Lolololololololo, Edinson Cavani. On y a longtemps cru, mais ce chant n’est pas encore près de s’arrêter de retentir dans les tribunes du Parc des Princes. Après un mois interminable de tractations avec l’Atletico Madrid, dont l’imagination en matière de transferts rivalise avec celle de son jeu offensif, le PSG voit son buteur uruguayen rester au club jusqu’à l’expiration de son contrat, en juin prochain. Entre une sortie individuelle à soigner et un objectif collectif à atteindre, le compromis bien qu’excitant n’est en rien garanti. Et si c’était cette incertitude qui, justement, offrait à Cavani un dernier défi à la hauteur de ses accomplissements franciliens ?

L’aine ou la cuisse

En ce 4 février, jour de Nantes-PSG, Edinson Cavani comptabilise 589 petites minutes de jeu, pour cinq buts, lors des six premiers mois de la saison. Un bilan d’abord dû aux blessures, qui l’ont rendu indisponible pour 24 rencontres des hommes de Thomas Tuchel. Entre la hanche, la cuisse, le mollet et l’aine, la condition physique de Cavani est de plus en plus incertaine depuis le claquage subi en tirant un penalty, contre Bordeaux, le 9 février dernier. Et si certains martèlent qu’un buteur absent dans le jeu est inutile, imaginez ce qu’il advient d’un buteur absent sur blessure. L’absent qu’il est a eu tort, surtout lorsque les solutions pour le remplacer sont respectivement Mauro Icardi et Kylian Mbappé. Alors, avant d’évoquer plus en profondeur la concurrence, il convient d’affirmer que les blessures représentent le vrai point noir à surmonter afin qu’il retrouve une place probante dans l’effectif parisien. Et ça, nul ne peut prévoir comment le corps du Matador va réagir dans les prochaines semaines.

Car dès lors qu’il a été disponible, Tuchel ne s’est pas privé de l’utiliser. Et ce, même si la surréaction médiatique, après ses deux entrées en jeu à la 86e contre Nantes puis Monaco, peut faire penser le contraire. En effet, hormis ses cinq titularisations, il a plutôt été un joker, qui rentrait régulièrement aux alentours de la 70e minute, afin d’offrir une alternative à son concurrent argentin. Une gestion finalement plutôt cohérente avec son statut sportif actuel. Pour autant, avoir en troisième option le meilleur buteur de l’histoire de son club est un cas assez peu commun, qui interroge forcément dans un vestiaire où pour certains, l’intérêt collectif semble passer après la quête perpétuelle de statistiques et d’attention. La stabilité de ce cirque se joue dans un subtil dosage des égos, un exercice dont Thomas Tuchel raffole, à moins qu’il n’apprécie juste énormément les câlins. Plus sérieusement, le traitement infligé à Cavani n’a rien de rédhibitoire si l’on juge uniquement son rendement sur le pré vert.

Sportivement, il est effectivement difficile de reconnaître le Cavani qu’on a connu. Cette version plus statique, que ce soit dans les appels ou dans le dézonage, apparaît somme toute plus proche d’Icardi. Si cela en fait donc un profil compatible pour remplacer numériquement le pire ennemi de Maxi Lopez, ce n’est pas pour autant un gage d’amélioration pour le secteur offensif parisien, tant Icardi n’a pas réglé les problèmes qui existaient depuis déjà deux saisons avec Cavani. Leurs objectifs pour les matchs couperets ? Espérer que sur ses 14 ballons touchés, Icardi marque un but, voire deux. Et si ça ne marche pas, prier pour que Cavani inscrive un but de raccroc en cinq minutes ? C’est volontairement réducteur, mais l’on ne doit pas être si loin de la réalité. En se déconnectant du jeu, ces deux attaquants acceptent le risque que l’on réduise leur appréciation à un simple geste de buteur, une reprise de volée ou une tête décroisée qui fait basculer le destin du PSG. À ce jeu-là, Icardi a pour l’instant pris les devants. Mais Cavani n’est jamais bien loin, surtout au premier poteau…

Boucler la boucle

Au vu des déclarations de son entourage, notamment celles de son demi-frère : « Le plus important, c’est ce qu’a fait Edi pour partir. » (Cadena SER), il est clair que l’Uruguayen était prêt à tout pour signer un dernier beau contrat et courir dans le vide pour le Cholo. Est-ce que cela met à mal le mythe du héros prêt à tout pour le club et le maillot ? Forcément. Pour autant, le soutien populaire autour de l’attaquant n’est pas près de faiblir, surtout dans les tribunes du Parc. Tous les joueurs ne sont évidemment pas logés à la même enseigne, on ne vous apprend rien, mais le fait de compter sur Cavani au sein du groupe vaut largement l’économie de 18 millions d’euros. L’émulation autour de ses entrées, l’ambiance positive véhiculée par ses foulées et l’envie de ses coéquipiers de le faire marquer sont autant de facteurs susceptibles d’amener un second souffle en fin de match à une équipe qui adore l’exhibition et le ronronnement.

Aujourd’hui bloqué à 198 buts inscrits pour le club de la capitale, ces six prochains mois sont aussi l’occasion de cimenter un peu plus ses records, d’enrichir son palmarès national et forcément d’appréhender une dernière campagne européenne dans un rôle différent. Parce que s’il a été régulièrement pointé du doigt lors des échecs répétitifs en Ligue des Champions, il n’en reste pas moins le meilleur réalisateur de l’histoire du club avec 30 pions. On compte d’ailleurs, parmi ceux-là, des buts décisifs dans le money time contre l’Olympiakos ou Chelsea. S’il réussit à remettre corps et esprit en marche, l’espoir existe pour qu’il puisse aider le club à atteindre ses objectifs. Après tout le soutien qu’il a pu recevoir, un engagement maximal est évidemment la moindre des choses. Pour qu’au bout de ces six derniers mois, ce faux départ hivernal ait laissé place à une arrivée en apothéose.

Si ce long jubilé ne doit pas prendre le pas sur l’accomplissement collectif, il sera pourtant naturel de scruter avec émotion chaque ballon, chaque frappe, chaque retour défensif, chaque coup de tête ou même chaque raté burlesque. Le temps se chargera de modeler la place qu’occupera Edinson Cavani dans l’histoire du Paris-Saint-Germain, mais en attendant, nous assistons aux derniers instants parisiens d’un buteur qui ne laisse personne indifférent. Ces derniers mois, marqués par son désir de s’en aller et par le vacillement progressif d’une icône autant contestée qu’adulée, nous ont appris que même les plus belles histoires ont parfois ce petit goût amer qui nous amène à penser que cela aurait pu se finir plus tôt, et autrement. Heureusement pour Edinson Cavani, il lui reste six mois de compétitions, d’hommages et sans aucun doute, de buts. Alors, en avant, Matador.