« Le roi Lion, sur un rocher posé, tenait en sa gueule ce joyau. Le petit Aigle, par la beauté attiré, lui tint à peu près ce langage : Sans mentir, si votre rugissement se rapporte à votre crinière, vous êtes le soleil des hôtes de cette jungle. À ces mots, le Lion ne se sent plus de joie, et pour montrer sa belle voix, il ouvre une large gueule, laisse tomber son bijou », Jean-Pierre de La Rivère.

Le 1er juillet 2020, Amine Gouiri quitte son club formateur et signe à l’OGC Nice. Pour une fois, on dirait bien que c’est le roi du ciel qui a plumé le pauvre petit félin. Pour cause, un mâle lion dévore 7 kg de viande par jour et c’est bien un bifton de 7 millions qui a convaincu l’OL de lâcher sa pépite. Si cela suffira à financer quelques bons repas, les supporters, eux, n’ont plus qu’à manger leur seum.

Le digne héritier

Amine Gouiri est né le mercredi 16 février 2000, soit exactement un jour après Maxence Caqueret. Une belle semaine pour le football donc. Le foot justement, le petit Amine baigne dedans dès le plus jeune âge, porté par l’intérêt du papa et de ses frères. Après avoir entamé sa pré-formation dans le jardin familial, le garçon de maternelle passe aux choses sérieuses et signe au FC Isle-d’Abeau. C’est dans ce petit club de son Isère natale qu’il fait ses classes et montre rapidement son talent. Bien qu’il soit à plusieurs reprises surclassé, mini-Gouiri est toujours en avance, tant physiquement que techniquement. Trop grand et trop rapide, il est temps de passer au niveau supérieur.

C’est en l’an 2011 qu’il prend la direction du FC Bourgoin-Jallieu, gros club du secteur et partenaire de l’Olympique Lyonnais. Le chemin logique pour Amine, qui a bien sûr dans un coin de sa tête l’idée d’un jour rejoindre le club phare de sa région. Le rêve ne va pas tarder à se réaliser, l’attaquant enchaîne les golazos et le Lion en fait sa prochaine proie. D’autres clubs sont sur le coup, mais c’est le cœur qui parle et Gouiri est fan de gros chats à crinière. Nous sommes en 2013 et l’attaquant rejoint le centre de formation le plus clinquant de l’Hexagone.

À l’Academy, tout se passe comme sur des roulettes. Pourtant, c’est bien crampons aux pieds qu’il s’illustre. Coéquipiers comme formateurs saluent ses performances et on le pressent définitivement comme héritier des grands attaquants formés à Lyon. Mais Amine ne se contente pas de briller dans le Rhône-Alpes et enflamme aussi les compteurs avec le maillot Bleu. Pilier des sélections jeunes, il les fréquente toutes et plante à mort. À ce jour, 37 buts et 6 assists en 47 matches si l’on comptabilise U16, U17, U18, U19, U20 et Espoirs. Et sur cette pagaille de réalisations, Gouiri en inscrit 20 lors de phases finales de compétitions. Des chiffres plutôt alléchants et des tournois estivaux qui boostent sa côte chez les Bad Gones, mais aussi au-delà.

Coup du sort

Son profil plaît à Pep Génésio, qui l’intègre progressivement au groupe pro. Il gratte ses premières minutes chez les grands lors de la saison 2017-2018 et le capi’ Nabil Fekir le prend sous son aile. Tout se passe donc à merveille et une place définitive chez les A se profile. Mais comme dans un mauvais téléfilm de début d’après-midi, il fallait bien que quelque chose tourne mal. 17 août 2018, le crack craque et c’est le couac. Rupture des ligaments croisés du genou gauche et saison tuée dans l’œuf. Mais ce n’est pas avec une omelette qu’on nourrit un lion et le buteur doit encore attendre son heure.

Ponctuel, Amine embarque pile à l’heure dans l’avion vers la Pologne pour la Coupe du monde U-20 2019. Si les Français déçoivent, Gouiri pose tout de même 3 buts en 4 matches pour son retour de blessure. Malheureusement, la suite de l’été réserve quelques surprises de mauvais goût. Bruno Génésio a été remercié, le soldat Sylvinho est vite rattrapé par la patrouille et c’est Sergent Garcia qui passe aux commandes. Sauf que le bon vieux Rudi boycott inexplicablement Amine et préfère user le pauvre Moussa Dembele jusqu’à l’os. Après une saison de frustration, le phéno en a marre d’attendre et prend ses valises, direction la Côte d’Azur.

