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Aujourd’hui sort le petit dernier de chez Hugo Sports : « Mario Balotelli, ange et démon », écrit par un twittos bien connu, Mathieu Faure. Le journaliste de Nice Matin et de So Foot est revenu pour nous sur la conception de son livre, et pose un regard doux sur Super Mario.

Quelle a été la genèse du projet ? Comment t’es-tu retrouvé dans cette aventure ?

Je suis ami dans la vie avec Thibault Leplat, qui habite à Nice et qui a déjà sorti des livres pour Hugo Sport. La maison d’édition l’a appelé pour lui parler du livre de Mario. Pris par le temps, il leur a conseillé de venir vers moi. Ils m’ont appelé mi novembre. J’ai dit oui tout de suite, je n’en avais jamais fait. L’idée ne vient donc pas de moi. J’habite Nice, je bosse à Nice Matin… Alors non, je ne bosse pas sur l’OGCN mais j’ai une proximité géographique quotidienne avec Balo et son entourage, ça s’y prêtait bien. J’ai rendu le manuscrit mi-février, ça s’est fait vite, je n’ai pas eu le temps de gamberger. Merci Thibault sans qui je n’aurais sans doute pas fait ce livre.

Tu as dit banco pour l’exercice de style ? A cause d’une affinité avec Mario ?

J’ai été séduit par l’exercice car je ne l’avais jamais fait. Ça permet de se mettre en danger, de travailler autrement, de faire des rencontres, d’avoir une nouvelle méthode de travail et d’écriture… C’est un projet de 4-5 mois, faire un livre, c’est très excitant, et très valorisant.
Pour Mario, je n’avais pas d’à priori sur lui. Ni positif, ni négatif. Et de par ma situation géographique, j’avais une pression en moins. Je savais que je n’allais pas le rencontrer, mais que je pourrais toucher son entourage. C’est le plus charismatique de la région, celui qui a le plus de background sportif et extra-sportif.

Est ce que Mario a participé à la conception du livre ? Ses proches ?

Mario a un environnement compliqué à toucher : Raiola, Rafaella Pimenta (son avocate) et ses hommes de confiance. Il y a beaucoup de cercles difficiles à percer. Dès le départ, je partais avec l’idée qu’il ne collaborerait pas. Il ne l’avait pas fait pour les livres écrit sur lui en Angleterre. Et quand on sait comment fonctionne Raiola… Après plusieurs hameçons envoyés, j’ai eu une réponse comme quoi ils ne souhaitaient pas participer, mais qu’ils ne me mettaient pas de bâtons dans les roues. Et ça c’est important. J’ai dû travailler autrement. C’est aussi sympa de faire un livre sur lui, sans lui.

A-t-il reçu un manuscrit ? Sais-tu s’il l’a lu ?

Le club de Nice a reçu des ouvrages. Je ne sais pas s’il aura la curiosité de le lire. Son rapport à la presse française est compliqué, il est distant, il se méfie. J’essaie par d’autres biais de le rencontrer, de lui donner en personne. Peut-être sera-t-il attiré par le projet dans les semaines à venir, si les échos sont bons.

Du côté de Nice, on le sent très aimé et très protégé médiatiquement, est ce que ça se confirme en interne ?

Au club, ils ont bien distingué le joueur et l’homme. Le joueur a des hauts et des bas, comme dans toute sa carrière. 13 buts c’est bien, il aurait certes pu faire mieux mais il aurait aussi pu faire pire. Ils sont contents de son rendement, il n’y avait pas d’objectif de buts. C’est une saison historique pour le club ; a-t-il une part prépondérante là dedans ? Difficile à dire mais le hasard fait qu’ils se qualifient pour la Ligue des Champions l’année où il arrive. Il a aidé, c’est le meilleur buteur. Il a eu une importance en interne, il a forcé certains à élever leur niveau de jeu. Je pense à Alassane Pléa qui fait sa meilleure saison, qui aurait pu tutoyer les 20 buts sans sa blessure. Alassane le confesse, il a progressé grâce à Mario, car quand tu n’élèves pas ton niveau face à quelqu’un comme lui, tu sais que tu vas faire banquette. Sportivement, ils se sont tous imprégnés de lui. Comme avec Dante, Belhanda, Favre …
Après il y a l’homme. Tous ont eu peur. Ils avaient tous l’image de l’homme fou. Et Mario est arrivé très humble, très calme. Au bout de deux jours, il avait fait un cadeau personnalisé à tout le vestiaire. Ils se sont tous pris d’affection pour lui parce qu’ils ont été étonnés que ce soit un mec normal. C’était presque plus simple de le gérer lui que Ben Arfa, qui a un entourage différent et qui a besoin de plus de temps. Aujourd’hui, il est très très apprécié.

Quel rapport entretient-il avec Favre ?

Lucien Favre n’était pas très chaud à l’idée d’avoir Mario. C’est l’idée de Jean Pierre Rivière. Il cherche un attaquant, il pense vite à Balotelli et contacte Raiola. Sur le coup, pas de réponse. Et puis au fur et à mesure, Raiola et Rivière se tournent autour. Il fallait casser le contrat de Mario avec Liverpool… Favre a été très patient avec Mario, le bon début de Nice le permet.

Qui retrouve-t-on comme témoins dans le livre ?

