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Demandez lui de décrire un pays, il le fera les yeux fermés. Véritable globe-trotter du football, Aurélien Collin a posé ses valises aux Etats-Unis, dans le pays du business et du football naissant. Rencontre avec un homme porté par sa foi, suivant son destin à travers le monde du football.

Salut Aurélien ! Comment s’est déroulée la préparation d’avant saison, sachant que la MLS ne commence qu’au début du mois de mars ?

Très bien.. Ecoute, nous notre saison commence plus tôt parce qu’on a les quarts de finale de Ligue des Champions le 22 février donc ça a été très intense, on a eu des matchs très rapidement. Sinon tout c’est très bien passé.

Tu as déjà joué aux États-Unis dans les clubs de Kansas City et d’Orlando, et ce sera ta deuxième saison du côté de New York. Quels sont les objectifs du club et tes objectifs personnels ?

C’est ma deuxième saison, je suis arrivé en début de saison en avril 2015 aux New York Red Bulls. Mes objectifs personnels, continuer d’évoluer en tant que joueur. Bien que j’ai trente ans, je me sens très très bien physiquement. Après, l’année dernière, on a gagné la conférence Est mais en Play-Off, ça n’a pas été très très bon donc aujourd’hui l’objectif c’est de gagner un titre avec les Red Bulls.

En parlant de New York, que t’inspire le fait de pouvoir jouer dans l’une des plus belles villes du monde ? C’est quand même une chance de pouvoir allier le plaisir de pratiquer le football au quotidien et celui de construire une famille dans un endroit pareil…

Très content, très heureux d’être un joueur des Red Bulls, en plus c’est l’un des deux plus gros clubs de la Ligue. Après, avoir cette vie, de vivre à New-York, c’est le rêve.

Tu as souvent dit adorer les États-Unis, que c’était l’endroit idéal pour vivre. Est-ce que depuis l’élection de Donald Trump, tu vois toujours de la même manière ton pays d’adoption ?

Je pense que… Bien sûr le gouvernement a une influence sur la vie mais les Etats-Unis c’est un pays qui a déjà sa philosophie et quelque soit le président les avantages de vivre aux Etats-Unis restent plus ou moins les même. On va voir ce que Trump va faire au niveau politique mais les Etats-Unis restent un pays très agréable à vivre et en plus d’être joueur de football, ici c’est vraiment magnifique. Il y a des choses qu’on a ici, une certaine liberté qu’on a pas en Europe. Et puis aussi pouvoir jouer dans les plus grosses villes des Etats-Unis, c’est grand! C’est une chance de pouvoir connaître ce pays.

En comparaison au multimilliardaire qui vient d’accéder au sommet de l’État, on peut nommer le beaucoup plus « cool » Barack Obama. Sa gentillesse sans limites est-elle une image qu’il aime entretenir, ou est-il vraiment sincère ?

Obama a une image différente de Trump. Trump a une image beaucoup plus radicale. Mais après on va voir au niveau politique parce que Barack Obama a été aimé en tant que personnage connu mais en tant que président beaucoup de gens étaient en désaccord avec ce qu’il faisait. Trump est aujourd’hui très médiatisé, avec des paroles très déplacées donc on va voir ce qu’il va donner dans le domaine politique. Après comme j’ai dit les Etats-Unis ont déjà leur manière de vivre donc Trump bien qu’il ait une idéologie différente, ne va pas pouvoir révolutionner le pays. Ça reste la même vie, le même pays malgré un président différent. Mais quoi qu’il arrive ce que Trump va changer ça va pas se ressentir aujourd’hui.

Lors de votre rencontre, il t’avait vanné sur ton style. Ça donne quoi ta ligne de vêtements quelques années après ?

C’était très agréable qu’il se soit moqué de mon style. A Orlando je commençais des nouvelles choses mais ça ne n’est pas concrétisé parce que je suis parti très rapidement. Là je suis à New-York dans la ville de la mode donc on va voir. J’ai signé un nouveau contrat de 2+1, ça me laisse un peu de temps pour commencer à tout organiser. Mais là ça a été deux années de stand-by, de transition et on va voir par rapport à New-York.

Est-ce qu’aux États-Unis il est plus facile de combiner le sport à une autre activité professionnelle, sachant que le football n’y est pas encore très développé ?

Je pense que ça n’a rien à voir avec le fait que le football soit peu développé. Le football est bien développé. Après c’est sûr quand on compare avec le basket, le football américain et la Baseball qui ont plus de cent ans d’existence, on est en retard. Mais cette ligue a énormément grandi, là on est déjà à vingt-deux équipes par exemple. Je pense que c’est surtout au niveau des mentalités. En Europe, les mentalités sont beaucoup plus fermées. Aux Etats-Unis, à partir du moment où t’es professionnel et tu donnes tout sur le terrain, on te laisse une certaine autonomie, une liberté qu’en Europe on ne donne pas.

Dans un intérieur sport produit par Canal+, tu disais que la MLS deviendrait l’un des championnats majeurs d’ici quelques années. Est-ce que ton avis a évolué sur ce point maintenant que tu as joué plusieurs années au soccer ?