Welcome to Nice

Dans cette formation niçoise, Patrick Vieira aligne le plus souvent Gouiri à gauche de l’attaque d’un 3-4-3. Dans cette position, le numéro 11 officie en tant que faux ailier qui rentre dans l’axe. Sa zone préférentielle est alors le demi-espace gauche dans lequel il se régale pour s’insérer entre les lignes. À l’intérieur du jeu, Amine est un vrai facilitateur. Pour créer le danger, ses armes sont multiples. D’abord, l’attaquant est un bon dribbleur, le meilleur de son équipe en Ligue 1 avec 1,9 élimination par match. Mais sa vision du jeu couplée à sa qualité de passe lui permettent aussi de faire des différences en servant ses petits camarades. C’est le deuxième Aiglon le plus prolifique en termes de passes clés toutes compétitions confondues. En effet, l’élégant isérois distribue chaque rencontre 1,4 dernière passe avant un tir niçois.

Gouiri rentre majoritairement axe gauche, dans le half-space entre Dolberg et Kamara. (via Sofascore)

Cette position est notamment permise grâce à l’apport d’Hassane Kamara. Utilisé en tant que piston, l’ex-Rémois occupe le couloir gauche avec son activité et son gros volume de course. Très haut sur le terrain, Kamara est couvert dans son dos par Pelmard ou Nsoki selon la compo. Il apporte le surnombre en attaque et permet à Gouiri de prendre le demi-espace à intérieur. Dans cette position, l’attaquant a alors toutes les clés pour briller. Il peut rentrer dans l’axe et chercher un appui ou centrer si un attaquant coupe dans la surface. Il peut aussi combiner le long de la ligne avec Kamara ou profiter de l’appel du piston pour dribbler et bénéficier de uns contre uns.

Ici face au bloc défensif bas de l’Hapoel Beer Sheva, Kamara (13) joue très haut et occupe le couloir gauche de façon à ce que Gouiri (11) rentre dans l’axe et joue entre les lignes. (via Sofascore)

Mais ne vous méprenez pas, Gouiri est avant tout un tueur devant le but. Droitier mais à l’aise des deux pieds, il brille par son sang-froid au moment de conclure. S’il ne se fera pas prier pour convertir un tap-in, il est loin d’être gêné lorsqu’il faut marquer dans des positions difficiles. Un schéma qu’il affectionne : rentrer balle au pied, combiner avec un appui dans l’axe et s’engouffrer dans le dos à la défense. En 12 matches, il totalise 6 buts tandis que son indicateur d’expected goals cumulés est de 3,63 xG. Une belle efficacité donc et une acclimatation express au haut niveau. Il peut bien entendu aussi évoluer seul en pointe où son instinct de buteur fait autant de dégâts que sa capacité à décrocher pour être plus proche du jeu. Seul petit bémol peut-être, du haut de ses 1m80, Amine peut encore progresser dans le domaine aérien.

Gouiri dépendance ?

L’an passé, le Gym était un équipe à la possession stérile et dont la réussite offensive dépendait essentiellement du réalisme de Kasper Dolberg. C’était par exemple la troisième équipe avec le plus de possession en Ligue 1, mais seulement la dixième en matière de tirs tentés. Le tout avec une difficulté flagrante à accélérer et créer des occasions. Gouiri est donc arrivé dans une équipe en panne d’inspiration et qui ne demandait qu’à trouver sa muse. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’international espoir remplit ce rôle à merveille.

Si le jeu niçois n’est toujours pas le plus inspiré, l’impact de l’ancien lyonnais est immense. En quelques mois, il est devenu indispensable à l’animation offensive des Aiglons. En 10 titularisations, il pèse 6 buts et 3 caviars, faisant de lui le meilleur scoreur et passeur de sa formation. Encore plus parlant, il est directement impliqué sur 47 % des buts de son équipe cette saison. Oh, mais ne rangez pas votre calculette tout de suite. Si vous additionnez à cela ses 3 buts avec les Espoirs depuis septembre, vous obtenez le résultat suivant : un début de saison définitivement canon.

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En ce dimanche de derbys, c’est bien celui face à Monaco que le jeune attaquant français jouera. Si la facture de la vie n’est pas celle de Numéricable, les regrets coûtent chers aux fans lyonnais. Privés de leur joyau, ils peuvent au moins se consoler en le regardant jouer l’Europe le jeudi soir. Ou pleurer encore plus en voyant briller leur ex qu’ils aiment encore. En attendant, si on a pas encore vu les poules avec des dents, on découvre peut-être le lion avec des ailes. Oui, c’est bien lui, le roi Amine Gouiri, de Nice.

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