On retrouve Maxwell et Olivier Dacourt, qui l’ont connu à l’Inter et qui ont de l’affection pour lui. Ils l’ont éduqué à coups de baffes dans la gueule. C’était une équipe de darons, au milieu il y avait deux jeunes, lui et Santon. Ils leur ont appris les règles, l’hygiène de vie… J’ai aussi eu son premier entraîneur, Monsieur Salvioni, celui qui l’a lancé à 15 ans. Vu que j’ai eu la bonne idée de faire anglais/allemand à l’école, ça a donné une conversation épique au téléphone, entre son mauvais français et mon très mauvais italien. Sinon j’ai été bloqué par plein de gens. Je voulais Casiraghi et Mancini, mais ils ne m’ont pas répondu.

Mario est connu pour ses frasques, penses-tu qu’on ne retiendra que ça de sa carrière ?

Il est encore jeune, il peut changer le prisme de sa carrière de façon positive ou négative. Je me suis posé une question : est ce que c’est un grand joueur ? Est ce qu’il a fait basculer des matchs importants par son seul talent ? La réponse est oui. La demi-finale contre l’Allemagne par exemple. C’est la marque des très grands. A l’Euro 2012, il avait 22 ans. Ce qui lui manquera toujours, c’est l’accomplissement en tant qu’homme. Son rapport douloureux à son enfance, au racisme en Italie… Ça va mieux depuis qu’il est père mais il ne peut pas être accompli en tant que footballeur tant qu’il ne l’est pas en tant qu’homme. Il a pris du retard à cause de ça. Il a aussi eu parfois un problème d’implication. Il n’aime pas spécialement l’effort défensif, le repli… C’est un homme d’exploit, avec des trous d’air. Aujourd’hui il est à Nice, personne n’y aurait pensé il y a quelques années. Est ce que cette saison va lui permettre de comprendre qu’il est peut-être en train de laisser passer sa carrière ? Le choix de son prochain club sera déterminant. Pour le moment, on a clairement un goût de gâchis.

Est ce que cette saison, à la base celle de la régression sportive, ne serait pas en fait celle de la naissance d’un nouveau Mario ?

En début de saison, les buts arrivent, les victoires s’enchaînent. Son trou d’air intervient en janvier, il est moins bien. C’est là qu’Eysseric le tacle en interview. C’est le moment charnière de la saison. Soit il dégoupille, soit il fait le dos rond. Le staff et le groupe arrivent à le remettre dedans, et il remet des buts importants. Il était sur la brèche, et derrière ça aurait été très compliqué de sortir de cette spirale négative. Là il est bien, il a été important dans le sprint final. Va se poser la question de son avenir… Il est en fin de contrat, est-ce que le club peut lui proposer quelque chose d’intéressant ? A-t-il des offres ailleurs ? On sait qu’avec Raiola, il y a toujours des portes de sortie. Ça sera intéressant de voir ses envies.

Est ce qu’il pourrait être intéressé par des challenges « exotiques » ?

J’ai pas l’impression. Il est très compétiteur. MLS à part, je ne le vois pas partir en Chine par exemple. La MLS pourquoi pas, même s’il me semble encore jeune. Imagine Mario à Los Angeles… C’est le roi d’Hollywood ! La Chine, c’est moins sympa, ça a pas l’air super bandant. Après en Europe, la question c’est où est ce que tu l’emmènes ? Qui peut payer son salaire ? Il a déjà fait les deux Milan, Liverpool, City… Tu peux oublier les Real, Barça, Bayern, Atletico, Juventus… Et si c’est pour aller à Stoke City… Les choix sont restreints.

Est ce que dans ton enquête, tu sens un désir de revenir en Italie ? De devenir prophète en son pays ?

L’équipe nationale, c’est une vraie cicatrice pour lui. En octobre-novembre, il a entrevu la lumière avec des pré-convocations. Mais il s’est blessé, au mauvais moment. Ajoute à ça l’éclosion de Belotti, Immobile, ses relations froides avec Ventura, ça lui a fermé les portes. Ça lui manque vraiment mais il a compris qu’il n’était sans doute pas près d’y revenir. Il se sent italien, il est né en Italie. Il est amoureux de ce pays. Après, il y a connu ses plus gros problèmes de racisme, il a été maltraité. C’est une relation je t’aime moi non plus. A un moment donné, il s’était imaginé comme quelqu’un pouvant régler les problèmes de société par le football, il voulait militer pour le vivre ensemble. Il s’est senti investi d’une mission qui sans doute le dépassait. Il a compris, durant la Coupe du Monde 2014, qu’on lui renverrait toujours sa couleur de peau au visage. A part à Naples, le voir dans un club italien sous peu me semble compliqué.

Question bonus, concernant son avenir, sur quelle destination mettrais-tu une pièce ?

Comme il a le même agent qu’Ibra, un peu la même personnalité, c’est un personnage idéal pour démarrer un projet. A l’OM, je pense que ça pourrait le faire. Ça pourrait être une grande communion entre la ville, le club et lui. Même combat à Naples, en plus, il est fasciné par Gomorra, les cités de la Scampia, la mafia italienne. Ça le fascine dans le sens politique du terme. Il lui faut une ville chaleureuse, exubérante. Pourquoi pas la Turquie. Istanbul c’est une ferveur incroyable. Galatarasay, le Fener, Besiktas… Ça pourrait lui convenir. Donc Marseille, Naples, ou un club stambouliote.

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Crédits photos : AFP PHOTO / VALERY HACHE