Avant d’être une légende du Real Madrid et persona non grata en équipe de France, Benzema était un jeune Lyonnais plein d’ambition. Sous le maillot de l’OL, le buteur a marqué des buts et les esprits. Retour sur le Benzema d’avant, le Benzema insouciant, le Benzema en développement, le Benzema du Rhône.

« Je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître », chantait Charles Aznavour dans la mythique La Bohème. Il n’est pas question ici de Montmartre et de ses lilas, mais bien d’un temps révolu, d’un souvenir intense, qui ne perd pas de sa superbe. Le 19 décembre 1987 naît, à Lyon, un jeune enfant d’origine algérienne prénommé Karim Benzema. Amoureux du ballon rond, il grandit à Bron, une commune frontalière avec la ville lumière. Le jeune joueur n’a que neuf ans lorsqu’il rejoint l’OL, suite à un match contre le club phare de la région. La suite, tout le monde la connaît : une explosion au plus haut niveau avec Lyon, quatre Ligues des champions avec le Real Madrid et des scandales qui viennent ternir sa carrière internationale et son image en France. En effet, selon un sondage Odoxa réalisé pour RTL et Winamax en 2017, 78% des Français ne souhaitaient pas un retour de Benzema en équipe de France. Pourtant, au milieu d’une horde de détracteurs, un petit village résiste encore et toujours à l’envahisseur : Lyon.  

« Pour moi, revenir à Lyon et terminer à Lyon, pourquoi pas. De toute façon, je reviendrai à Lyon, que ce soit comme footballeur ou pas. » Karim Benzema a prononcé, sur OL TV ce vendredi 17 avril, la petite phrase que tout supporter lyonnais rêve d’entendre. Le retour de l’enfant prodige est régulièrement évoqué par les dirigeants lyonnais ou par le joueur lui-même. Et fait frissonner plus d’un, tant ses cinq années au club, notamment les deux dernières, sont gravées dans les entrailles de l’OL. 

Un gone, un vrai

Le gamin qui a grandi en banlieue lyonnaise est devenu grand. Mais ses racines restent bien implantées. Il n’hésite d’ailleurs pas à le rappeler, comme lors d’un live avec Jhon Rachid, le youtubeur lyonnais le plus connu d’Internet.

Par ce genre de petites phrases, Karim Benzema remémore ses cinq années passées au club qui l’a vu éclore, devant les 45 000 spectateurs de Gerland acquis à sa cause. « Il y a un lien particulier entre les joueurs formés à Lyon et la ville, nous explique Sofiane, supporter lyonnais infulent sur Twitter (@Eddy_Fleck). Il y a une âme supplémentaire quand un joueur formé au club est sur le terrain. Benzema est aimé pour sa grande carrière, bien sûr, mais c’est fortement accentué par le fait qu’il vienne de Lyon. » Yaman, abonné du Groupama Stadium dans le virage sud, va encore plus loin sur l’influence que Benzema conserve depuis son succès en terres espagnoles : « C’est quelqu’un qui rend fier l’OL, les supporters et toute la ville de Lyon. »

A LIRE AUSSI – Florian Maurice, couper le cordon pour prendre les rênes d’une direction sportive

Malgré un départ dans le club de ses rêves, « KB9 » continue de revenir régulièrement dans la ville qui l’a vu naître et exploser. En 2017, il en profitait même pour fouler de nouveau la pelouse du stade Gerland, le théâtre de ses exploits passés, en compagnie de son mentor et ami, Bernard Lacombe. « Je me rappelle de beaucoup de choses, de beaucoup de sensations. J’ai des flashs », déclare un Benzema nostalgique, dans le documentaire de Canal+ « Le K Benzema ».

