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Viennent des moments historiques que l’on ne pouvait même pas imaginer dans nos plus beaux rêves. Naissent des soirées idylliques où le scénario prête à confusion. Tout semble trop beau pour être vrai. Nous aimerions même contrôler le sablier, ralentir le temps pour profiter du présent qu’il est en train de nous offrir. Est-ce vraiment la réalité ? Ou sommes-nous en train de rêver ? Certainement un peu des deux. Le rêve devient réalité, enfin. Tout devient parfait. Le romantisme nous enivre, l’amour nous transporte, le destin nous unit. Mais ne vous y méprenez pas : nous ne parlons pas d’un amour superficiel fêté uniquement le jour de la Saint-Valentin. Nous parlons de l’amour que le football peut nous procurer. La date n’est qu’un détail car nous laissons à cet amour une place essentielle dans notre quotidien, et nous n’attendons pas un fameux jour pour le fêter. Il est sincère, profond, et vivant. Il vit, donc il espère, puisque « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ». Mais il doute aussi car il est rempli d’incertitudes, oscillant entre difficulté et réussite. L’amour doute, avec nous, parce qu’il a parfois l’impression de revivre les mêmes échecs, comme si croire à notre propre bonheur pouvait nous porter malheur. L’amour se démarque par toute son ambivalence, en nous faisant tant frissonner que tergiverser. Comme le disait E.E.Schmitt, « à l’inverse de l’amour, on ne doute pas dans la haine » . Est-ce pour cela que le mal se propage autant ? Certainement, mais cela ne nous excuse en rien. Peut-être que finalement, nos faiblesses ouvertes de nouveau au grand jour profitent à toute notre sincérité et notre authenticité. Puis, s’élèvent des hommes, se démarquant par leur sensibilité, une fois la balle aux pieds. Les princes d’aujourd’hui seront les rois de demain, le terrain devient leur principauté, en attendant qu’il devienne leur royaume. Récit de l’énième œuvre d’art de Marco Verratti, le Prince du Parc.

Marco Verratti et l’amour véritable

Avez-vous dans votre entourage des personnes qui vous excusent malgré vos mauvais actes ? Et de votre côté, pardonnez-vous ? Si non, pourquoi ? Certainement parce que vous avez l’impression de vous sentir dépendant ou inférieur en pardonnant. Vous préférez donc laisser la rancune venir ternir vos plus belles relations, comme si nous étions venus sur Terre pour nous haïr. Pourtant, vous avez tout faux. Comme disait Alexander Pope, « l’erreur est humaine, le pardon divin ». Finalement, l’amour naît de bienveillance et de sentiments sincères. Une multiplication de facteurs bien trop compliqués et abstraits pour être décrits par de simples mots qui seront inévitablement réducteurs. Disons que l’amour va dans les deux sens, et doit être réciproque, sinon il est source de misère et de tristesse. L’amour véritable, c’est le pardon, c’est l’acceptation des défauts d’autrui. L’erreur est humaine, ainsi, tous les hommes ont des torts à se reprocher. Des mauvais comportements, des mauvaises paroles ou encore des mauvaises pensées. Certains méritent plus d’être pardonnés que d’autres. Nous pouvons pardonner l’erreur, dans la limite du raisonnable, contrairement à l’horreur par exemple. Nous devons pardonner comme nous aimons être pardonnés tout simplement. Puis, disons que le pardon nous élève, « il couronne notre grandeur » comme disait Ali Ibn Abi Talib. Il ne coûte rien, à part bonté et grandeur d’âme, pourtant ses bienfaits sont immenses.

Mais il est vrai que certaines personnes touchent plus notre bienveillance que d’autres. Elles sont sujettes à nos plus profonds sentiments, notre plus belle compassion. On leur pardonne tout car comme on le dit si bien, « l’amour rend aveugle ». Des simples joueurs de football aussi. Comme si une relation s’était créée, remplie de vertu, de liens forts et puissants, entre sportifs et supporters. C’est assurément le cas de Marco Verratti, ce jeune joueur qui peut tant nous agacer que nous faire frémir, tout cela grâce à un simple ballon.

