Quelles perspectives d’avenir pour l’OM?

Solide second de Ligue 1, l’Olympique de Marseille réalise une bonne saison et peut espérer figurer en Ligue des Champions la saison prochaine s’il parvient à maintenir son rang d’ici au printemps. Pour autant, l’avenir du club, lui, reste incertain.

Au printemps dernier, l’OM prit un malin plaisir à renouer avec une de ses traditions : celle des crises, des romans, des secrets de coulisses. La fin d’une ère Garcia qui fut anodine sur le plan des résultats (5eme, 4eme, 5eme et une finale d’Europa League) mais extrêmement coûteuse a mis un sérieux coup d’arrêt au Champions Project. 

C’est que les couacs furent nombreux, trop nombreux, pour permettre aux ambitions affichées par le propriétaire Franck McCourt de se concrétiser. La stratégie était claire, elle était risquée mais avait pour leitmotiv l’efficacité : le recrutement de joueurs d’expérience devait permettre au club phocéen de retrouver une Ligue des Champions aussi lucrative pour la prospérité du club que moteur de sa progression sportive. Pour autant, et en dépit d’une enveloppe qui fut, comme promis, conséquente, la conclusion est radicale : l’échec est total.

De trop nombreux échecs 

Total, évidemment, parce que Marseille n’a plus réussi à retrouver sa compétition favorite depuis 2013 mais total, aussi, parce que le club s’est enfoncé dans une spirale économique vicieuse.

L’accumulation de joueurs trentenaires au moment de leur transfert ou devenus trentenaires depuis, si elle a effectivement permis au club phocéen d’emmagasiner de l’expérience, n’a pas été sans son lot d’inconvénients normaux avec le recrutement de ce profil là : salaire élevé, valeur marchande en déclin constant, performances sportives qui finissent, elles aussi, par décliner à un moment ou à un autre. 

La liste suivante regroupe quelques échecs monumentaux de l’OM.

Patrice Evra (35 ans à son arrivée, gratuit, salaire de 2,5 millions d’euros nets dépensés sur l’année qu’il passe à Marseille), Grégory Sertic (28 ans à son arrivée, transfert de 1,5 millions d’euros, salaire de 2,1 millions d’euros nets depuis son arrivée en janvier 2017 et exceptés les 6 mois qu’il passe en prêt), Aymen Abdennour (28 ans à son arrivée, prêt de 2 saisons entre 2017 et 2019, salaire de 2 millions d’euros nets), Kostas Mitroglou (29 ans à son arrivée, transfert de 15 millions d’euros avec 50% de la revente pour Benfica en août 2017, salaire de 1,5 millions d’euros nets).

Pour autant, elle n’est pas exhaustive. Le supporter Marseillais est par exemple en droit de juger Valère Germain comme étant un échec, d’autant plus qu’il arrive lui aussi à l’âge de 30 ans. L’arrivée de Mario Balotelli, resté 6 mois, n’a pas été accompagnée d’un faible salaire. Luiz Gustavo, s’il a brillé une saison durant, est pour autant reparti moyennant une très faible compensation, notamment due à son âge et son salaire imposant.

Enfin, comment parler d’échec sans relever le dernier en date, Kevin Strootman. Si ses qualités dans un vestiaire ne sont jamais remises en cause, c’est son apport sur le terrain qui l’est, lui qui n’est finalement pas un 6 mais tout en étant bien trop lent et emprunté pour jouer 8. À 25 millions d’euros le transfert et un salaire de 4,5 millions d’euros nets par an, l’échec est, là encore, absolument considérable.

Pour conclure sur le point des échecs massifs, il serait audacieux d’éviter la sérieuse épine Rudi Garcia et son duo salaire imposant (à hauteur de 2 millions d’euros nets par an) – départ coûteux (près de 13 millions d’euros). Pour une “démission”, là encore, la facture est salée!

Un effectif mal géré

Heureusement pour Marseille, si les errements du board sportif ont été vague, toutes les recrues ne sont pas des échecs absolus. 

Dimitri Payet est le premier d’entre eux, lui qui fêtera ses 33 ans le 29 mars prochain. Son salaire et son transfert sont parmi les plus élevés de l’histoire du club et, s’il est parfois agaçant, son apport est absolument considérable. La conclusion est claire et elle est sans appel : aucun joueur de l’effectif ne rivalise techniquement avec lui. Il ne s’agira cependant pas d’oublier que Payet vieillit et qu’il déclinera inévitablement, malgré tout l’amour qu’on peut porter pour un tel joueur.

La donne est similaire pour un Steve Mandanda donné perdu pour le football la saison dernière et qui retrouve son niveau international cette année. Son salaire est élevé, certes, et il fêtera ses 35 ans le 28 mars, un jour avant Payet. Pour autant, il est probablement le meilleur à son poste cette saison en Ligue ,1 avec Keylor Navas. Steve, lui aussi, s’approche de la fin.

