Comment la relation entre l’OL et ses supporters s’est-elle détériorée au fil des années ?

Très agressive sous Génésio, la colère des supporters lyonnais semble se généraliser et ne pas redescendre, malgré un léger apaisement suite aux « bons » résultats de l’OL du début d’année. Mais quelles sont les sources de cette opposition, qui a explosé aux yeux de tous en 2019 ?

Une qualification pour les 8e de finale de Ligue des Champions, obtenue à domicile dans un stade à guichets fermés et pourtant, l’image de la soirée reste cette altercation entre les supporters lyonnais et leur capitaine, Memphis Depay. Aucune réaction n’est plus symbolique que celle-ci pour exprimer le malaise entre les fans lyonnais et leur club. De Claude Puel à Rudi Garcia, en passant bien évidemment par Bruno Génésio et Marcelo, la fronde des supporters à l’encontre de l’institution OL n’a fait que grandir ces dernières années. Au point d’exploser, au moment le plus festif d’un début de saison très compliqué.

Pas avares en critique, les supporters lyonnais, menés par les Bad Gones ou par des internautes, réalistes pour certains, trop exigeants pour d’autres, se sont régulièrement opposés aux choix du directoire lyonnais, parfois avec virulence. Mais d’où provient cette relation qui ne cesse de se détériorer ?

Une contestation réellement née sous Génésio…

Si la fin de l’ère Puel avait posé les premières briques, avec des banderoles demandant sa démission éparpillées au sein la ville aux deux collines, l’ère Génésio a réchauffé un climat qui s’était adouci. « La volonté était de passer un cap sportif. Je ne voulais pas spécialement un gros nom, mais je voulais au moins ressentir un changement. Génésio, l’adjoint de Hubert Fournier est finalement signé en décembre 2015. La grande partie de la frustration est née au moment de sa nomination », se souvient Sofiane, supporter lyonnais mieux connu sous le pseudonyme @Eddy_Fleck, sur Twitter. Malgré les six bons premiers mois de l’actuel entraîneur du Beijing Guoan, la contestation sur les réseaux sociaux ne faiblit pas alors que l’OL patine, sans progression sportive apparente.

Après plus de trois ans passés à la tête du club rhodanien, Bruno Génésio, bien aidé par Jean-Michel Aulas, a fini de diviser les supporters lyonnais avec leur club de cœur. « La cassure fut progressive, ces trois ans et demi ont fait beaucoup de mal au club », poursuit Sofiane. De son côté, Yaman, abonné du Groupama Stadium dans le virage sud, raconte la tension grandissante, alors que la fin du contrat de l’ancien coach lyonnais approchait : « La tension augmentait, mais les kops essayaient de la masquer pour éviter une explosion. Mais à force de tirer sur la corde, elle fini par rompre ».

Et elle rompt une première fois le 2 avril 2019, après l’élimination, à domicile, en demi-finale de la Coupe de France face à Rennes (2-3). « Plus personne ne soutenait Génésio, les kops souhaitaient son départ mais la consigne officielle était de les supporter jusqu’au bout, lui et l’équipe. Après la défaite, toute la pression accumulée au cours des dernières années a explosé. Après ce match et jusqu’à l’annonce du départ de Génésio (ndlr : intervenue le 13 avril), l’ambiance était très pesante, que ce soit au stade ou dans le vestiaire », raconte Yaman. Durant cette courte période, l’OL enregistrait d’ailleurs deux défaites : à domicile contre la lanterne rouge Dijon (1-3) et à Nantes (2-1).

… et exacerbée avec Rudi Garcia

Suite au départ de Génésio et aux arrivées successives de Juninho et Sylvinho, un nouvel élan s’empare des virages lyonnais. L’heure est à l’optimisme et au rassemblement. Pourtant, le coach brésilien ne passera pas l’hiver et, pour ne rien arranger, le directeur sportif lyonnais et son président décident de nommer Rudi Garcia entraîneur de l’OL.

Comme par magie, le climat délétère est de retour, dès le premier match de l’ancien coach marseillais, aux relations historiquement tendues avec Lyon.

« Rudi Garcia était détesté partout autour de l’OL et sa nomination n’a fait que renforcer le climat néfaste. Les blessures et les mauvais résultats ont confirmé cette tendance », se souvient Yaman. De cette tension a découlé la fameuse altercation entre Memphis, Marcelo et les Bad Gones, le groupe de supporters le plus influent du club.

« J’ai trouvé la direction de l’OL assez absente après cet incident », juge Sofiane. Dans la sphère médiatique, il est vrai que Aulas et Juninho ont pris leur temps pour réagir. Pourtant, en coulisse, Jean-Michel Aulas s’est activé. « Le Kop Virage Nord (le nom officiel des Bad Gones) a été reçu par le président. Nous aurions pu prendre position, nous en avons discuté avec les autres groupes de supporters, mais nous nous sommes abstenus », témoigne George Huguet, président du groupe de supporters Générations OL, le 3e plus gros du club. Ce dernier est régulièrement en contact avec des membres du club, dédiés à la relation avec les groupes de supporters. Il est même convié, plusieurs fois par an, à des réunions avec Jean-Michel Aulas, Juninho et les entraîneurs des équipes masculines et féminines pour faire des points sur la politique du club, ce qui participe à créer « une relation directe et franche avec les supporters du club », selon George Huguet.