La virtuosité de Vivaldi

Il serait fastidieux de dresser un énième portrait du génial italien tant tout le monde le connaît depuis maintenant des lustres. En effet, aberrante est la façon dont l’originaire de Pescara s’est révélé au plus haut niveau. À seulement 24 ans, Marco Verratti a conquis l’Europe, et son monde. Mais c’est en fait la suite logique des choses, l’évolution constante d’un prodige, qui s’est fait une place de titulaire dans sa première équipe à l’âge de 16 ans. Le talent précoce, l’or recouvrant les pieds, le comportement typiquement italien, Marco Verratti est tout compte fait un esthète. Un réel artiste, comme on n’en fait plus. En fait, c’est un virtuose, comme l’était Antonio Lucio Vivaldi, compositeur italien, à son époque. Comme ce célèbre violoniste, Verratti excelle dans son art, il brille avec facilité, il est comme un poisson dans l’eau. Vivaldi l’était aussi, quant à lui, dans le concerto soliste, il en fut d’ailleurs son initiateur principal. Un match de football et un concerto ont finalement le même objectif : faire valoir la virtuosité de l’artiste. Les orchestres sont là et ne peuvent être oubliés, mais ne font qu’accompagner nos maestros, qui prennent toute la place grâce à leur talent.

Nous ne comptons plus les œuvres d’art et les récitals de Verratti, et pas contre n’importe qui, qui plus est. Nous n’énumérons non plus pas toutes ses frustrations, où la crainte nous a frôlés car l’amour du risque l’enivrait. Le problème de Marco est que ses plus beaux défauts sont aussi ses plus belles qualités. À l’instar de certains grands champions, il puise dans sa confiance faiblesse et force. C’est sa confiance qui le pousse à dribbler, dos au jeu, devant sa surface, malgré le pressing adverse étouffant. C’est encore son assurance qui revient à la charge, lui affirmant qu’il a touché le ballon, alors qu’il a découpé le joueur de l’équipe d’en face. C’est toujours son audace qui le poussera à rechigner et à pester face à l’arbitre et à tout ce qui l’entoure. Une confiance qui nous ferait presque oublier toute son inexpérience. Parce qu’au final, Marco Verratti n’a que 24 printemps. C’est encore un gamin. C’est peut-être ça le truc, c’est son immaturité qui le rend si beau.

Prince du Parc

C’est pour toutes ces raisons qu’on lui pardonne avec plaisir ses torts, sans qu’il n’ait à le demander. Mais lui pardonnera-t-on réellement ? Espérons-le, car il émettait une crainte justifiée il y a quelques temps  : « Je sais que le jour où je perdrai le ballon dans cette zone, tout le monde me tombera dessus, tout le monde me critiquera, tout le monde me tuera ». Parce que tout va trop vite dans la vie, et dans le football aussi. Nos bons moments d’hier peuvent être vite effacés, à cause du culte du moment présent, qui a une place bien trop importante dans ce sport. Foutue ingratitude. Mais quand Marco Verratti perdra ce ballon fatal, qui ruinera tout espoir et fera place à la grisaille des critiques, que son peuple n’oublie pas tous ces moments dont il nous a gratifiés. Ces merveilleuses soirées où tout allait pour le mieux, où la réussite était là, nous caressant avec douceur et audace. La réussite est cette femme que l’on idéalise dans nos plus grands rêves, dont nous devons mériter la présence. Elle nous a laissé tomber, elle a pris la porte sans aucune explication valable, mais est revenue quand on ne l’attendait pas. Sans dire un mot. Enfin. Notre orgueil ne peut lui fermer sa présence, car nous savons tant bien que mal que nous avons besoin d’elle.

« La beauté ne se discute pas, elle règne de droit divin. Elle fait prince quiconque la possède. » Oscar Wilde

Ce 14 Février 2017, pour la Saint-Valentin, tout nous souriait. La réussite était là, resplendissante, dans un jour si important pour certains, dans la ville la plus romantique pour d’autres. Face au FC Barcelone, le Paris Saint-Germain ne le savait pas encore, mais il allait écrire une part de son histoire. Avec une équipe titulaire très jeune (Kimpembe et Rabiot, 21 ans, Draxler, 23 ans ou encore Kurzawa, 24 ans), Unai Emery faisait lui aussi face à son destin. Sous le feu des critiques après un début de saison compliqué, le technicien espagnol a mis du temps à amener son équipe au niveau qu’il espérait. Connaissant tout le corporatisme du journalisme français, il était peu surprenant de voir toutes les foudres s’abattre sur l’ancien coach du FC Séville. C’était la suite logique des choses. Un pays où l’on enferme son esprit dans des limites étriquées, ne laissant que peu de place au différent, à l’étranger, à l’atypique, pourtant apprécié loin des terres françaises. Lui qui a souvent échoué face au Barça a lui aussi dû profiter du moment, comme la ville lumière. Travailleur et amoureux du football, Unai Emery ne jure que par l’abnégation. Alors, oui, il est vrai que parfois, son amour pour le travail gâche ses relations avec certains joueurs, talentueux mais paresseux, mais c’est le choix qu’il a fait.

