis repetita le match suivant, il récidive de nouveau, et inscrit un but à Kepa lors d’un alléchant Norwich Chelsea. Déjà 5 buts en 3 matchs, Pukki débute son histoire avec la Premier League sur des standards très élevés.

Présent dans les grands moments, Pukki ira de son but lors de la victoire sensationnelle face aux champions en titre, Manchester City.

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Outre ses buts à répétition, Pukki est un homme clé du système de Flake. Véritable machine à courir, il prend part directement au pressing instauré par les Canaris, et accumule les kilomètres sans rechigner. Il est également très important dans la construction du jeu, qui repose sur une accumulation de passes au sol, et arrive à combiner dans des petits espaces. Plutôt rapide, il peut se distinguer lors de phases de contre-attaques et être aussi bien au début qu’à la conclusion de ces attaques rapides. En somme, il convient parfaitement au style véhiculé par Flake.

Puis plus rien, et les résultats de Norwich s’en ressentent. Le club n’avance plus et dégringole au classement, et devient même la lanterne rouge. Une incompréhension règne en maitre auprès des observateurs de ballon rond. Comment cette équipe qui respire le football peut-elle autant déjouer après avoir émerveillé les fans lors des premières journées ? 8 matchs de disette pour Pukki entre le 14/09 et le 01/12.

Heureusement qu’il ne connait pas pareille disette avec son équipe nationale. La clé de voute du collectif Finlandais s’est montrée particulièrement décisive, et les a menés vers une qualification à l’Euro. Auteur de 10 buts lors des qualifications, Pukki a permis aux Finlandais de connaitre leur première qualification dans une compétition internationale majeure, ce fut historique.

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Mais c’est un homme des grands rendez-vous. Pour relancer un compteur en berne, il ressort sa cape, et retrouve le chemin des filets face à Arsenal. S’en suivra un but à Southampton, malgré une défaite terrible pour l’équipe.

Le club n’avance plus, et pointe à une peu et reluisante 19ème place. Pas encore trop distancés pour le maintien, les Canaris doivent sortir le bleu de chauffe pour rattraper les 4 points qui les séparent du premier non relégable, Aston Villa.

Pour sauver sa peau en Premier League, Norwich aura besoin d’un grand Pukki en seconde partie de saison. Malgré ses 8 buts en 16 matchs, le club a du mal à sortir la tête de l’eau. Les matchs se suivent et se ressemblent pour les Canaris qui enchainent les contre-performances. Véritable attraction du début de saison, Norwich devra passer la vitesse supérieure et avoir un Pukki au top. Un joueur majeur qui a pris ses aises à Norwich, et sent bien : « Le succès ici est dû au fait qu’on soit une famille. Il n’y a pas d’égos, c’est le meilleur vestiaire dans lequel j’ai joué. On est tellement proches, c’est cool d’en faire partie. »
Pour la première fois de sa carrière, Teemu Pukki tire son épingle du jeu dans un grand championnat et peut aspirer à faire encore mieux.

« J’ai 29 ans, et cela a été une longue aventure. Cela n’est pas facile d’être footballeur. Cela demande beaucoup d’efforts en dehors du football. J’ai joué dans plusieurs pays, maintenant j’ai l’impression que cela paye. »

Ce dernier sait ce qu’il doit faire pour sauver les siens et partir l’esprit reposé à l’Euro 2020.

Photo crédits : Iconsport

Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?