« Un climat de défiance entre les supporters et la direction de l’OL »

Actif en interne, Jean-Michel Aulas notamment l’est aussi en externe. Et cette communication sulfureuse, si elle a parfois du bon, a également creusé le fossé entre les supporters lyonnais et l’OL, notamment lors de la période de Génésio. « Il était dans son rôle, mais il le défendait avec des éléments fallacieux », juge Sofiane. « Cela a instauré un climat de défiance entre les supporters, sur Twitter notamment, et la direction de l’OL », poursuit Yaman.

Pour ne rien arranger, Bernard Lacombe, à l’époque conseiller d’Aulas, attaquait de front les supporters de son club de toujours : « Les supporters ils arrivent et ils commencent à dénigrer car il y a Pierre, Paul ou Jacques qui ne jouent pas. Mais comment ces gens-là, qui n’ont aucune compétence, peuvent-ils se permettre de venir le jour du match, comme cela, et donner des avis ? […] Ils ont vécu quoi après avoir joué en Promotion de district régional ? C’est tout ce qu’ils ont fait ».

Un amour resté intact pour les gones

Pourtant, le supporter de football n’est en général pas rancunier. Malgré cette sortie médiatique offensive, Bernard Lacombe a reçu un hommage plus qu’appuyé du club et de son stade, dix mois plus tard, lors de son départ à la retraite.

https://twitter.com/OL/status/1206240312215166976?s=20

Cet exemple traduit un vrai amour des supporters olympiens pour les figures emblématiques de leur club. Tantôt critiqué, Jean-Michel Aulas, de par son aura, arrive toujours à remobiliser ses troupes. « Nous savons le travail que notre président a fait depuis des années. Même si nous ne sommes pas toujours d’accord, nous lui faisons entièrement confiance », confirme George Huguet. Si Sofiane tempère lui cet engouement pour le président du club, il accorde une grande confiance à Juninho, malgré des débuts compliqués. « Certains de ses choix l’ont affaibli, mais il est très important car il a un discours qui éclipse un peu celui d’Aulas et car il a un lien très important avec les supporters. C’est également l’un des seuls à parler de jeu. Plus personne ne parlait vraiment de football à l’OL ».

Lyonnais de cœur, cœur de lyonnais

Et le football à l’OL a souvent été porté par son académie. De Benzema à Cherki, en passant par Lacazette, Tolisso, Umtiti, Fekir, Lopes, Aouar ou plus récemment Caqueret, le centre de formation lyonnais tient une place toute particulière au sein du club. Et dans le cœur des supporters. « Un gros problème de l’époque de Génésio était qu’on entendait que « la jeunesse était un problème » alors que ce qui sauve l’OL depuis des années, ce sont les gamins du club », se rappelle Sofiane. A l’époque de Remi Garde ou d’Hubert Fournier, l’OL ne brillait pas. Pénalisé par le coût exorbitant de son futur stade, Lyon ne peut recruter, mais ne sombre pas, comme tous les autres grands clubs français, excepté le PSG, ont pu le faire depuis 2010. Ce maintien à un niveau au moins correct, l’OL le doit à son centre.

« Ce qui caractérise l’OL, comme très peu de clubs au monde, c’est son centre de formation. C’est l’identité du club. Comme beaucoup de supporters, ce sont Cherki et Caqueret qui me poussent à regarder les matchs aujourd’hui », poursuit-il. Si le centre a été mis de côté lors des dernières années, il semble revenir sur le devant de la scène. Recruté cet hiver pour 12 millions d’euros au Havre, Tino Kadewere est finalement prêté jusqu’à cet été, pour ne pas empiéter sur le temps de jeu du très jeune Rayan Cherki. Dans le même temps, Maxence Caqueret semble enfin installé, aux côtés d’un autre gone, au milieu du terrain.

Il n’y a pas qu’aux joueurs du centre de formation que les suiveurs de Lyon se sont attachés ces dernières années. En effet, des joueurs étrangers comme Juninho, Lisandro Lopez ou même Rafael font, encore aujourd’hui, l’unanimité dans les travées du Groupama Stadium.

C’est en négligeant son centre de formation, auquel les lyonnais sont très attachés, en ayant une communication réductrice et en opposition avec ses supporters et en ne proposant pas de réelle progression sportive depuis l’arrivée du nouveau stade que l’OL est entré, peu à peu, en conflit avec ses supporters. « Sans vous, je n’ai aucune chance d’y arriver. J’ai besoin de vous », avait déclaré Jean-Michel Aulas, face à une tribune agressive après le derby du Rhône perdu, en 2010. Pour les récupérer une bonne fois pour toutes, le président connait sans doute la formule. Du jeu, des victoires, une équipe compétitive et des joueurs qui ont l’amour du maillot devraient rétablir un environnement sain pour lui, les joueurs et les tribunes.

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