Pizzi, l’éternel chevalier noir

Auteur de déjà trois buts et passes décisives en seulement trois matchs de championnat, Pizzi confirme sa place d’élément central du jeu du SL Benfica qu’il tient depuis maintenant deux saisons. Mais cela s’est fait, et semble se faire toujours d’ailleurs, au prix d’une faible visibilité comparativement à son apport. Portrait du footballeur portugais qui est sans aucun doute le plus altruiste de ces dernières années.

A personnalité discrète début de carrière difficile

Première chose importante à évoquer qui a conditionné tout le début de la carrière de Luís Miguel Afonso Fernandes dit « Pizzi », ses 29 ans et son mètre 77 : la société qui gère ses revenus, ses contrats et son image n’est autre que Gestifute, détenue, on vous le donne en mille, par l’incorrigible Jorge Mendes. Forcément, le jeune Pizzi s’est tapé un certain nombre de « clubs filiales » de Mendes. Après avoir signé en pro dans le club à l’époque professionnel de Bragança, il rejoint rapidement le Sporting Clube Braga en 2007, l’année de ses 18 ans. De cette période à 2011, il fait ses armes en seconde division portugaise en étant prêté successivement à Ribeirão, Covilhã et Paços de Ferreira (à Paços, sur sa saison et demie au club, il évolue en première division). Dans ces trois clubs, il occupe le poste de meneur de jeu, tantôt en jouant 10, tantôt en jouant ailier (droit ou gauche). Sa vista et ses facilités balle au pied sont déjà flagrantes et tout le même voit qu’il sera, au pire un bon joueur pour la D1, au mieux un top 20 mondial à son poste, si tant est que l’on puisse lui attribuer un poste défini.

A la suite de cela, il va être au centre de plusieurs jeux d’agents qui lui valent d’être à nouveau prêté puis vendu en janvier 2012 à l’Atletico Madrid. Un move qui ne satisfait en réalité que Mendes et ses copains. En effet, Braga perd un playmaker qui faisait défaut à l’équipe à l’époque, l’Atleti se retrouve avec un joueur qui ne peut pas prétendre à une place de titulaire car pas assez expérimenté et Pizzi perd l’occasion d’évoluer dans un club du top cinq portugais. Après six mois à cirer le banc colchonero, il est prêté au Deportivo La Corogne, autre club dans lequel Jorge Mendes a ses entrées. Impliqué dans quinze buts (huit buts, sept passes décisives) en 35 matchs de Liga BBVA, l’Espagne semble lui réussir mais il apparaît nettement qu’il a la capacité de jouer dans un club bien supérieur. Benfica flaire l’affaire et achète Pizzi à l’été 2013, alors qu’il a 23 ans, pour une quinzaine de millions d’euros. La saison 2012-2013 marque la fin de la domination du FC Porto – on ne le sait évidemment pas encore à l’époque – et Benfica a besoin de se reconstruire pour un nouveau cycle. Pizzi pourrait avoir un rôle à jouer dans cette reconstruction et alors il aurait bien fait d’accepter d’être baladé de club en club sans rechigner.

Son parcours à Benfica : briller sans être sous la lumière

Toutefois, c’est un tout autre chemin que prend sa carrière. Aussitôt arrivé, le voilà de nouveau prêté. Il repart de l’autre côté de la péninsule ibérique, en Catalogne du côté de l’Espanyol Barcelone. Le playmaker de l’époque de Benfica n’est en effet autre que Nico Gaitán, cadre du SLB et considéré comme l’un des meilleurs joueurs du championnat lusitanien. Une fois n’est pas coutume, Pizzi va avoir du mal à briller à l’Espanyol, club qui vit en 2013-2014 une saison pour le moins ennuyeuse avec un objectif ventre mou qui se conclura par une place dans le milieu de tableau du championnat espagnol. A la fin de son prêt, il retourne donc du côté de Lisbonne et va bénéficier d’un peu de temps de jeu où il fera forte impression sans pour autant faire languir les observateurs. Pizzi, sans faire de bruit, semble enfin toucher au but.

C’est ainsi qu’il est titulaire indiscutable depuis l’exercice 2015-2016 en étant toujours en « double-double » ou presque tous les ans. Toujours impliqué sur au moins un cinquième des buts de son équipe depuis lors, personne ne s’enflamme sur ses performances. Puis encore, ce sont ses autres coéquipiers qui sont mis en avant. En effet, malgré son rôle de meneur de jeu incontestable du SLB, l’irrésistible ascension de Renato Sanches, les qualités de finition de Jonas, l’année 2017 et le trio Ederson-Lindelöf-Semedo et plus récemment l’éclosion du crack João Félix, sont respectivement passés devant le rôle primordial de Pizzi. Pendant ce temps-là, Pizzi est passé du poste d’ailier droit à celui de sentinelle en passant par relayeur et milieu offensif derrière l’attaquant. Il a continué de faire le travail sans jamais broncher alors qu’il aurait pu, qu’il aurait dû, être la star de son équipe.

Numéro 1 un jour ?

L’Histoire peut sembler injuste au regard, par exemple, de l’exposition médiatique qu’a connue Bruno Fernandes toute la saison dernière en raison de ses statistiques incroyables là où Pizzi comptait lui aussi 13 buts et 19 passes décisives en 34 matchs de championnat l’année dernière, c’est-à-dire des statistiques pareillement similaires à celles de Fernandes. Cette saison c’est Rafa Silva qui, au Sport Lisboa Benfica, se voit vanté de par ses qualités de percussion et sa capacité à toujours faire les bons choix. Notons tout de même que ce même Rafa a été particulièrement irrégulier tout au long de sa carrière et a tout de même mis pas moins de trois longues années à confirmer qu’il est la pépite qu’on nous vendait lorsqu’il jouait à Braga de 2013 à 2016. Alors qu’il va souffler ses trentes bougies et entre dans la dernière phase de son parcours professionnel, difficile de savoir s’il sera un jour reconnu à sa juste valeur.

Et si Pizzi n’était finalement qu’un valeureux représentant de cette catégorie de joueurs qui travaillent pour les autres, qui s’acharnent à porter les couleurs de leur club, qui donnent sans cesse le meilleur d’eux-mêmes sans jamais rien demander en retour ? Et si Pizzi était l’un de ceux-là ? Ces héros dont la grande Histoire oublie le nom alors que leur absence dans celle-ci l’aurait totalement bouleversée mais qui, par manque de coups d’éclat marquants, resteront inconnus du grand public. Ceux-là sont, à n’en pas douter, les plus respectables. Ils n’ont pas cherché la gloire, l’or ou les paillettes. Ils ont juste cherché à être ce qu’ils sont : des chevaliers noirs, des héros de l’ombre.

Crédit photo : Patricia de Melo Moreira / AFP.

4-4-2 losange et presunto comme exutoires.