Aujourd’hui je suis toujours d’accord avec ça et encore plus sûr que cette ligue va être l’une des plus grandes. Là on est déjà à vingt-deux équipes comme j’ai dit, et d’ici cinq ans on sera à vingt-cinq, vingt-six donc ce sera déjà la plus grosse ligue au monde. Et en plus au niveau des règles il y a une nouvelle renégociation en 2019-2020 qui va enfin, je pense, augmenter le Salary Cap. C’est sûr et certain que les Etats-Unis vont être la plus grande ligue au monde. Il y a plus de moyens, il y a plus de personnes, c’est incomparable. Imaginez si on allait faire une ligue comme celle-ci en Europe, c’est pas possible.. Non non, je suis sûr que la MLS va atteindre des sommets.

J’ai entendu dire que tu étais un fervent croyant. Est-ce que la religion impacte ta vie quotidienne? Est-ce que les Etats-Unis sont le meilleur endroit pour exercer cette dernière?

Je suis chrétien et bien sûr que ça impacte ma vie au quotidien. Le foot n’est plus mon « Dieu », c’est à dire que si je joue bien ou mal je suis heureux. Je sers un Dieu tous les jours. Après si les USA sont le meilleur endroit je ne sais pas mais c’est un pays qui est très ouvert sur la religion et sur la foi. Il y a beaucoup beaucoup d’églises. Moi je pratique dans les églises protestantes, donc chrétiennes. Les clubs sont aussi très respectueux. Bon j’ai eu un club dans lequel le coach n’était pas trop d’accord mais au moins il nous laissait prier avant les matchs, et ça c’est très beau au niveau du sport. Le sport et la religion vont très bien ensembles ici aux Etats-Unis donc c’est un plus.

Tu as eu une véritable carrière de globe-trotter durant laquelle tu as fait une escale au Portugal, à Setubal. Que peux-tu nous raconter de cette expérience qui reste je crois un bien mauvais souvenir pour toi, ou du moins un moment atypique ?

Oui très globe-trotter en effet… J’ai joué partout: Espagne, Ecosse, Grèce, Portugal. J’ai passé deux mois en fin de saison au Pays de Galles avant de partir au Portugal pendant le mercato d’été. Le Portugal donc, c’était un nouveau championnat, secondaire. C’était des très belles expériences de jouer contre Porto, Benfica, Sporting. Grâce à Setubal j’ai quasi signé à Porto, après ça s’est pas concrétisé. Après la vie magnifique, le football très compliqué parce que à part les matchs contre les grosses équipes il n’y a personne dans les stades. Les stades sont vieux. C’est différent mais sinon une vie magnifique, des gens amoureux du football. Après bien sûr au niveau des retards de salaires, comme on le connaît au Portugal, il y en a tout le temps. Je pense que c’était ma dernière expérience avant de partir, de venir ici et c’était agréable de le faire au Portugal. Mauvais souvenir… Je pense que oui c’était compliqué, mais comme en Grèce ou en Ecosse aussi avec mon club qui a fermé. Mais ce sont ces expériences qui m’ont amené ici et je suis très épanoui. La reconnaissance que j’essayais de trouver en Europe je l’ai trouvé aux Etats-Unis.

Au delà de ça, le football portugais tend à se développer et à devenir un acteur majeur dans les prochaines années. Qu’as-tu apprécié et appris footballistiquement lors de ton passage là-bas ?

Footballisitiquement je sais pas. A part les gros clubs, il y avait beaucoup de problèmes de moyens. C’est pour ça que dans le championnat portugais, comme le turc ou le grec, il y a des gros retards de salaires. C’est un championnat qui est un peu technique, pas très tactique. Et puis il y a la grosse différence entre les trois gros et le reste.

Comme en France, le Portugal attend sa génération dorée avec une jeunesse qui pousse les vieux briscards à quitter l’équipe nationale. Penses-tu que le Portugal pourra rééditer l’exploit de cet été, avec un jeu certainement différent avec des joueurs comme Bernardo Silva ?

Non je ne pense pas. Cette coupe d’Europe était atypique et vraiment contraire à la hiérarchie du football européen. Je crois que c’était vraiment une chance, un exploit pour le Portugal mais il n’a pas le niveau pour rivaliser avec les meilleurs nations européennes. Après, c’est ça la beauté du football, on sait jamais…

Si tu ne devais retenir qu’une chose positive de ton aventure portugaise, quelle serait-elle?

La chose la plus positive au niveau du football est de jouer contre les grosses écuries comme Porto, Benfica ou le Sporting. J’avais marqué un très beau but contre le Sporting, dans leur stade et c’était quelque chose de très beau.

Pour terminer, tu peux être fier d’accumuler pas mal d’expériences et de destinations sur ton CV. As-tu eu la carrière que tu espérais ou tu comptes des regrets après tant d’années sur le terrain?

Des regrets non parce que j’ai tout donné dans ma carrière. Je suis un gros travailleur , j’ai énormément poussé. Après c’est sûr j’aurais aimé jouer dans des top clubs européens et ça s’est pas concrétisé encore. Mais j’ai trente ans, je suis défenseur central, tout est possible encore dans le football. Donc on verra, c’est la vie, c’est le destin…

Pour les nostalgiques du légendaire « Casque d’or », retrouvez ce but de notre frenchie Aurélien Collin en MLS:

 

 

Photo credits shloud read: http://www.20minutes.fr