Au coeur de l’été décisif de l’OM

 Les périodes d’accalmies se comptent sur les doigts d’une main à la Commanderie. Cette intersaison ne fera pas exception et des enjeux de taille se dressent sur le chemin de l’OM : la vente du club, une situation financière préoccupante et surtout une Ligue des champions à préparer. Le moment idéal pour savoir où se situe réellement l’Olympique de Marseille face à ses objectifs.

À remplir : organigramme et porte-monnaie

Le 15 mai 2020 ressemblait étrangement à un 8 août 2015 du côté de l’OM.  Andoni Zubizarreta quittait sa fonction de directeur sportif, emmenant possiblement André Villas-Boas dans ses bagages. Un vrai-faux départ du coach portugais qui aura rappelé le traumatisme émotionnel vécu par les supporters, au soir de la démission de Marcelo Bielsa. Le départ de « Zubi » a choqué son monde mais semblait préparé en interne.

La dichotomie effectuée par Jacques-Henri Eyraud à travers les postes de « Head of business » et « Head of football » n’est qu’un faux-semblant. Des anglicismes où réside la ruse, car cette séparation des rôles préexistait à l’annonce faite par le président olympien. Laurent Colette occupait déjà la fonction de « Head of business » puisque ses prérogatives couvraient notamment le développement commercial du club. Un rôle qu’occupe désormais Hugues Ouvrard, ex-cadre dirigeant chez Microsoft. Zubizarreta, quant à lui, occupait le poste de « Head of football » à travers ses fonctions de directeur sportif. Un effet d’annonce qui montre que, plus qu’une réorganisation, ce fût une affaire d’hommes.

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L’apport de l’ex-gardien espagnol se mesure notamment à travers la refonte du modèle du centre de formation. Durant son mandat, il aura notamment permis à la pieuvre marseillaise de déployer ses tentacules dans la région provençale. Une nécessité pour l’Olympique de Marseille qui voyait lui échapper un nombre colossal de talents ces dernières années. Les partenariats noués avec les clubs amateurs de la région lui permettront, si ce n’est de récupérer automatiquement, d’avoir un suivi plus étroit et un droit de regard sur le vivier régional.

Les ramifications posées, Zubizarreta n’était plus aussi indispensable au sein du club. Une réalité soulignée par son incapacité à dégager des ventes conséquentes dans une ère où l’impératif rentable s’impose à l’OM. Du côté du centre de formation, Nasser Larguet reprend le flambeau tandis que le club cherche toujours son serial-vendeur. Mais le mercato n’attend pas.

Des dates perturbées, une surface financière réduite et des sanctions prononcées par l’UEFA forcent le club à s’adapter. André Villas-Boas s’est ainsi mué en directeur sportif et mène la barque olympienne sur le marché des transferts.

À compléter : effectif limité

Le Portugais a d’ailleurs clairement identifié les besoins de son effectif : un défenseur capable d’évoluer sur un côté, un milieu plutôt défensif ainsi qu’un attaquant pouvant jouer sur les ailes. Une liste de courses qui semble être le strict minimum pour renforcer l’effectif marseillais, tant ce dernier commençait à grincer avant l’arrêt du championnat.

Force est de constater que Villas-Boas prend au sérieux son rôle de directeur sportif, puisqu’il a établi une liste de noms pour chaque poste ciblé. Mieux, Pape Gueye est déjà venu renforcer l’entrejeu de l’OM en provenance du Havre. Un recrutement intelligent au vu des potentialités du joueur et du coût zéro de l’opération. Comme la bonne nouvelle n’arrive jamais sans la mauvaise à Marseille, l’imbroglio contractuel autour du transfert pourrait donner du fil à retordre aux juristes du club.

Dimitri Payet, Steve Mandanda et Florian Thauvin, cadres du vestiaire, devraient être marseillais la saison prochaine. Une prolongation « à vie » durée a été signée pour le premier et l’assurance de la présence des deux autres a été donnée par l’état-major du club. C’est pourtant loin d’être suffisant si l’OM veut être compétitif sur tous les tableaux.

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Derrière, si l’option d’achat d’Alvaro Gonzalez a été levée, un éventuel départ de Duje Caleta-Car laissera l’OM sans un deuxième central capable d’assumer la fonction de titulaire. Jordan Amavi a retrouvé des couleurs à gauche, mais il ne possède toujours pas de doublure. Hiroki Sakai, voire Bouna Sarr assuraient l’intérim, mais tous les deux sont susceptibles de partir en cas d’offre intéressante. La Provence rapportait que de nombreux clubs européens flairent la bonne affaire avec Sarr.

