Jorge Mendes, le super-agent

Homme incontournable de la planète football depuis près de 15 ans, Jorge Mendes est connu et reconnu comme le meilleur agent du monde. Le Portugais, à la réussite et l’ambition illimitée, peut être résumé en un mot : confiance.

Il n’a que 5 ans lorsque Jorge Manuel Mendes, fils d’ouvrier élevé au sein du quartier de Sacor, en banlieue de Lisbonne, est photographié pour ce qui deviendra un de ses clichés favoris : sourire aux lèvres et le téléphone à l’oreille. Il ne se doutait pas encore qu’il passerait sa vie ainsi, gérant plus d’une centaine de coups de fil par jour et sans jamais ignorer le moindre de ses clients. Ambitieux, travailleur, loyal et honnête : des qualités qui synthétisent l’homme et l’agent Jorge Mendes.

Grimper l’échelle de la réussite

Jorge Mendes a commencé tout en bas. A la fin des années 90, il sillonne les stades et les entraînements de clubs espagnols et portugais afin de repérer de jeunes joueurs et en faire ses clients. « Mendes est le seul qui a commencé tout en bas, simplement en regardant des matches de foot, révèle Paco de Gracia, ancien recruteur du Real Madrid. Beaucoup d’agents, pour ne pas dire la majorité, ne connaissent rien à ce sport. » Des roadtrips à travers la péninsule ibérique qui pouvaient le priver de sommeil. Mais il savait ce qu’il faisait. Comme il aime souvent à le dire, « ne dépense pas tes forces inutilement et concentre-toi sur ce qui compte vraiment ».

N’est-il pas trop mignon le petit Jorge ?

Gérant d’un vidéoclub à Viana do Castelo, Mendes s’intéresse au métier d’agent pour son ami, Antonio Alberto, qu’il espère faire signer au Benfica. Mendes s’était enflammé, mais c’est à cette époque, en 1996, alors qu’il diversifie ses business (restaurants, discothèques…), qu’il rencontre son premier gros client : Nuno Espirito Santo. C’est aussi cette année-là que Mendes fonde Gestifute, l’entreprise où tout se déroulera par la suite.

Avec Nuno Espirito Santo, qui deviendra plus tard le coach du club anglo-portugais de Wolverhampton, Mendes entame ses premiers contacts avec le club du Deportivo La Corogne. Il y fait connaissance avec le président qui deviendra son professeur : Augusto César Lendoiro. « Nous avons passé tellement de nuits à parler, raconte Lendoiro. Jorge était une éponge. Toutes les informations reçues, il les absorbait et il les gardait. » C’est une amitié qui va se développer, chacun tirant l’autre vers le haut dans le milieu du football.

Mendes était déjà clairvoyant. Mais pas le Depor, qui refusa un de ses clients, un certain Deco. « Les scouts de La Corogne se sont trompés », regrette Lendoiro. Néanmoins, leurs rapports ne se sont jamais détériorés. Plus tard, Mendes aidera le Deportivo à échapper à la crise et, comme avec pleins d’autres clubs (Barcelone, Real Madrid, Monaco, Benfica, Porto…), fera preuve d’amitié et de loyauté en offrant les meilleurs deals possibles avec ses clients. « Jorge crée son propre échiquier pour bouger ses pièces avec différents clubs mais il ne te fait jamais de coup dans le dos », avance Miguel Ángel Gil, conseiller délégué de l’Atlético. Au Depor, où Mendes a bouclé nombre de transferts au début des années 2010, il n’a même « jamais touché le moindre centime sur les commissions » selon Lendoiro. Ah, l’argent… un sujet épineux pour tous les agents. Sauf pour Mendes. Et c’est pour ça que tout le monde l’aime.

Adoubé par Sir Alex Ferguson

Bien sûr, le joyau de la collection de Jorge Mendes ne fait aucun doute. Mais Cristiano Ronaldo est bien plus qu’un client : c’est un ami, un frère, un fils. Mendes est d’ailleurs le parrain du fils aîné de CR7. Agent de Ronaldo depuis le Sporting Portugal, il s’est occupé des négociations concernant le transfert de futur quintuple Ballon d’or à Manchester United. Sir Alex Ferguson se souvient : « Ce qui m’a le plus impressionné, c’est qu’il n’a jamais parlé d’argent. Il s’intéressait à la manière dont nous allions nous occuper de Ronaldo, s’assurait que sa mère serait là, car sa présence était primordiale à son développement. Quand il est parti (pour Manchester), il m’a dit « J’ai confiance en vous, prenez soin de l’enfant ». Je dois dire qu’en plus de quarante ans dans le football, j’ai connu beaucoup, beaucoup d’agents. Et Jorge est le meilleur. Il place les intérêts du joueur avant tout. Je ne parle pas d’argent. Il cherche à déterminer comment le club va prendre soin de lui, comment le joueur va progresser, s’il sera heureux dans ce club. »

Des déclarations qui valent tout l’or du monde. Jorge Mendes est en effet passé maître dans l’art de négocier des transferts car il sait contenter tout le monde. Et sait se montrer patient. « S’il sent qu’il doit ne pas gagner une certaine somme dans une opération, il laisse tomber, explique Lendoiro. S’il perd de l’argent à un moment, il en gagnera à un autre. » Un cadre du Real Madrid embraye lorsqu’il raconte que Mendes aide parfois à négocier les arrivées de joueurs qui ne le concernent pas : « Il ne prend aucune commission pour ce genre d’aide. Il le fait pour dépanner car il a une bonne relation avec le club intéressé et parce qu’il est notre ami. Il n’est pas obsédé par les commissions. » « Je ne l’ai jamais entendu parler d’honoraires ni de commissions », acquiesce Amadeo Salvo, ex-président délégué de Valence.

