« Ce n’est pas le Monopoly mais je ne dirais pas non à Camavinga », déclarait Thomas Tuchel en conférence de presse il y a deux semaines. Après tout, la question est plutôt de savoir qui oserait refuser Eduardo Camavinga ? Tout juste bachelier d’un baccalauréat économique et social en juillet 2020, c’est bien dans le football professionnel que le crack français fera carrière. Premier joueur mineur à disputer un match pour l’Équipe de France depuis 1914, Eduardo Camavinga fait aujourd’hui le bonheur du Stade Rennais. Mais malgré son très (très) jeune âge (17 ans), le club breton va vite devenir trop petit pour retenir sa pépite. Et le Paris Saint-Germain devra répondre présent quand l’Angolais de naissance voudra s’envoler pour une grande écurie européenne.  

Enfin le numéro 6 ?

Le 19 mai 2018, Thiago Motta fait ses adieux au Parc des Princes pour son avant-dernier match professionnel sous les couleurs parisiennes. En laissant un vide dans le vestiaire, l’italien laisse un trou bien plus important au poste de sentinelle. Car depuis son départ, le PSG a cherché, en vain, son successeur. Entre Krychowiak, Rabiot, Lassana Diarra ou encore Lo Celso, personne n’a su s’imposer à terme au poste de numéro 6. Aujourd’hui, Marquinhos s’est fait remarquer un cran plus haut que son poste habituel, mais sa progression semble limitée. D’autant plus qu’il doit revenir en défense centrale suite au départ de Thiago Silva chez les Blues de Chelsea.

Alors voilà, après avoir raté Fabinho qui a préféré prendre le train direction Liverpool il y a deux ans, l’opportunité s’appelle Eduardo Camavinga. Connu du grand public après son récital face à Paris en plein été 2019 (2-1), c’est bien en tant que sentinelle que le jeune international a montré tout son talent. Un jeu épuré, très peu de déchet, une facilité déconcertante à se défaire de la pression, couronnée par une grosse mobilité : il y a du Sergio Busquets dans le numéro 10 rouge et noir. Sans revenir en détail sur l’ensemble de ses qualités, on peut le qualifier comme un joueur de caractère. Un caractère footballistique, un joueur qui n’a pas peur de prendre des risques, un joueur qui joue sans complexe. Et c’est peut-être ce qui manque aujourd’hui au PSG.

La polyvalence magique

Là où le Rennais sait se démarquer, c’est au niveau de sa faculté à être polyvalent. Comme évoqué précédemment, on a découvert le gaucher installé seul devant la défense. Il semblait promis à ce poste tant son aisance vis-à-vis des responsabilités demandées par la poste est déconcertante pour son âge. Pourtant, contre Monaco (2-1) la semaine dernière, ou face à Nîmes (2-4) aux Costières, au final comme depuis le début de saison, le milieu rennais brille au poste de relayeur droit. Pour sa première avec le maillot tricolore contre la Croatie (4-2), Didier Deschamps l’essaye également -avec succès- en milieu central, juste devant son son co-équipier en club Steven N’zonzi. 

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Dans cette position, au-delà de sa tranquillité déjà ressentie en sentinelle, sa faculté à être bon dans les 30 derniers mètres est bien plus captivante. Son rush solitaire conclu par un but somptueux contre Montpellier (2-1), ou son entrée tonitruante au Stade de France témoignent d’une grande intelligence de jeu presque n’importe où sur le terrain. Une nécessité pour le PSG qui, on l’a vu le mois dernier, reste stérile au milieu en l’absence de Marco Verratti. Contre l’Atalanta (1-2) en Ligue des champions, c’est Neymar qui est venu combler un vide en redescendant de nombreuses fois dans le rond central pour venir chercher le ballon. Dimanche dernier contre le Gym (0-3), c’est un Di Maria très libre qui est venu se balader dans le dernier tiers quand Verratti s’occupait de la relance. Eduardo Camavinga viendrait évidemment embellir et compléter un entrejeu peu joueur. Car malgré les gros volumes d’Idrissa Gueye et d’Ander Herrera, le manque de créativité et de caractère est assez criant. Un point noir quand le PSG passe presque 65% du temps en possession du ballon.

Verratti compatible

Pour trouver sa place dans l’entrejeu parisien, pas vraiment le choix, il faut donc composer avec Marco Verratti. L’Italien arrivé en 2012 en France est incontestablement l’homme fort de l’équipe aux côtés du duo Neymar Mbappé. Incontestablement aussi l’un des meilleurs milieux européens. Un top-player qui a pourtant du mal à trouver un coéquipier à la hauteur de son talent. Rabiot, Gueye, Matuidi, personne n’a fait l’unanimité. Avec un Camavinga pour l’épauler, l’histoire serait bien différente.

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La complémentarité technique et plus globalement leur vision commune du football ne fait aucun doute : deux joueurs largement au-dessus du lot quant à leur intelligence de jeu, de déplacement et d’anticipation. L’avantage du numéro 10 rennais va au-delà de l’apport technique, pour l’atout tactique qu’il incarne. Avec sa polyvalence évoquée plus haut, plusieurs perspectives s’ouvrent. D’abord la possibilité d’installer un double pivot avec Verratti dans le rôle de premier relanceur, et Camavinga beaucoup plus libre de se projeter dans le camp adverse. Un milieu à trois est aussi envisageable, la possibilité de permuter le 6 et le 8 devient intéressante.

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Leur association rendrait un pressing mission impossible pour les adversaires du club de capitale. Car les deux joueurs sont certainement ce qu’il se fait de mieux en France en précision de passe : 88% de passes réussies en moyenne pour le Français, 91% pour l’Italien. Contrairement à Verratti qui lui se défait du pressing généralement par un demi-tour sur lui même, Camavinga à la capacité de libérer extrêmement vite la balle. Une qualité évidemment brillante pour alerter un Neymar entre les lignes, ou un Mbappé en profondeur. 

Bien que le Real Madrid semble avoir une longueur d’avance sur le futur dossier Camavinga, le PSG devra montrer les crocs pour attirer la pépite rennaise. Il symbolise déjà la future génération française et a une courbe de progression exponentielle. Si Leonardo veut ravir ses supporteurs, il sait ce qu’il lui reste à faire…

Crédit photo : Icon Sport

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