[Tactique] Les erreurs de Pep Guardiola à trop vouloir bien jouer

«Travailler l’attaque, c’est ce qu’il y a de plus fascinant.» Pep Guardiola

Quand on parle de Pep Guardiola, on parle évidemment du football offensif, la possession, l’utilisation de toute la largeur du terrain, la patience et les enchaînements de passes qui rendent les adversaires dingues. Mais on parle assez peu de la défense. Alors oui, le pressing à la perte de balle est extraordinaire, mais quand ce pressing est contourné par l’adversaire, il faut savoir jouer sans ballon, la fameuse organisation défensive. Manchester City a dépensé des millions d’euros pour s’offrir Stones, Laporte, Aké, Ruben Dias, et on ne parle que de défenseurs centraux. Malgré toutes ces dépenses, les équipes de Guardiola continuent de montrer des lacunes au moment de s’organiser sans ballon, ce fameux moment où l’on passe de la transition attaque-défense à l’organisation défensive.

Certains entraineurs sont obsédés à l’idée de bien défendre. Déconstruisons une idée reçue : non, ce ne sont pas des entraineurs défensifs. Sarri, Sacchi et Jorge Jesus sont un exemple de ces entraineurs obsédés par l’organisation défensive. Rien n’est laissé au hasard, on parle d’une organisation au centimètre.

Selon ces entraineurs, quand une équipe défend, elle doit protéger l’axe du terrain, forcer l’adversaire à jouer vers les côtés et les empêcher de rentrer dans l’axe. Pourquoi ? Parce que le but est au centre les amis. Et sur les côtés, on a moins de chances de marquer. Logique, non ? Selon Sacchi, un bloc, pour être bien organisé, doit respecter des règles de distances : 6-7 mètres entre chaque joueur de la ligne, et 10 mètres entre chaque ligne.

Pour mieux comprendre les analyses.

Ici on peut voir l’Empoli de Maurizio Sarri (2012-2015). On voit bien que chaque joueur de la ligne défensive se place selon son coéquipier et non selon le ballon ou l’adversaire. Difficile pour l’adversaire de jouer entre les défenseurs, les seules options pour aller vers l’avant sont hors du bloc.

Ici, l’exemple Jorge Jesus avec le Benfica. Les appuis sont bien orientés vers la profondeur pour accompagner les appels des adversaires, et les distances sont courtes. Seul le latéral côté opposé est plus ouvert pour contrôler le couloir adverse (surtout contre la Juventus d’Antonio Conte).

Encore le Benfica de Jesus. Peu d’espaces dans l’axe, on protège le but en priorité. Et même quand le latéral sort, un milieu défensif vient combler le vide et former une ligne de 4.

Le Manchester City de Pep Guardiola (et le Bayern à son époque également) a une telle envie de récupérer le ballon vite, que même lors des moments d’organisations défensives, l’attitude est agressive et de pression. Mais parfois il faut savoir rester à sa place, fermer les espaces et forcer l’adversaire à jouer dans des zones où on pourra le presser.

Dans cet exemple ci-dessus face à Leicester le 27 septembre dernier (défaite 5-2 des Skyblues), on peut voir plusieurs erreurs :

1 – Beaucoup d’espaces entre les deux centraux et un latéral côté opposé un peu trop ouvert. Laissant ainsi à l’adversaire du jour la possibilité de placer plusieurs joueurs dans les intervalles.

2 – Nathan Aké oriente mal ses appuis. Il oriente ses pieds vers le porteur du ballon et ses épaules vers sa droite, alors que tout indique que la passe va partir vers son but et vers sa gauche. On peut voir la gymnastique qu’il doit par la suite effectuer pour repartir dans le bon espace, moins d’une seconde qui lui fait perdre du temps et de l’espace sur son adversaire. Avec le corps orienté comme indiqué sur la photo, il aurait été plus apte à répondre et à résoudre la situation.

Le dernier penalty, provoqué par Benjamin Mendy, naît aussi d’une erreur d’organisation.

Au départ de l’action, Mendy est bien placé. Il est face à son adversaire direct (ci-dessus), le reste de la défense est également bien organisé. Leicester rejoue vers l’arrière faute d’options.

Leicester repasse par l’arrière et Mendy est automatiquement attiré par son adversaire direct, il ne ferme pas l’axe et laisse un boulevard entre lui et Aké, le central de son côté.

Mendy aurait dû être plus proche de l’axe, avec les appuis orientés vers l’extérieur pour couvrir une passe vers le joueur dans le couloir. Même si cette passe semble, à ce moment-là, compliquée car le joueur de City sur le porteur de balle ferme cet angle.

On peut ainsi voir qu’au moment de recevoir le ballon, le joueur de Leicester est absolument seul et avec un énorme espace derrière lui pour recevoir vers le but.

Mendy se précipite pour résoudre son erreur et fait faute. Son positionnement l’oblige à défendre dans le dos du joueur adverse et donc à dérober son adversaire. Avec un positionnement plus axial, il aurait pu le cadrer et l’empêcher de progresser… comme au début de l’action.


Sur cette nouvelle action, on peut voir plusieurs choses. Une ligne défensive haute qui refuse de subir et donc de reculer. Mais à certains moments, il faut savoir accepter de reculer pour couvrir et donc fermer les espaces pour mieux faire déjouer l’adversaire.

À noter également le mauvais positionnement du milieu défensif qui devrait être plus proche de la ligne allant du porteur de balle au but, le forçant ainsi à jouer vers un côté et non pas dans le sens du but.

Pour vous montrer des exemples de ce fameux contrôle de la profondeur, nous allons voir deux experts : Arrigo Sacchi et Maurizio Sarri.  

On peut voir dans les images au-dessus l’Italie de Sacchi (1991-1996). On voit bien cette idée de reculer tout en fermant les espaces dans l’axe du terrain. On protège le but sans sortir n’importe comment ou n’importe quand. La seule option pour le porteur de balle à ce moment est de jouer vers l’extérieur. On ne recule pas, on force l’adversaire à déjouer.

Plus de 20 ans plus tard, on peut retrouver une idée quasiment identique chez le Napoli de Sarri. 

Le ballon est découvert, c’est-à-dire que personne n’est proche du porteur de balle pour conditionner dans l’immédiat sa course, donc la ligne défensive recule. Tout est parfait, les espaces entre chaque joueur sont courts, les appuis sont orientés vers l’intérieur et permettent de répondre rapidement à une passe en profondeur.

La défense continue de reculer, et surtout de fermer les espaces dans l’axe. Les joueurs continuent de se rapprocher les uns des autres. Si le porteur de balle tente une passe entre les défenseurs, donc vers le but, elle peut être interceptée.

Le porteur de balle arrive proche du but et doit donc faire un choix. Une passe vers l’avant, vers le but, est trop compliquée car peu d’espaces. Il doit jouer vers le côté et donc être moins dangereux que s’il avait trouvé un joueur vers l’avant, proche du but.

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Pour celles et ceux qui se posent peut-être la question, ce n’est pas un problème récent chez les équipes de Pep Guardiola.

Alors non, Pep Guardiola n’est pas parfait. Sa volonté d’avoir le ballon encore et encore, de récupérer le ballon toujours plus vite, toujours plus haut, lui font parfois faire des erreurs. Mais aucune tactique n’est infaillible dans le football. L’entraîneur espagnol semble ainsi prêt à tolérer les petites erreurs défensives de ses équipes, du moment que son football fait rêver.

Crédit photo : PA Images / Icon Sport

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