Martin Terrier : La folle ascension de l’élève modèle

Victime d’une infection bénigne à quelques jours de l’Euro Espoirs, Martin Terrier n’est finalement pas du voyage en Italie avec les Bleuets. Freiné dans son élan, le titulaire quasi-indiscutable de la seconde partie de saison de l’Olympique Lyonnais est pourtant en pleine éclosion chez les Gones. Barré par la concurrence accrue du club rhodanien (Memphis, Dembélé, Traoré, Cornet) avant la trêve hivernale, le natif d’Armentières (Nord) est parvenu à gagner en temps de jeu grâce à des performances remarquées. Il a impressionné lors de ses entrées en Ligue 1 et ses deux titularisations en Coupe, buteur à chaque fois (Bourges et Angers). Auteur d’une fin de saison brillante, tant par les statistiques que par le contenu, le joueur formé au LOSC épate de par son adaptation et son efficacité devant le but. Retour sur le parcours sans faute d’une pépite en perpétuelle ascension. 

Du tournoi de Croix au Mondial des moins de vingt ans 

Qui pouvait imaginer il y a encore quelques années que le gamin du Nord, souvent jugé trop frêle, allait s’envoler en capitale des Gaules pour 11 millions d’euros et s’imposer dans une équipe phare du championnat ? Lui, sans doute. Bien que sa qualité technique ait toujours fait l’unanimité au LOSC, Martin Terrier est dans les plans sans pour autant représenter le plus gros des espoirs nordistes avant la catégorie U17. Issu de la génération 97, il est formé aux côtés de Benjamin Pavard notamment. Comme plus tard à l’OL, il ne fait pas de bruit, mais montre sur le terrain qu’il a tout pour devenir un grand. Les trophées de meilleur joueur et de meilleur buteur lors de la dernière édition du regretté tournoi international de Croix en 2014 vont enfin mettre en évidence son réel potentiel.

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En toute logique, Terrier continue de gravir les échelons et débarque avec la réserve du LOSC en 2015-2016. Trois ans avant son explosion dans l’élite, il n’est que pensionnaire de CFA 2 et s’entraîne en parallèle chez les pros. En juin 2016, c’est la consécration. Il signe son premier contrat professionnel et débute en Ligue 1 sous les couleurs de son club formateur. L’ailier droit fait malheureusement les frais de la grosse mutation de l’organigramme lillois cette année-là. Michel Seydoux quitte son poste de président et trois entraîneurs se succèdent. Franck Passi, arrivé mi-février, ne compte pas sur lui pour la fin de saison. Le jeune Lillois ne désespère pas et continue de bosser.

Lui qui a toujours été dans le haut du panier, sans pour autant être vu comme le futur Messi, ne connaît aucune sélection dans les équipes de jeunes avant l’été 2017. Il est appelé en premier lieu à l’occasion du mondial U20 en Corée du Sud cette année-là. Il entre et marque pour son premier match face au Honduras. Une France décevante sort en huitième face à l’Italie (1-2). Après quelques jours de repos, le futur joueur de l’OL débarque au centre d’entraînement de Luchin, où Bielsa officie déjà depuis début juin. Le tacticien argentin lui fait rapidement comprendre qu’il ne fait pas partie des plans pour la saison prochaine. En manque de temps de jeu, le Nordiste pure souche s’exile à Strasbourg. 

Une pige à Strasbourg et puis s’en va…

À l’image de son adresse devant le but, Martin Terrier sait faire les bons choix sur comme en dehors du terrain. Quitter le club dans lequel il évolue depuis treize ans alors qu’il s’apprête à faire la pire saison de ses quinze dernières années, c’est aussi ça, le parcours sans faute du gamin de Bailleul. Le flair. Le destin aussi. Il ne faisait pas partie de la liste du 2 septembre 2017 de l’équipe de France Espoirs dans le cadre des éliminatoires de l’Euro 2019. Appelé au pied levé pour suppléer Jean-Kevin Augustin viré de la sélection, il n’est pourtant pas titulaire lors du premier match face au Kazakhstan. Les Bleuets menés 1-0,  Sylvain Ripoll lance à la 52e minute Martin Terrier qui égalise et s’offre le triplé pour sa première sélection. Toujours à sa manière, sans faire de bruit.