Jorge Mendes est intelligent. Et ferme avec ses joueurs. Si le club refuse d’offrir le salaire demandé par le joueur, Mendes ne défendra pas son client sans réfléchir. « S’il considère que nous sommes dans notre bon droit, il va appeler le joueur pour le raisonner », poursuit le cadre du Real Madrid. Ainsi, les clubs savent à qui ils ont affaire. Jorge Mendes propose le meilleur deal pour tout le monde et ne se fâche avec personne. « Il ne prend jamais parti de manière radicale, ni pour un joueur, ni pour un club », indique Hugo Leal. Tiago rigole : « Il peut être avec quelqu’un dans un restaurant et lui sortir tout à coup : « On va parler de Diego Costa ! Combien de millions peux-tu mettre ? » Dans le même temps, il lui montre des photos de ses enfants sur son portable ! Il peut boucler une signature comme ça. »

Wolverhampton, Monaco et Valence, les zones d’ombre… ou pas

Il est extrêmement difficile de trouver des gens qui vous diront du mal de Jorge Mendes, en particulier dans les grandes sphères du football. Même les clubs rivaux, notamment au Portugal et en Espagne, s’entendent sur son sujet et lui font confiance. Cependant, des zones d’ombre subsistent. Comme à Valence, où ses liens étroits avec Peter Lim, devenu propriétaire du club « che » en 2014, ont provoqué la colère des supporters. L’impression que Mendes tirait les ficelles. « Je n’aime pas quand des entrepreneurs comme Mendes essayent de devenir les propriétaires des clubs », martelait Mario Kempes en 2015 au micro de Play  Valencia Radio. Le club espagnol fait en effet partie des échecs de Mendes, où ses joueurs et son entraîneur (Nuno Espirito Santo) n’ont jamais trouvé leurs marques. Mais n’est-ce pas là son seul véritable échec ?

L’AS Monaco doit une fière chandelle à Jorge Mendes. Vous voulez des noms ? Fabinho, Falcao, Ricardo Carvalho, Fábio Coentrão, João Moutinho ou encore Bernardo Silva. La proximité entre l’agent portugais et le président monégasque, Dmitri Rybolovlev, a contribué au renouveau du club. Jusqu’au Noël 2016, où un drôle un de cadeau va paraître dans la sphère publique. Mediapart révèle les dessous du business manigancé par les deux hommes, et notamment des jeux avec une tierce-propriété qui aurait permis à Jorge Mendes d’engranger plusieurs millions d’euros supplémentaires. C’est moche… et illégal. Mais peut-on parler de concurrence déloyale ? Jorge Mendes arrange les affaires de bien des clubs. Il ne cause aucun problème au travers de ses joueurs, ne saigne personne à blanc. Si l’on s’en restreint au foot et au terrain, le Portugais reste propre. Sans quoi sa cote de popularité ne serait pas aussi importante.

Enfin, il y a Wolverhampton. Le Jorge Mendes FC selon certains. Avec cinq joueurs et le coach sous son aile, le super-agent possède une influence non négligeable au Molineux Stadium. Et les résultats sont là : une montée éclaire en Premier League et un début de saison satisfaisant (2 victoires, 3 matches nuls, 1 défaite, 10ème au classement). Certes, des clubs de Championship ont tiré la sonnette d’alarme la saison dernière, soulignant que le propriétaire des Wolves, Guo Guangchang, détient des parts dans Gestifute. Et ces soupçons ont causé une enquête de la Ligue. Mais cette dernière n’a rien donné. Finalement, cela s’apparente à un simple échange de bons procédés entre deux personnes qui s’apprécient et qui, logiquement, s’entraident et se font confiance. L’antécédent Rybolovlev appelle à la prudence, mais ça ne va pas plus loin. En attendant, Jorge Mendes réussit. Et ses clients réussissent.

Les témoignages et anecdotes sur Jorge Mendes sont beaucoup trop nombreux pour être listés ici. Comme la fois où il a amené Roman Abramovitch à José Mourinho afin qu’il rejoigne Chelsea. Ou son incroyable culot pour que le Barça achète Rafael Márquez. Ou lorsqu’il a engagé le père de Tiago, alors au chômage. Sans parler de tous ces dirigeants qui ne tarissent pas d’éloges à son sujet. On pourra toujours discuter du plus grand footballeur de tous les temps. Mais on ne pourra jamais débattre quant à l’identité du plus grand agent. C’est Jorge Mendes.

Quelques-uns des clients, anciens ou actuels, de Jorge Mendes : David De Gea, Ricardo Carvalho, Maniche, Deco, Hilário, Fábio Coentrão, Miguel Veloso, Rúben Neves, Bernardo Silva, Nani, Diego Costa, Cristiano Ronaldo, Pepe, Simão, Tiago, Rui Patrício, James Rodriguez, Ángel Di María, Rafael Márquez, Anderson, José Mourinho.

Toutes les citations proviennent du livre « Jorge Mendes, mes clés pour réussir dans le football », aux éditions Talent Sport.

J'aime beaucoup le foot. Et Marco Verratti. Surtout Marco Verratti.