Des performances mythiques

Si l’international français se souvient d’autant de souvenirs, c’est qu’il y en a à la pelle. L’homme aux 81 sélections en équipe de France (27 buts) a, très tôt, su marquer les esprits des supporters. « Dès qu’il est apparu avec les pros, on a vu qu’il était très doué, qu’il savait ce qu’il voulait, se souvient Georges Huguet, président de Générations OL, le 3e groupe de supporters le plus influent du club. On a ensuite vu sa progression et avec quelle conviction il jouait. Ce qui le caractérise à l’OL, c’est ses coups d’éclat. Le genre d’action d’un joueur qui a la classe. »

A LIRE AUSSI – Lisandro Lopez, l’idole par-delà les frontières

Parmi ces coups d’éclat, certains restent évidemment plus dans les mémoires que d’autres. Comment ne pas parler du 27 janvier 2008 et d’un derby Saint-Etienne – Lyon, sur le point d’échapper aux griffes lyonnaises pour la première fois depuis 1994. Son équipe menée 1-0, Benzema provoque un coup franc à la 90e minute. Sans Juninho, la nouvelle star du club prend ses responsabilités. « Quand il pose le ballon, on voit son regard et on comprend qu’il va marquer », se rappelle George Huguet. « Il y a tout dans ce but, ajoute Sofiane. Le geste est très compliqué, mais j’aime surtout ce qu’il se passe avant. On le voit se concentrer, la petite goutte de sueur qui lui tombe du nez… Le symbole du joueur formé à Lyon qui marque à Geoffroy-Guichard est énorme. »

Mais le terrain de jeu favori de Benzema, c’est l’Europe. Quand l’hymne de la Ligue des champions retentit, son talent se décuple. Il marque, à 17 ans, son premier but en professionnel face à Rosenborg (victoire 2-1). Deux ans plus tard, lors de la saison 2007/2008, il endosse enfin le costume de titulaire. Et également de sauveur. Face aux Glasgow Rangers, lors de la dernière journée de la phase de poules, l’OL, éliminé au coup d’envoi, repart d’Ecosse avec une victoire 3-0 et un doublé de son jeune buteur (20 ans). Lors du tirage au sort des 8es de finale, Lyon hérite du Manchester United de Cristiano Ronaldo, Wayne Rooney, Ryan Giggs, ou encore Rio Ferdinand. L’occasion pour Benzema de montrer son talent aux yeux de l’Europe, avec un enchaînement technique resté intemporel (voir vidéo).

Plus le temps avance, plus l’espoir d’un retour grandit

Peu après son départ, à l’été 2009, Benzema revient à Gerland, cette fois sous les couleurs madrilènes. En 2011, à l’occasion du 8e de finale aller de Ligue des champions, il entre en jeu sous l’ovation des supporters lyonnais. Quelques secondes plus tard, il crucifie Hugo Lloris, sans célébrer son but (1-1). Mais alors, que donnerait un nouveau retour dans le Rhône de l’attaquant de 32 ans ? « Il aurait droit à un accueil formidable, prévient Yaman. Car il entretient l’amour des supporters lyonnais à travers des déclarations, ou en intervenant sur OLTV par exemple.» En effet, à Lyon, la carrière de Benzema est scrutée d’un œil particulier. Sofiane l’explique : « Il est parti assez tôt, donc le prolongement que nous n’avons pas eu avec lui, nous le répercutons sur ce qu’il fait dans un grand club. Sa cote d’amour s’est développée après son départ, ce qui n’est pas le cas des autres Lyonnais partis plus récemment. » 

A LIRE AUSSI – Karim Benzema, l’opinion publique m’a tuer

Et donc, l’enfant du club, celui pour lequel Jean-Michel Aulas « a les yeux d’un père », nourrit toujours autant de fantasmes quant à un possible retour. « Il y a souvent ce genre d’histoire en Amérique du Sud, ça serait merveilleux de voir cela chez nous », se prend à rêver Yaman. Sofiane, lui, prend l’exemple du retour de Fernando Torres à l’Atlético Madrid pour, lui aussi, fantasmer sur un retour de Benzema en terres lyonnaises : « Il y a des rendez-vous avec l’histoire qu’il est impossible de refuser. Un retour de Benzema, je signe tout de suite. Certaines choses doivent se faire, même si ce n’est pas forcément une bonne idée. » 

Karim Benzema est aujourd’hui lié avec le Real Madrid jusqu’en juin 2022. À la fin de son contrat madrilène, l’attaquant aura 34 ans. L’âge idéal pour un retour au bercail ? L’histoire nous le dira. À défaut de pouvoir lire le futur, il faut parfois regarder le passé. Et celui de Benzema à l’Olympique Lyonnais demeure toujours aussi réel, toujours aussi radieux.

Crédit photo : Icon Sport

0