« Le coach savait comment mettre cette équipe du Barça en difficulté. Tout ce qu’il a planifié a marché parfaitement. Il mérite les éloges quant à cette performance » Marco Verratti

Il serait injuste de s’attarder que sur un joueur tant le PSG a fourni une prestation incroyable face aux Catalans. En effet, dès le début de match, les Parisiens ont donné le ton : maîtrise technique, utilisation de la largeur, pressing organisé et dangereux offensivement. Par l’intermédiaire d’Angel Di Maria, le PSG a logiquement ouvert le score. Là où Paris a été fort, c’est dans la gestion du match. Après l’ouverture du score, les Parisiens ont joué le contre, avec un bloc bas, sans pour autant être acculés devant leur but. Ils ont réussi à doubler la mise grâce à Julian Draxler, bien servi par Marco Verratti, à la récupération et à la dernière passe. Au retour des vestiaires, Angel Di Maria fera parler une nouvelle fois sa patte gauche, nous faisant apprécier le chemin du ballon dans la lucarne de Ter Stegen, impuissant. Finalement, c’est Edinson Cavani qui conclura cette merveilleuse soirée parisienne.

Même s’il est vrai que l’équipe du PSG a été exemplaire et solidaire, nous pouvons néanmoins nous attarder sur la façon dont Marco Verratti a survolé le match. D’une manière générale, le milieu parisien (et surtout Verratti-Rabiot) a pris le dessus, mêlant habileté, solidarité et ténacité. Adrien Rabiot, aux airs de grand monarque français, a brillé dans un rôle qui lui est peu familier, remettant certainement en question les jugements sur sa réelle valeur dans l’Hexagone. Quant à Verratti, l’Italien s’est illustré dans une place où il jouait plus haut que d’habitude au milieu de terrain. Avec 90% de passes réussies et une passe décisive, l’ancien de Pescara se montrera important dans le registre offensif. Grâce à la facilité avec laquelle il coupe les lignes adverses, le numéro 6 parisien est d’une importance sans nom. Précieux de par sa qualité technique, M.Verratti est remarquable grâce à son abnégation et son amour pour le travail ingrat. C’est si paradoxal qu’un joueur si beau à voir jouer, et si doué, soit aussi dévoué à la tâche quand il faut devenir un bulldog. C’est certainement cela, le charme du football italien. À l’image de son équipe, l’international a brillé grâce à toute sa maturité tactique et sa solidarité collective. Souvent à la première relance, il a toujours réussi à guider les siens pour faire mal dans le dos des Catalans. Grâce à la verticalité de ses passes et sa vision du jeu, Marco Verratti a accéléré avec une facilité déconcertante, aux antipodes des difficultés des blaugranas.

Ainsi, dans cette soirée si romantique et historique, Marco Verratti a une nouvelle fois montré qu’il était le Prince de son propre Parc. L’homme aidant son équipe vers une victoire si importante et prestigieuse, Marco a guidé tout un peuple vers une clarté peu commune, méritant d’habiter dans ce lieu que l’on appelle ville lumière. Ces derniers temps, les habitants d’île de France ont quelque peu perdu de cette lueur si innocente et artistique, à cause d’affaires cristallisant, une énième fois, la relation entre le peuple et les forces de l’ordre. Dans son droit démocratique, la population réclame une certaine justice. Une justice impartiale et égale pour tous ses concitoyens. Malheureusement, la haine attisant la haine, nous avons parfois l’impression d’être dans une impasse sociale gâchant nos moments présents. Le temps d’une soirée, Marco Verratti nous a offert un peu de sa lumière, car comme l’a dit Martin Luther King, « l’obscurité ne chasse pas l’obscurité, seule la lumière peut le faire » . Finalement, une fois de plus. Ce scintillement peu commun, que la multitude des hommes ne peut en aucun cas embrasser, n’ayant pas le talent adéquat. Mais que le peuple ne désespère pas, il y a des artistes comme Marco Verratti pour toujours faire vivre le brillant. Alors, certes, tout ce qui ne brille n’est pas d’or, mais lui, fait briller l’or. Et comme l’affirmait Nelson Mandela, « en faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant » . La lumière devient donc inspiration et guide, elle est ce qui nous permet d’apercevoir nos plus belles aspirations. Une splendeur que l’on retrouve dans l’éclat de ses yeux, la parfaite preuve de toute son immaturité et innocence que Marco aime nous faire croire, quand il vient se présenter devant l’arbitre, le persuadant qu’il est blanc comme neige. Une beauté gestuelle quand il touche le cuir, une intelligence quand il conceptualise son œuvre d’art avant de la peindre. Un froissement dans notre cœur quand nous le voyons chuter et demander le changement, un amour soudain pour la guerre quand on le voit partir au front… Une magnificence en somme, qui ne cessera de vivre tant que Marco Verratti s’exaltera dans son art.

Photo credits : AFP PHOTO / FRANCK FIFE