C’est donc plein de confiance qu’il débute sa saison au RCSA. Auteur d’une première moitié d’exercice très réussie qui coïncide avec la bonne forme alsacienne, il se révèle encore un peu plus lors de la 17e journée de Ligue 1 2017-2018 à Bordeaux. Il délivre une passe décisive avant de marquer au bout d’un raid solitaire de 70 mètres qui fait le tour d’Internet. Sa vitesse, son sens du collectif et sa précision devant le but attirent les cadors de Ligue 1. Après une première partie de saison catastrophique, le LOSC doit vendre pour répondre aux exigences de la DNCG. Lyon et Marseille s’engagent dans un mano a mano pour tenter de s’attacher les services de Martin Terrier qui choisit finalement l’OL.

Un pari osé pour les dirigeants lyonnais, qui allongent 11 millions d’euros plus 4 millions de bonus pour un joueur qui a seulement disputé une demi-saison dans l’élite. Plus-value qui a pu faire pencher la balance côté lyonnais, le joueur terminera la saison à Strasbourg avant de rallier la capitale des Gaules. Certains supporters se sont montrés sceptiques quant à l’arrivée de cette nouvelle recrue. Les prestations bien moins convaincantes de Terrier lors de la seconde partie de saison n’ont pas aidé à faire passer la pilule. La tête déjà à Lyon, peut-être. Beaucoup de pression sur les épaules, sans doute. C’est donc sans réelle attente du public lyonnais que Terrier pose ses bagages à Lyon. 

L’éclosion du « chirurgien »

Une arrivée discrète, comme à son habitude. Et des débuts fracassants, encore une fois. Buteur sur quatre des cinq matches de pré-saison (passée) auxquels il participe, l’attaquant ne tarde pas à montrer qu’il faut compter sur lui. Terrier se montre efficace dès ses débuts en raison d’une très bonne entente avec Moussa Dembélé et Houssem Aouar qu’il côtoie en sélection. Comme tout un symbole, il ouvre son compteur en match officiel avec l’OL face au RC Strasbourg. Après des premiers pas convaincants, il fait les frais de l’instauration du 3-4-1-2 de Bruno Genesio. Il verra beaucoup moins les terrains jusqu’à la trêve. C’est après l’hiver que tout change.

Le 4-3-3 est de retour, Terrier aussi. Une série incroyable de 5 buts en 5 matches entre la 29e et la 34e journée, et la machine est lancée. L’attaquant de l’équipe de France Espoirs empile les buts avec une efficacité à toute épreuve (un tir un but contre Dijon et Rennes. Deux tirs un but contre Nantes et Angers). L’entraîneur adjoint Gérald Baticle le gratifie même d’un petit surnom : « le chirurgien », de par sa précision et son efficacité redoutable. «Il a toutes les qualités pour devenir un grand attaquant. Il faut simplement qu’il en prennent conscience et qu’il ait autant confiance en lui que moi j’ai confiance en lui», déclarait son ex-entraîneur en janvier dernier. Le message est visiblement passé.

Maintenant qu’une nouvelle page s’est tournée pour l’OL avec l’arrivée du tandem brésilien Juni-Sylvi, les cartes sont redistribuées. À défaut d’avoir pu disputer l’Euro Espoirs, le jeune ailier doit dès maintenant se focaliser sur le prochain exercice lyonnais, déjà attendu au tournant. Buteur sur penalty lors de la défaite 2-1 des siens face au Servette samedi, il marque déjà des points auprès de Sylvinho.  Difficile à dire si le talent de Martin Terrier lui attire la chance ou l’inverse, mais chose certaine, il faudra compter sur le numéro 7 lyonnais la saison prochaine. 

Crédit photo : ROMAIN LAFABREGUE / AFP