Au milieu, Boubacar Kamara s’est imposé comme le taulier au poste de numéro 6, juste derrière un Valentin Rongier convaincant et Morgan Sanson auteur d’une belle saison. Si Kamara constitue l’une des rares grosses valeurs marchandes de l’effectif, il n’a pas la moindre intention de quitter l’OM selon L’Équipe. Sanson, lui, ne serait pas retenu.

Devant, les alternatives ne sont pas nombreuses en cas de blessure de Dimitri Payet, Dario Benedetto ou Florian Thauvin. L’attaque marseillaise manque cruellement d’un deuxième attaquant crédible. Un rôle que peine à assurer Valère Germain, à un an de la fin de son contrat.

La polyvalence des profils recherchés illustre la faible marge de manœuvre de l’OM pour combler des besoins conséquents. M’Baye Niang, annoncé depuis près de 2 mois, est en mesure d’évoluer dans l’axe ou sur l’aile. En défense, les pistes Balerdi et Todibo sont toutes deux évoquées. Là encore, les deux joueurs peuvent s’aligner en défense centrale ou en sentinelle. Chez les indésirables, Kostas Mitroglou, Kevin Strootman ou encore Valère Germain font figure de tête d’affiche. Avec des salaires qui refroidissent d’éventuels prétendants.

Pourtant, l’OM doit réussir à dégager plusieurs dizaines de millions d’euros pour répondre à l’échéancier fixé par l’UEFA. D’où les probables départs de joueurs vedettes, ou presque. Une chose est sûre : Marseille devra faire preuve d’une grande habileté pour réaliser un mercato cochant les cases sportives et financières.

À espérer : l’apport du centre de formation

Fait rare : 5 contrats professionnels ont été signés récemment à l’OM. S’il est possible d’y voir les premiers fruits du long travail que constitue la formation, il est difficile d’évaluer l’impact sportif que peuvent avoir ces signatures sur le court terme.

Signer des jeunes, c’est aussi se forger un argument de poids à l’heure de capter les meilleurs talents de la région. Il était vital de démontrer qu’il est possible de signer professionnel à l’OM. C’est également une manière de protéger contractuellement une génération de jeunes qui sera exposée aux recruteurs européens à l’occasion de la Youth League.

Ces variables prises en compte, il est nécessaire de relativiser l’impact immédiat que pourront apporter ces jeunes joueurs. Hormis Marley Aké (19 ans), qui a joué 13 matches avec l’équipe première la saison passée, il se pourrait qu’Ugo Bertelli (17 ans ce mercredi), convoqué lors du déplacement à Lyon le 12 février dernier, puisse gratter quelques minutes. Décrit comme un milieu box-to-box, il séduit ses formateurs par sa vision du jeu, sa lucidité et un bagage technique solide. Un gabarit de poche (1m68) qui devra cependant s’adapter aux joutes de la Ligue 1. Jores Rahou (17 ans) est également cité mais semble plus loin du groupe pro. L’asphyxie financière du club pourrait d’ailleurs forcer l’intégration de certains jeunes afin de combler les trous.

Finalement, le plus grand talent du centre de formation marseillais n’a peut-être pas encore signé professionnel. En effet, Ilyas Zouaoui (2003) a survolé la catégorie U17 cette saison. L’ailier gauche a terminé meilleur buteur et passeur d’une catégorie où il était pourtant surclassé. Sa supériorité physique et technique a attiré l’attention de gros clubs européens. Il faudra redoubler d’efforts pour ne pas répéter les épisodes Lihadji ou Nkounkou.

Une inconnue : la vente du club

Bien que verts, les fruits existent. Reste à savoir à qui seront les mains qui les récolteront. Celles de Frank McCourt ou du projet porté par Mourad Boudjellal et Mohamed Ayachi Ajroudi ? L’approche semble concrète mais la démarche, communication en tête, interroge.

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Selon Le Parisien, les négociations auraient débuté entre le clan McCourt et la banque mandatée par les potentiels acheteurs. Une réalité qui contraste avec le discours public tenu par le club, qui ne serait pas à vendre. Difficile de spéculer sur l’issue du dossier, mais l’épisode nous révèle que l’Olympique de Marseille ne restera sans doute pas sous pavillon américain à moyen terme. Une bonne nouvelle aux yeux de nombreux supporters, lassés par leur direction et qui espèrent une manne financière importante à la faveur d’un rachat.

On l’aura bien compris, les solutions à l’été décisif que vit l’OM ne seront pas immédiates. La faute à une crise sanitaire et économique, mais aussi à des difficultés financières et à un imbroglio autour du rachat du club.  Évidemment, la conjugaison de ces éléments ne pouvait arriver qu’au moment où le club retrouve enfin la Ligue des champions.

Crédit photo : Icon Sport

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