Parmi les recrues de l’été 2019, Dario Benedetto et Alvaro Gonzalez* sont aussi deux trentenaires ( 30 ans fêtés le 8 janvier pour Alvaro, le 17 mai pour Dario). Si leurs salaires sont plus raisonnables que ceux qui étaient distribués par le passé et leur apport crucial dans la belle saison jouée par les marseillais, il n’est pas interdit de relever qu’ils sont trentenaires, eux aussi. 

Dans l’effectif, les joueurs d’âge mur voire avancé sont nombreux: Mandanda, Payet, Benedetto et Alvaro, donc, mais aussi Pelé (37 ans), Sakai (30 ans en avril), Sertic (oui il est toujours sous contrat et il a  30 ans), Strootman (30 ans en février), Germain (30 ans en avril). Kostas Mitroglou, qui fêtera ses 32 ans en mars, appartient, lui, toujours à l’OM. 

Hormis Pelé, gardien remplaçant en fin de contrat en juin 2020, et Sertic, qui ne joue plus et qui est lui aussi en fin de contrat en juin 2020, tous ces joueurs disposent s’étendant au moins jusqu’à l’année prochaine. Cette logique conduit à penser qu’il sera difficile de faire partir des trentenaires bien payés pour des sommes décentes tandis que de l’autre côté, le fair play financier continue à veiller au grain et à respirer dans la nuque des dirigeants marseillais.

Problème : si l’OM veut progresser et disposer d’une vraie marge de confort pour se qualifier en Ligue des Champions, il lui faudra inévitablement modifier son effectif.

Des contrats à bien gérer

Remodeler l’effectif, c’est anticiper l’avenir. À Marseille, les dirigeants et leurs erreurs payées sévèrement devraient finir par l’intégrer. Avec les fins de contrat de Nkounkou et Lihadji en 2020, ils ont face à eux deux jeunes décrits comme talentueux (surtout le second, qui est un cas un peu particulier) mais qui pourraient quitter le club. 

En 2021, ce sont 9  joueurs qui seront en fin de contrat. Steve Mandanda est le premier d’entre eux et nulle doute que sa saison 2020-2021 sera décisive. Pour autant, avec derrière lui Simon Ngapandouetnbu et Ahmadou Dia, décrits comme très talentueux, l’avenir semble serein.

Le jeune Lucas Perrin, devenu bon numéro 4 dans la défense marseillaise, sera lui aussi en fin de contrat. Sa prolongation de contrat ne devrait pas poser de grands soucis, tant il semble à l’aise à Marseille. Son potentiel réel, lui, reste encore à démontrer. 

Au milieu de terrain, Florian Chabrolle, Saïf-Eddine Khaoui et Maxime Lopez sont en fin de contrat. Si le premier devrait être prêté, le second, lui, n’a semble-t-il aucun avenir à Marseille malgré ses bonnes saisons en prêt à Caen et à Troyes. Il devrait vraisemblablement être vendu cet été. 

Le troisième, Lopez, pose problème. S’il n’arrive pas à s’installer durablement comme titulaire dans l’effectif, ses différents entraîneurs ne tarissent pas d’éloge sur lui et l’OM ne dispose d’aucun autre joueur dans son profil. Une prolongation suivie d’une vente n’est pas à exclure.

Enfin, quatres joueurs aux statuts particuliers. Jordan Amavi, Valère Germain et Florian Thauvin, eux aussi, arrivent en fin de contrat en juin 2021. Valère Germain est critiqué et n’a jamais réussi à s’imposer à Marseille. Il a 30 ans, un gros salaire. Une vente serait probablement une bonne solution pour les deux parties mais voudra-t-il partir si l’OM se qualifie en LDC?

Jordan Amavi, lui, a alterné le très bon (6 mois), l’extrêmement mauvais (1 an et demi) et le correct (depuis le début de saison). Il ne sera probablement jamais un joueur de la trempe d’un club qui nourrit de grandes ambitions. Pour autant, son âge (26 ans cette année) et sa valeur marchande (autour de 10 millions d’euros) sont de bons arguments en sa faveur. Il ferait un bon numéro 2 mais, quoi qu’il en soit, l’OM doit absolument recruter à son poste.

Pour le dernier, Florian Thauvin, la situation est différente. Il n’est pas pressé de prolonger et l’OM n’a pas l’air dans la hâte de s’infliger pour 2 ou 3 ans supplémentaire son salaire titanesque. Pour autant, il est la plus grosse valeur marchande du club et l’un des rares joueurs de haut niveau dont dispose le club. Son avenir se jouera cet été mais l’OM devra choisir rapidement de le prolonger ou de le vendre sous peine de perdre une somme qui ferait du bien aux finances.

Enfin, Kostas Mitroglou. Il n’a, semble-t-il, aucun avenir à l’OM, ni au PSV, ni à Galatasaray. Son implication est jugée nulle dans ces différents clubs, il n’est plus décisif, il a coûté cher, il coûte encore cher en salaire et ne rapportera rien. Il s’agira donc pour les olympiens de s’en débarrasser au plus tôt, mais où et à qui? En cas d’échec, il jouera probablement les super-sub à Marseille mais quel supporter l’acceptera?

Une colonne solide mais qui risque de bouger

Enfin, il existe évidemment de solides raisons d’être optimiste pour l’OM. Le recrutement de l’été dernier, confié au directeur sportif (hors Benedetto, demande expresse de Villas-Boas) est une réussite indéniable. En cas de qualification en Ligue des Champions couplée à une bonne vente, il n’est pas interdit de rêver d’un mercato ambitieux (les manques sont nombreux, du latéral gauche au numéro 9 en passant par le latéral droit, la sentinelle et l’ailier droit).

Parmi le 11 titulaire, certains semblent s’approcher du niveau attendu pour la Ligue des Champions tout en cumulant d’autres avantages. C’est notamment le cas de la charnière centrale où tous ont rendu satisfaction. Duje Caleta-Car et Boubacar Kamara (car oui, il est bien meilleur derrière) sont jeunes, très talentueux, disposent de contrats longue durée et d’une valeur marchande très élevée. Ouf!

Si l’OM ne peut malheureusement en dire autant à propos de ses latéraux, Bouna Sarr, Jordan Amavi et Hiroki Sakai ont au moins pour eux d’avoir une valeur marchande pas inintéressante (aux alentours des 10 millions d’euros pour chacun).

Au milieu de terrain, le duo Sanson-Rongier détonne. Recruté cet été pour 13 millions d’euros, l’ancien capitaine des Canaris Nantais en vaut au moins le double. À bientôt 26 ans, il peut même espérer rejoindre l’équipe de France à terme. 

Sanson, lui, a le même âge, est arrivé pour un montant similaire mais disposerait même d’une valeur marchande supérieure, lui dont le profil semble coller au championnat anglais. Il pourrait être le premier marseillais de l’ère Villas-Boas à quitter le navire et sérieusement redresser les finances marseillaises.

Si Lihadji aurait pu (et pourra encore à l’avenir) intégrer la catégorie des éléments positifs de l’OM, c’est l’étonnant Radonjic qui s’y présente. Lui dont on a dit que le transfert avait été surévalué de près de 100% (acheté 12 millions contre 6 de valeur réelle), le voilà devenu très intéressant dans un rôle de super-sub qui lui va à ravir. S’il doit encore démontrer sa constance et sa capacité à briller sur le long terme, il est jeune (24 ans en février), dispose d’une bonne valeur marchande et d’une polyvalence pas inintéressante, bien qu’il soit meilleur à gauche. 

Enfin, en attaque, c’est le jeune Marley Aké dont André Villas-Boas et Ricardo Carvalho disent le plus grand bien. Extrêmement jeune (il a fêté ses 19 ans le 5 janvier), il gravit progressivement les échelons et gratte du temps de jeu ici et là. Si les marseillais attendent encore qu’il soit décisif, il pourrait bien incarner le futur de l’attaque olympienne.

Un tournant à venir?

En conclusion, la bonne saison de l’Olympique de Marseille doit être considérée comme une aubaine pour ses dirigeants, un moyen et non une fin. Il doit leur permettre, grâce à une conjoncture extrêmement favorable (départs de Pelé et Sertic, manne de la Ligue des Champions, manne des nouveaux droits TV de la Ligue 1, étau du fair-play financier qui devrait diminuer), de repartir sur de nouvelles bases.

Car l’OM ne doit pas l’oublier : il ne dispose pas des effectifs de Paris, évidemment, ni même de Monaco. Il ne dispose pas des moyens de rebondir de Lyon ou des jeunes à 90 millions d’euros de Lille. Il s’agit donc de construire, construire et reconstruire, pour arriver à la hauteur de ces clubs là en termes de gestion et de perspectives d’avenir. Il faut que l’OM dispose de pépites enviées par l’Europe entière. De joueurs capables de porter l’Olympique jusqu’aux sommets de la Ligue 1, de défendre l’honneur des marseillais sur la scène européenne. Cette fois, il n’y a plus droit à l’erreur.

*ndlr : Si la levée de l’option d’achat dont dispose l’OM pour Alvaro ne fait plus de doute, aucune information réelle sur son montant et sur la durée de son contrat n’est pour le moment disponible.

Crédit photo : Icon Sport

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